Ces liens qui délient

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C’est avec un plaisir certain que je révèle aujourd’hui la nouvelle bannière du blog. Concoctée à quatre mains, au crayon et à la souris, je remercie mon Amoureux pour le temps qu’il a consacré pour faire prendre vie à ce lynx sous Gimp et Inkscape, deux programmes libres.

Septembre qui sonne la rentrée.

Un temps de changement, de résolutions, de réflexions. De bilans aussi.

On a tous déjà parcouru, voir partagé, des articles qui traitent de l’impact négatif que les réseaux sociaux peuvent avoir sur notre quotidien, et notamment sur notre propre vie sociale. Récemment, une discussion s’était lancée sur mon profil personnel à propos justement de Facebook. Après cet échange, la réflexion a continué dans un coin de ma tête. Et divers déclics se sont produits entre-temps. Je vous partage donc le fruit de ma réflexion personnelle, qui ne vise que mon propre vécu.

Tout d’abord, de quelle utilité m’est ce réseau social?

La première des raisons est de garder le contact. C’est ce qu’on se dit tous. Et pourtant.

Soyons francs, les personnes avec qui je veux vraiment garder contact et entretenir des échanges, soit je les vois régulièrement dans mon quotidien, soit nous échangeons par email, sms ou voie postale. De façon générale, sur mes 90 contacts, il y a en une petite cinquantaine avec qui j’entretiens une véritable relation qui dépasse les « like » et autres coups de vent passagers dont nous sommes devenus familiers. Pour les autres, qui sont souvent des anciennes connaissances, il m’arrive juste de me cantonner dans un rôle d’observatrice, jetant un œil de temps à autre sur leurs profils pour voir ce qu’il advient d’eux. De la curiosité mêlée à une pointe de nostalgie. Je n’ai compris que très récemment qu’il me fallait faire le deuil de certaines liaisons. Je ne suis pas très bonne en deuil, c’est un chemin qui me fait peur et que j’appréhende. Pourtant, un deuil permet de transformer la nostalgie, un peu amère, un peu salée, en une gratitude pour ce qui a été partagé et apprécié du temps à deux.

Pourquoi alors persister à conserver des personnes avec qui je n’entretiens plus  qu’un souvenir, ou même rien ? Peut-être parce que j’espère que mes partages qui me tiennent souvent à cœur soit vus, lus, réfléchis. Un petit bout de moi quand même, offert au travers d’un écran.

Ceci m’amène à la seconde raison qui me rendait adepte de Facebook. Ce réseau regroupe un bon nombre, pour ne pas dire la majorité, des mes sources informatives alternatives qui étoffent et remettent en perspective celle qui passent par les canaux principaux. Est-ce une raison suffisante pour garder mon profil blanc et bleu ? Non. Toutes mes sources ont leurs propres sites internet sur lequel je peux aller chercher les dernières nouvelles. Évidemment, elles ne sont pas toutes regroupées mais il suffirait d’un dossier favori bien organisé pour avoir tout à portée de main et y accéder quand je le désire et que je sais que j’ai le temps de lire l’article et non simplement le titre. Car à dérouler rapidement notre fil d’actualité, on débobine tout, on aperçoit, rien ne gagne en profondeur. On s’emmêle dans plein de fils, même si avec un peu de perspicacité, quand on prend le temps de tout démêler et tisser, certains mènent à de chouettes informations.

