Climat: parlons-en !

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Parlons du climat pour éviter d’en arriver là ! (vu chez Antigone XXI – http://antigonexxi.com/2015/11/23/ma-revue-du-monde-novembre/)

Nous sommes actuellement confrontés à des menaces imminentes. Des mesures sont prises en conséquence pour assurer au mieux la sécurité de tous. Cependant, nous ne devons pas oublier une autre menace qui se fait tout d’un coup plus silencieuse, plus discrète alors qu’elle est quotidienne : le réchauffement climatique.

J’avais débuté cet article bien avant les attentats de Paris. Je comptais vous présenter le réchauffement climatique, ses conséquences, les enjeux de la COP 21 et toutes une série de manifestations prévues dans ce cadre. Mais j’ai dû revoir ma ligne directrice.

Ce soir, nous parlerons, parce qu’il le faut, du climat, de la COP 21. Cet article lance également mon intention de vous parler d’espoir, d’imaginaire et de rêve, thèmes qui seront plus développés autour des fêtes.

2015 est donc une année importante pour le climat. Celle de la COP 21.

COP, Conference of the Parties. La 21ème réunion mondiale sur le climat.

COP21

Du 30 novembre au 11 décembre, des représentants des gouvernements mondiaux – 196 états représentés – vont se réunir autour de plein de tasses de café et de dossiers lus (espérons-le!), relus décortiqués et plein de traces des débats nocturnes, des colères et d’espoir (je peux bien rêver un peu, non?).

Notre avenir et celui des générations à venir est placé dans les mains de quelques uns (mais pas que!). Ça semble si gros et improbable que cela peut prêter à rire. Pourtant, c’est bien la cas. Et aujourd’hui, j’ai envie de discuter des enjeux avec vous. S’informer et comprendre, ce sont les premiers pas menant vers l’action.

Le climat et nous : petit rappel

Posez-vous un instant, une tasse bien chaude avec contenant au choix, un petit calepin ou une feuille de brouillon, un crayon entre les doigts et dites-moi : Qu’est-ce que le réchauffement climatique pour vous ? Notez-le, et dites-le moi en commentaire là plus bas !

Si je vous demande cela c’est que, malgré qu’on en parle régulièrement version « catastrophes à venir », force est de constater que ce n’est pas forcément clair dans les esprits, en attestera cette récente étude dans nos écoles belges. (Ndlr : les 5ème et 6ème années du cursus belge correspondent à la 1ère et la terminale en France. La 7ème est une année supplémentaire disponible pour une équivalence de diplômes ou tremplin à l’entreprenariat).

Un petit rappel sur les fondements scientifiques ne fera donc pas de tort, n’est-ce pas ? Histoire qu’on se comprenne un peu pour la suite.

Le réchauffement climatique correspond en fait à l’exacerbation d’un phénomène naturel : l’effet de serre.

L’allégorie facile est celle de la serre à tomates. Si vous souhaitez obtenir de belles tomates dans nos contrées du Nord, vous les placez généralement sous une serre qui leur permettra d’être maintenues dans un environnement avec une température plus élevée que celle à l’extérieur. En effet, les rayons chauffants émis par le soleil vont pénétrer votre serre et en réchauffer les composants (sol, structure, plants de tomates). Tout corps/structure chauffé.e réémet la chaleur accumulée sous forme d’infra-rouges, des rayons thermiques, qui se dissipent dans l’air. Cependant, la serre empêche ces infra-rouges de se dissiper dans l’atmosphère, les maintenant dans l’espace confiné de la serre et donc permettre à la température d’augmenter et, ainsi, vous donner une belle récolte de tomates.

La planète Terre est une très grande plantation de tomates, placées sous une serre invisible de gaz. Grâce à eux, une partie des rayons infra-rouges réémis par la Terre chauffée par le soleil est maintenue et nous permet de vivre à une température moyenne de 15°C au lieu de -18°C. Parmi les gaz constituant la serre, on retrouve notamment la vapeur d’eau et le fameux CO2, ou dioxyde de carbone. Le CO2 est actuellement en augmentation dans notre atmosphère, une augmentation liée aux activités anthropiques.

