Voyages au Sud

{Pour changer, un article sans photo mais à lire avec de la musique}

J’aime les livres qui me font rêver et voyager au cœur des paysages et des êtres, ceux qui me confrontent un peu plus à moi même comme seuls certains voyages savent le faire.

Continuons alors sur le chemin de la littérature dans le cadre de l’éco-défi de novembre chez Échos Verts et partons en voyage. Rêvons. Ouvrons des yeux tout grand pour nous imprégner des beautés de la Terre et de l’essence des humains. Voguons vers l’Amérique du Sud au côté de Luis Sepúlveda, au travers, non pas d’un, mais de deux romans.

Luis Sepúlveda, je vous avais déjà présenté un de ces ouvrages, un conte qui parle d’escargots et de héros. Il est, je pense bien, mon auteur favori. Celui chez qui je me replonge régulièrement pour réchauffer mon cœur à la flamme vibrante et battante des êtres humains qu’il saisit si bien avec leurs valeurs et leurs failles.

Originaire du Chili, il réside désormais avec sa famille en Allemagne, ayant du quitter son pays natal sous la dictature de Pinochet, après notamment un séjour en prison. Activiste dans l’âme, Luis Sepúlveda est un fervent défenseur des causes sociales, mais aussi environnementales. Deux approches qui sont, finalement, intrinsèquement liées, si pas inextricablement.

Embarquons donc pour la forêt amazonienne et la Terre de feu, dans le regard des folies et des beautés humaines.

Le vieux qui lisait des romans d’amour”

Ce roman se passe au cœur de la forêt amazonienne. On en ressent la chaleur et la grandeur des hautes cimes. Il nous retrace l’histoire d’un combat pour la dignité au travers d’une chasse au jaguar qui menace un village portuaire. Au-delà de ce fil conducteur, nous sommes plongés au cœur du dédale des activités et des valeurs humaines d’un monde qui oscille entre des tribus ancestrales avec un savoir, un mode de vie, un code d’honneur bien différents des modes occidentaux qui grignotent les équilibres complexes de la forêt.

Le personnage principal, le « vieux », se retrouve confronté à son passé et ses écueils, aux conséquences d’actes insensés et cupides qui érodent la biodiversité et les valeurs humaines. Au delà de la folie des humains, il fait parfois meilleur de rêver d’amour…

Poignant, ce n’est pas un roman que l’on quitte avec le sourire mais c’est l’un de ceux qui laisse une trace. Pour très longtemps.

“ Le monde du bout du monde ”

Embarquons ici pour un voyage vers le froid, dans la lignée du mythique Moby Dick qui fait rêver le narrateur. Plusieurs années après un premier voyage au côté des chasseurs traditionnels de baleines sur les flots de la Patagonie, le narrateur se repart au Chili pour lutter contre la flotte du Nishin-maru, célèbre baleinier japonais qui organise un massacre.

Hommage aux combats de Greenpeace, cette histoire nous replace à nouveau à cheval sur deux mondes qui, s’ils se ressemblent en apparence (les baleiniers), n’ont rien à voir l’un avec l’autre.

Luis Sepúlveda nous raconte comment une activité de survie et une passion s’insèrent dans des écosystèmes houleux que viennent (cor)rompre un peu plus les activités dictées par le profit et les gains immédiats.

C’est une ode aux liens qui nous unissent aux milieux desquels nous dépendons et qui nous rappelle à quel point les acteurs de terrain sont ancrés dans ces espaces que nous prenons, du haut de nos activités commerciales, nos démarches paternalistes et notre technocratie, comme trop souvent acquis.

Deux courts romans, 120 pages chacun, à offrir à des jeunes gens pour les éveiller aux combats complexes du monde ou à des  plus expérimentés qui veulent entrevoir un peu de lumière dans les ombres du quotidien et raviver la flamme du combat qui veille au fond de chacun.

Retrouvez la présentation littéraire d’hier chez Natasha d’Échos Verts qui nous parlait d’un autre regard sur la vie au travers de « Permaculture » et rendez-vous demain chez Valérie du blog « Peuvent-ils souffrir ? ».