Cela m’amène à rebondir sur l’un des problèmes majeurs des réseaux : l’entretien du culte du superficiel. Pas partout, pas chez tout le monde, mais quand même omniprésent. Dans ce qu’on présente, dans nos commentaires qui ne débouchent souvent sur rien, dans nos tentatives d’indignation qui meurent dans l’œuf ou sont redirigées vers des cibles prédéfinies. On ne prend plus loisir de se replier pour réfléchir. On cherche un écho chez quelqu’un, quiconque qui verra un statut et rebondira dessus. Le goût du partage est ce qui me freine mon départ de Facebook, mais quels partages fais-je donc? Des « coups de coeur », des « coups de gueule », des petites choses drôles, des images inspirantes. Tant de petits instantanés qui font le bonheur quotidien mais qui deviennent comme polluants, asphyxiants. Rien que des bribes sans substance parce qu’on ne réfléchit pas dessus. On ne les vit qu’en surface, belles et scintillantes. On s’émerveille devant les photos d’un écran sans plus prendre la peine de regarder autour de soi. Cela génère de l’envie, parfois. Un sentiment d’incompétence, également, parce que, bon sang, pourquoi n’est-ce pas aussi joli/bien présenté/organisé chez moi que chez untel ?

Avec toutes ces critiques raisonnables, pourquoi ai-je mis tant de temps à me rendre à l’évidence ? C’est que, depuis 1 an, j’ai eu besoin de Facebook.

Mon vie a été chamboulée depuis septembre 2014. Nouveau travail et nouveau rythme, pour moi, pour lui, avec leurs lots d’angoisse et de stress qu’il a fallu gérer. Et puis ma famille qui s’est éparpillée en octobre. Puis s’est brisée le 21 février. Je me suis retrouvée sans plus aucun repère que mon petit chez-moi tout neuf qui n’a d’histoire que celle portée par ses deux habitants. Je n’avais pas compris que ça n’allait pas bien pour moi. D’abord, j’ai eu besoin, vraiment, d’avoir des interactions régulièrement sur Facebook. Je guettais les messages, les commentaires. J’avais besoin qu’on me porte de l’attention. Je ne me la portais pas moi-même, je n’ai pas eu le temps. Il y avait d’autres personnes pour qui je devais être-là, qui avait vraiment besoin qu’on les soutienne car la dépression ou le burn-out commençait à s’étendre au-devant d’eux.

Alors j’ai commencé à faire ce qu’il ne faut pas quand on ne va pas bien : j’ai voulu pansé le monde de ses blessures. Et j’ai trouvé en Facebook un déversoir continu de maux divers, de personnes en détresse dans/pour lesquels je me sentais utile, où du moins essayais-je. Jusqu’à ce que je constate que, pour aider, il faut pouvoir se ressourcer avec cette personne, que la relation apporte également du positif pour qu’on retrouve son souffle dans le marathon du soutien. Et cela, je ne le trouve pas sur le réseau social, au contraire. Nous sommes constamment sous pression et confrontés à des histoires tristes, détournées ou haineuses. Il y a du beau aussi, je ne nie pas. Mais j’en ai marre, simplement. Mon empathie souffre de trop donner sans recevoir.

J’éprouve le besoin de me replier, de me poser, prendre le temps de réfléchir. « Le meilleur des mondes » de Aldous Huxley est tombé à point dans ma vie: la conformité et le groupe ne me sied guère en ce moment. Quitte à prendre du temps pour m’informer et m’éveiller, je préfère le faire consciencieusement. Et peut-être au fil de mes cheminements viendrai-je partager mes questionnements ou mes apprentissages par ici.

Je vais terminer en vous partageant un poème que j’ai lu dans « Les mots sont des fenêtres ou des murs » de Marshall Rosenberg.

Toujours un masque                                                         
Que tenait la main fine et blanche.
Elle avait toujours un masque devant le visage…    

Vraiment le poignet                                                      
Qui le soutenait légèrement
Convenait à sa tâche;
Arrivait-il pourtant
Qu’il y ait un tremblement
Qu’un doigt vacille
Imperceptiblement…
En tenant le masque?

Pendant des années, je me suis interrogé
Mais je n’ai jamais osé demander.
Et puis,
J’ai commis cet impair…
J’ai regardé derrière le masque,
Mais il n’y avait
Rien…
Elle n’avait pas de visage.

Elle était devenue
Une simple main
Tenant un masque
Avec grâce.

Anonyme.