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Schéma illustrant le principe de l’effet de serre (source originelle non trouvée)

Un consensus scientifique a été atteint: on s’entend sur le fait que ce sont bel et bien les activités humains qui sont la cause du changement climatique actuel. On parle d’ailleurs de marquer le coup en initiant une nouvelle ère dans l’histoire géologique, l’ère de l’Anthropocène.

J’ai envie de dire, à quand bien même ce ne serait pas nous les responsables directs, les faits sont là: le climat change et a/aura des répercussions importantes sur notre société.

En 2016, je vous parlerai plus en détail des impacts du réchauffement climatique. Aujourd’hui, je me focaliserai sur les enjeux de la conférence et l’importance de tous y réfléchir.

Quels sont les enjeux de la COP 21?

La COP21 est surtout un enjeu politique – et un fameux dilemme du prisonnier !

Mais qu’est-ce donc que ce dilemme? Le principe est celui d’une situation où des joueurs gagneraient à coopérer ensemble mais peuvent recourir à la carte de l’individuel pour maximiser – égoïstement- leurs gains. L’exemple typique est celui de deux complice arrêtés pour un méfait. Ils sont interrogés séparément et se voient proposer ceci :

– S’ils avouent tous les deux, ils encourent une peine allégée à 5 ans chacun (= double perdants)

– Si l’un dénonce son complice, il aura droit à une peine de 6 mois de prison alors que le complice dénoncé purgera la peine totale de 10 ans (= position égoïste)

– Si chacun garde le silence, l’absence de preuves suffisantes leur permettra de ne purger que 6 mois de prison (=coopération). Appliqué au problème du climat, cela peur donner ceci:

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Illustration du dilemme du prisonnier appliqué au changement climatique

Typiquement, sous le régime actuel, on peut dire qu’à moins que tous les pays s’engagent d’un commun accord à travailler ensemble à une réduction des émissions de gaz à effet de serre – ce qui passe par une réforme du modèle et des activités économiques (= situation de coopération), il est risqué pour un pays ou un petit ensemble de pays de s’engager seul.s sur cette voie au risque de se retrouver affaibli.s sur les marchés économiques. Évidemment, si chaque pays s’avoue incapable d’agir, vous avez compris l’affaire ! Vue ainsi, il est dur de s’engager, n’est-ce pas ?

Pour avoir une vue d’ensemble des enjeux de la COP21 et du réchauffement climatique en général, je vous invite à consulter deux articles du journal « Le Monde ».

Une vidéo présentant en moins de 5 minutes la COP21 en 10 chiffres

Un article interactif construit sur un lexique du climat

Un article abordable expliquant les aspects scientifiques du rapport n°5 du GIEC

L’enjeu principal est la barre fatidique des 2°C supplémentaires (par rapport à la période préindustrielle): nous devons prendre des mesures pour éviter ce seuil qui risque de faire basculer bon nombre d’équilibres sur lesquels nous avons bâtis nos sociétés. Pourtant, il semblerait que ce seuil soit en fait surévaluer: pour éviter les problèmes, il faudrait plutôt viser dans la fourchette du 1°C d’après le dernier rapport du GIEC. Une bien courte marge de manoeuvre.

Finalement, la question n’est pas de savoir si nous y parviendrons, elle est plutôt de savoir ce que nous ferons quand le problème se posera. C’est là que vous intervenez, vous, citoyen du monde, personne humaine créative, inventive, solidaire. Le monde a cruellement besoin de redévelopper son imaginaire, de rêver et de se construire un avenir si nous voulons voir notre espèce perdurer.

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Après ces déclarations, la fameuse question du “Que faire?” pointe sûrement le bout de son nez dans votre esprit. Pour cette fois, je vous invite à vous renseigner sur les enjeux, à vous manifester si possible. Je sais que cela ne sera pas facile au regard de la situation actuelle à Paris (et à Bruxelles)– j’ai d’ailleurs une pensée à tous les organisateurs qui planifiaient de longue date leurs manifestations et leurs jeux. Mais en Belgique, rien n’est perdu puiqu’une rencontre est prévue à Ostende -le long de la plage, symbole de la montée des eaux- ce dimanche 29 novembre. Car près de 10 000 Belges avaient pris un ticket pour le Climate Express à destination de Paris ! C’eut été dommage de passer à côté d’un si bel élan.

 

Kaluchua – Culture animale

Chez mon père, notre porte d’entrée comporte un heurtoir qui fait usage de sonnette. Un après-midi, quelqu’un frappe à la porte. On ouvre. Personne ne semble présent dans l’entrée, du moins à hauteur d’homme. Pourtant, Figaro, mon beau grand chat noir qui à l’époque devait avoir environ 1 an vient de rentrer dans le corridor. Stupeur. Il aurait frappé volontairement à la porte? Cela semble un peu fort quand même: nous mettons ça sur le coup du vent, du hasard … 

Le lendemain, on frappe à la porte. On s’en va ouvrir: Figaro rentre. Et il sera ainsi, de jour comme de nuit (oui, de nuit aussi) durant plus de 17 ans. Mon chat a appris à frapper à la porte. Le pire, c’est que si on n’ouvre pas vite assez, il le fera plusieurs fois d’affilée (en fonction de la météo vous voyez). Et il frappera également pour faire rentrer un de nos autres chats (trop petite que pour atteindre le heurtoir) SANS rentrer lui-même. Nous n’avons jamais su comment il avait trouvé l’astuce. Est-ce qu’en s’étirant sur la porte il aurait bouger au heurtoir et donc aurait assimilé cela à l’ouverture de la porte ? Ou bien aurait-il observer quelqu’un et reproduit de geste ? Il m’a fallu du temps avant de le voir de mes yeux frapper à la porte étant donné qu’il ne se donnait pas la peine de frapper à la porte si j’étais dehors avec lui (a priori, je pouvais le faire rentrer facilement). Je ne sais pas si nos autres chats ont jamais essayé. Le heurtoir est fort haut, tous n’ont pas la taille suffisante que pour l’atteindre. Le fait est que Figaro a appris à frapper à la porte pour qu’on vienne lui ouvrir et lui permettre de rentrer. 

Figaro, mon beau chat noir.
Figaro, mon beau chat noir.

Ce débat sur la capacité d’un animal non-humain à apprendre dans une démarche qui sort du schéma « action-récompense-réitération » fait des émules parmi le monde l’éthologie ( = étude du comportement animal) et de la psychologie. Pour inaugurer cette première semaine de l’éco-défi du mois de mars, j’ai envie de partager avec vous quelques histoires intéressantes sur la culture animale.

Kaluchua, quand Descartes rencontre l’Orient

Qu’entends-je par culture animale ? Vous êtes familiers d’un certain Charles D. Qui a donné son nom à une célèbre théorie scientifique : le darwinisme, théorie actuellement en usage pour expliquer l’évolution des espèces. L’évolution des espèces repose sur une base génétique. Cependant, en parallèle, on observe des phénomènes de transmission culturelle dans certains groupes d’animaux. La culture animale englobe les innovations propres à un groupe d’animaux et se propage au fil des générations, non pas par voie génétique, mais par le biais de l’apprentissage social.

Je ne vous dis pas à quel point ce concept fut vu comme un pavé dans la mare ! Certains parlent carrément de « révolution copernicienne des sciences de la vie ».[1]

A ce point-là me direz-vous ? Oui. Nous sommes au XXème siècle, période où perdure le concept d’animal-machine de Descartes. Au-delà de aspects philosophiques de l’être, Descartes a également profondément affecté le monde de l’éthologie. Les animaux non-humains sont considérés comme des machines à la belle mécanique et aux rouages bien huilés réagissant à une série de stimuli externes et internes selon un schéma fixé par la génétique. Ils n’ont ni conscience, ni raison. Ils ne sont qu’instincts.

Les sciences ont généralisé les approches dites « réductionnistes » : en homogénéifiant l’ensemble des conditions et paramètres d’une étude, cela permet de travailler sur un facteur d’intérêt, sans bruit de fond ni interférence. Le contrôle est de mise. Une bonne expérience doit être reconductible : sans cela, elle ne vaut (quasi) rien.

Imaginez alors la perplexité des scientifiques de laboratoire quand les hommes et femmes de terrain – notamment des primatologues- ont commencé à leur rapporter des observations de « cultures » animales. L’accueil fut glacial, pour ne pas dire méprisant dans certains cas.

Parmi ces scientifiques de terrain, il y a l’anthropologue-écologue Kinji Imanishi. C’est à lui qu’on doit le terme kaluchua, propre à la culture animale mais peu utilisé.

Place aux histoires !

Imo, ses patates douces et son blé

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Macaque japonais – « Snow Monkeys, Nagano, Japan » by Yblieb – Own work. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Japon, sur l’île de Koshima. Afin de pouvoir approcher un groupe de macaques (Macaca fuscata), l’équipe japonaise de Kinji Imanishi décide de les appâter avec des patates douces. Les singes mangent les tubercules crus, l’étude du groupe se poursuit. Jusqu’au jour où…

On constate qu’une femelle, Imo, va préalablement laver au ruisseau la patate qui fera son repas. Lavé, le tubercule est sûrement plus savoureux que terreux ! Un comportement que beaucoup de scientifiques occidentaux auraient qualifié d’anecdotique mais que l’équipe japonaise a suivi avec grand attention. Et ils ont eu raison.

Petit à petit, les habitudes du groupe changent. La mère d’Imo, ses compagnons du même âge découvrent qu’au final, une patate douce lavée est bien meilleure ! Les jeunes suivent le mouvement de la nouveauté et après plusieurs années, seuls les rétifs mâles âgés continuent de manger leurs patates douces terreuses ! La gastronomie ne s’arrête pas là : Imo va même jusqu’à laver sa patate douce dans l’eau de mer. Ce comportement nouveau deviendra une habitude alimentaire au sein du groupe, transmise aux plus jeunes par l’observation de leur mère.

Lavage de patates douces -  Photo : Japanese Monkey Center, Aichi
Lavage de patates douces – Photo : Japanese Monkey Center, Aichi

Voilà pour l’histoire des patates douces. Mais la créativité ingénieuse d’Imo ne s’arrête pas là. Et je suis sûre que beaucoup d’entre nous n’aurait tout simplement pas penser à faire ce qui va suivre.

En plus des patates douces, les chercheurs distribuaient des grains de blé, lancés sur la plage. Les macaques triaient donc les petits grains dorés à même le sable. Jusqu’au jour où Imo prit par poignées les grains mélangés au sable pour… les jeter dans l’eau. Le sable plus dense coulait, les grains appétissants flottaient : le tour était joué ! Tout comme pour le lavage des patates douces, le tri du blé par densité entra dans les habitudes culturelles du groupe. Une révolution culturelle !

Les mésanges de Swaythling

Parmi les oiseaux, ceux sur lesquels on aurait beaucoup à raconter, ce sont les corvidés. J’aurai sûrement l’occasion de vous en reparler. Aujourd’hui, le devant de la scène est aux mésanges bleues, un des plus beaux exemples de comportement culturel que je connaisse !

mesangeRetour sur le sol européen, plus précisément anglais, dans la vile de Swaythling. Nous sommes en 1921, et le livreur de lait vient de déposer sur le pas de votre porte la bouteille journalière, prélude à votre thé du matin. A peine levé, vous vous réjouissez de découvrir le lait frais, et d’agrémenter votre breakfast de la crème en surface. Malheur pourtant ! Un éhonté voleur a rompu le couvercle et siphonné l’onctueux délice… Vos voisins compatissent, évidemment. Jusqu’au jour où, eux aussi, sont victimes du larcin. Quel espiègle garnement s’amuse donc à siroter la crème du lait journalier ?

Vous l’aurez devinez bien sûr : les mésanges bleues ! Les petites intrépides, une fois le livreur parti, en profitaient pour percer l’opercule, et ni une, ni deux, se délectaient de la crème de lait !

De jour en jour, le mouvement s’amplifie : de l’anecdote qui fait sourire, cela devient un phénomène national en 1941. Il était impossible que la transmission génétique soit à l’origine de ce mouvement, au regard de la vitesse de propagation. Le pillage avait dû se répandre dans la population anglaise par le biais d’imitation ou d’apprentissage. Une innovation non dictée par les gènes. Un comportement non instinctif, càd qui n’était pas le résultat automatique d’une série de stimuli. Une observation renversante qui a bien failli rester de l’ordre de l’anecdote, les chercheurs y travaillant ayant conclu « qu’en l’absence de preuves expérimentales plus précises, il n’est pas fructueux de poursuivre la discussion ». Heureusement que l’équipe d’Imanishi est arrivée à cette période.

Les noix de Taï

Retour chez les singes, les chimpanzés de la forêt de Taï cette fois-ci, en Côte-d’Ivoire.

Si l’on a longtemps admis que les outils étaient le propre de l’humain, bien des espèces nous ont donné à revoir notre copie ! Dans cette communauté de chimpanzés, un marteau et une enclume sont soigneusement sélectionnés afin d’ouvrir des noix de coula, résistantes à une pression de 1,5 tonnes, dont les amandes offrent un apport en énergie non-négligeable. Cette pratique est typique de la communauté et requiert un long apprentissage (8 ans environ) dans le choix et le maniement des outils, apprentissage généralement supervisé par la mère.

Chimpanzé de la la forêt de Taï s'exerçant au cassage de noix. Photo tirée de van Schaik, 2012
Chimpanzé de la la forêt de Taï s’exerçant au cassage de noix. Photo tirée de van Schaik, 2012

L’idée de la transmission par observation et imitation est admise au sein des psychologues : l’animal est capable de faire le lien entre ses actes et le résultats. Par contre, la possibilité qu’il existe une théorie de l’esprit chez les primates non-humains est au mieux farfelue, au pire inadmissible. Qu’est-ce donc que la théorie de l’esprit ? C’est ce qui consiste à attribuer une intention, des croyances à autrui. Admettons que vous venez de ranger du chocolat dans l’armoire. Votre amoureux(-se) décide, pour vous faire une blague, de le cacher sous l’oreiller. Puis, nonchalamment, vous dit qu’il aimerait bien un chocolat chaud à la cannelle. De bonne volonté, vous partez donc chercher le chocolat… Où ça donc ? Dans l’armoire ! En lisant cet exemple vous saviez que l’armoire était l’endroit connu du rangement, vous avez attribué une croyance à un personnage (= où allait-il chercher le chocolat ) tout en connaissant le véritable emplacement (= l’oreiller).

Je ne vais pas débattre si oui ou non les primates non-humains sont capables de mettre en place la théorie de l’esprit. Mais j’ai envie de vous présenter une observation de terrain réalisée avec les chimpanzés de Taï par Hedwige et Christophe Boesch [1] que je trouve fantastique.

Une jeune femelle chimpanzé s’exerce à casser des noix de coula sous le regard attentif de sa mère. En plein apprentissage, la petite a beau tourner son enclume et son marteau, elle ne parvient pas à casser la solide noix. A ce moment, sa mère se lève et s’approche d’elle. Immédiatement, la petite chimpanzé lui tend le marteau. Sa mère va, à ce moment là prendre 1 minute entière pour tourner lentement le marteau sous le regard de sa fille. Une fois le mouvement accompli, elle cassera une dizaine de noix qu’elle partagera avec son enfant avant d’aller se rasseoir. La jeune chimpanzé récupère le marteau, le positionne exactement comme sa mère vient de lui montrer et parvient à casser 4 noix en 15 minutes. Certes ce n’était pas parfait, elle continua a donc ses efforts en ajustant cette fois-ci, non plus le marteau, mais la position de la noix sur l’enclume.

En observant sa fille, la mère a compris d’où venait son erreur, lui a montré comment la corriger et la jeune apprentie a eu tout l’air de tirer parti de cet enseignement !

J’espère que ces quelques illustrations d’un des aspects les plus fascinants du monde animal vous auront plu. La curiosité, l’observation et la conscientisation sont les premiers pas vers le respect, peu importe l’espèce.

Cet article est le premier de ce mois qui sera consacré à l’éco-défi organisé sur le blog Echos Verts de Natasha ayant pour thème Apprendre à connaître, respecter et protéger les animaux. Retrouvez l’introduction et le programme de ce mois ici.

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A suivre : un indice !

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Source bibliographique : [1] Kaluchua, cultures, techniques et traditions des sociétés animales par Michel de Pracontal aux éditions Seuil

Un printemps trop silencieux

Les lecteurs initiés de la biologie ou des sciences de l’environnement auront peut-être une petit idée de ce qui va suivre.

Oui, vous l’aurez compris, aujourd’hui nous allons reparler de sciences !

Rachel Carson et le DDT

Le DDT, ou dichlorodiphényltrichloroéthane (à vos souhaits!).

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Molécule de DDT

Ce biocide connut son heure de gloire durant la seconde guerre mondiale, à l’heure de la révolution verte (entendez par là l’heure où l’agriculture pris le tournant de l’intensif). Insecticide puissant, il était grandement utilisé dans la lutte contre les insectes ravageurs et vecteurs de maladie (comme les moustiques). Qu’on se le dise, à l’époque, le DDT était le grand ami de tous … et on ne tarissait point d’éloge sur lui. La preuve en image. C’était une époque où on pulvérisait à tout va.

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« Silent Spring First Ed » by Source (WP:NFCC#4). Licensed under Fair use via Wikipedia –

Dans les années 40, Rachel Carson, biologiste marine, décide d’orienter ses futurs recherches sur les pesticides de synthèse. Une amie attire son attention sur le fait qu’elle voit de moins en moins d’oiseaux dans son jardin et se demande ce que sont ses amis devenus. Un déclic se fait dans l’esprit de Rachel et l’enquête commence. Après tout, c’est le symbole même des États-Unis, le pygargue à tête blanche, qui décline ! Un enquête qui l’amènera à rédiger “Silent Spring” – Le printemps silencieux. Car il s’avère que l’usage massif, inconsidéré du DDT soit à l’origine du déclin des oiseaux. Les preuves sont suffisantes que pour bannir le DDT en 1957. Un ban qui dépassera les frontières étasuniennes et qui est toujours d’application.

Comment donc le miraculeux insecticide aurait-il pu affaiblir les populations aviaires ? Un toxicologue, David Peakall, a observé qu’à grande concentration de DDE (dichlorodiphenyl-dichloroethylene – une molécule cousine du DDT ) dans les œufs de faucon pèlerins correspondait une coquille de faible épaisseur. Cette diminution de l’épaisseur de la coquille, véritable barrière protectrice des oisillons in ovo, aurait grandement affecté les taux d’éclosions. Résultat: plus de DDT, moins d’oisillons.

Mais comment le DDE – ou le DDT- a –t-il pu se retrouver dans la coquille des oeufs de faucons? On arrive à l’aspect scientifique: par le biais du processus de biomagnification.

Parmi les oiseaux touchés, on retrouve des oiseaux prédateurs comme le pygargue ou le pélican, amateurs de poissons, ainsi que le faucon pèlerin.

Suite à ses pulvérisations massives, il va sans dire que des résidus de DDT ont atterri dans les eaux. La molécule de DDT a pour caractéristique d’être hydrophobe: elle refuse de se mélanger à l’eau, lui préférant les graisses (elle est lipophile). Par conséquent, les résidus de DDT restaient en suspension dans l’eau et étaient ainsi facilement ingérés par le zooplancton, puis par les petits poissons mangeurs de plancton, puis par les gros poissons piscivores (comme le saumon), eux-même dévorés par les pygargues. Les affinités du DDT pour les lipides et sa faible vitesse de dégradation font que, de niveau trophique en niveau trophique, il s’accumule dans les organismes. C’est le principe de biomagnification. Et les concentrations atteintes chez les prédateurs aviaires s’avèrent suffisantes que pour perturber leur reproduction.

Les chats danseurs de Minamata

Changeons de continent.

Le Japon. Au port de Minamata où des pêcheurs et badauds s’esclaffent devant ses chats qui dansent, tel d’ivrognes loups de mer. Nous sommes dans les année 40-50.

Depuis 1907, une usine pétrochimique tourne à Minamata, relarguant ses déchets d’industrie dans la baie adjacente. Parmi ceux-ci, des résidus de métaux lourds, des résidus de mercure.

Ce n’est qu’en 1959 que les chats dansant et les centaines de personnes souffrant de troubles neurologiques – amenant parfois à la mort- furent liés à une intoxication au mercure organique. En effet, seul, le mercure est inerte et ne réagit pas. Mais méthylé (-CH3) suite aux procédés industriels, il parvient, comme le DDT, a se lier aux graisses. La baie de Minamata, outre abritant un fleuron de l’industrie de l’époque, est un grand port de pêche. Les chats et les humains se délectaient de poissons riche en mercure: la biomagnification a fait le reste.

Actuellement, le thon reste un poisson à surveiller suite au méthylmercure accumulé. Les personnes en consommant de grandes quantités (de 100 à 500 g par semaine) y sont plus exposées, sans pour autant que l’alarme des risques sanitaires soit sonnée.

Perspectives de la bioaccumulation

Le principe de la bioaccumulation est le même que la biomagnification: la concentration d’un composé augmente dans les tissus. Au lieu d’avoir cette accumulation au fil des interactions trophiques, l’accumulation a lieu dans un organisme au cours du temps.

Comparaison bioaccumulation - biomagnification
Comparaison bioaccumulation – biomagnification (d’ici)

J’imagine vos têtes perplexes: après tout ce qui a été présenté, comment pourrait-il y avoir des perspectives ?

Et bien il y en a! Au Katanga, certaines espèces de plantes sont capables de grandir sur les collines riches en cuivre et cobalt, des métaux lourds. Ces plantes sont dites métallicoles (cliquez pour voir comme elles sont jolies !) En étudiant les mécanismes de stockage de ces métaux lourds, ces espèces végétales offrent la possibilité de décontaminer des sites industriels délaissés et inoccupables car trop pollués. Des espèces plus locales existent et des expériences de terrain ont débuté en France en 2013.

J’espère que cette petite présentation vous a plu !

Le prochain article sortira en mars pour inaugurer l’éco-défi de Natasha d’Echos Verts avec qui j’aborderai la thématique “Apprendre à connaître, respecter et protéger les animaux”.

De fil en aiguille

Un regard sur la mare

Voyez-vous, là-bas, la petite tache miroitante ?

Oui, non ? Approchons-nous.

Une mare.

Et si vous vous asseyiez un instant pour la regarder vivre ?

***

Elle est petite. Pas très profonde. L’eau est un peu troublée par les particules en suspension. Et si on regarde bien, une multitude d’êtres, petits ou même gros !, s’y agitent. Danse parmi la forêt sous eau.

La mare constitue leur lieu de vie, leur habitat – ou biotope. Libellules et demoiselles, gerris, nèpes et autres punaises d’eau, grenouilles et tritons, végétaux flottant gracieusement -pour ne citer que ceux-là ! Tout ce petit monde vivant intègre ce qu’on dénomme la biocénose.

Regardez, là ! Vous avez vu ? Ce triton qui vient de happer un insecte à la surface !

Triton alpestre
Triton alpestre guettant une guêpe sur l’eau.

Mais les plus voraces ne sont pas forcément les plus visibles…

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Larve de libellule (Aeschne bleue) dans la mare expérimentale. Un vrai monstre !

Entre les êtres-vivants, ainsi qu’avec le milieu de vie, il existe de nombreux liens et interactions. La prédation en est une.

Trois ingrédients.

Biotope, biocénose, interactions. Mélangez bien le tout… Vous obtenez un écosystème !

C’est l’histoire d’une loutre qui fait des ricochets…

A l’heure actuelle, sous la pression des activités humaines, les écosystèmes sont perturbés, les espèces disparaissent. Et les liens dans tout ça ? Ils se rompent, se refont ou bien alors propagent la perturbation. On parle de phénomène en cascade quand la disparition d’une espèce (ou sa diminution) ricoche sur l’ensemble des liens auxquels elle se rattache.

L’exemple idéal – servi, resservi, j’en veux encore, non merci!– est celui de la loutre de mer (Enhydra lutris).

La loutre en question est gourmande d’oursins. Surexploitée pour sa fourrure, tout en constituant un déjeuner de prédilection pour les orques, sa population a drastiquement diminué, frôlant l’extinction en à peine trois siècles. Et quand la loutre n’est pas là, les oursins dansent ! En effet, sa pression de prédation sur les oursins étant largement amoindrie, ceux-ci ont vu leur démographie grimper. Mais les oursins sont eux des herbivores, se rassasiant sur les forêts de kelp, une algue marine, observables dans le Pacifique Nord. Ces forêts de kelp ont a leur tour été surexploitées, par les oursins cette fois-ci. Le kelp hébergeant de nombreuses espèces de poissons et invertébrés, ceux-ci ont vu leur habitat se réduire en peau de chagrin. Ainsi, la quasi-disparition de la loutre, grand prédateur des forêts de kelp, s’est répercuté dans tout l’écosystème, occasionnant des extinctions secondaires- des dégâts collatéraux.

La cascade peut se propager verticalement (on parle de « bottom-up » dans notre cas), mais également de manière horizontale, affectant des espèces qui a priori ne semblait pas concernées.