Alerte Nature #2 – Living Land

Living_land

L’information ne m’arrive que tardivement, je m’attelle donc à vite vous présenter la nouvelle issue de l’ ”Alerte Nature”. Car cette fois-ci, il s’agit d’une véritable opportunité, l’occasion de faire trembler les systèmes actuels.

Une consultation populaire européenne a été lancée par la Commission concernant ni plus ni moins l’avenir de notre système agricole.

Mais rappelons de quoi il est question. Actuellement, l’agriculture européenne est subventionnée par le biais de la Politique Agricole Commune (PAC). La PAC représente un budget annuel de 58 milliards d’euros, près de la moitié du budget européen. Une somme conséquente qui alimente un système agricole qui ne devait remplir qu’une fonction : produire.

Mais la médaille a un revers. Si cette vision se justifiait au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, elle pose aujourd’hui de nombreuses questions. Ce modèle agricole industriel est à la source d’externalités négatives importantes vis-à-vis de l’environnement, touchant à la fois la biodiversité, la qualité de l’air et de l’eau ainsi que la santé de nos sols. Sans oublier le climat. Notre modèle agricole européen s’est construit et développé et s’isolant des contraintes environnementales. Or, les prises de conscience concernant l’usage des biocides et intrants de synthèse, qui plus est sous la contrainte des changements climatiques, ont mis en évidence que notre modèle est peu durable et obsolète. Et pour se passer de ces divers intrants de synthèse, l’agriculture doit ré-admettre et retrouver son lien avec l’écosystème duquel elle n’a jamais cessé de faire partie, mais n’a cessé d’altérer.

Le temps est donc venu de changer notre approche concernant l’agriculture: nous avons besoin de nouveaux modèles qui puissent s’inscrire dans une préservation à long terme de notre accès aux biens fournis par les cultures tout comme dans la préservation de cet environnement dont nous sommes tous dépendants.

Petit à petit, l’agroécologie fait son nid dans les milieux institutionnels, gagnant en crédit auprès des scientifiques. Il ne tient qu’à nous de lui ouvrir la voie pour qu’elle puisse, demain, devenir notre nouveau modèle agricole.

Ouverte à tous, cette mobilisation citoyenne est essentielle pour faire bouger les choses. Pour agir, deux approches s’offrent à vous. Vous pouvez signer la charte de Living Land ou bien celle des associations participantes. Ou bien, vous pouvez parcourir l’ensemble de la consultation et y insérer les recommandations fournies par certaines associations (Natagora en Belgique, la LPO en France). Cette seconde voie vous permet de mieux comprendre les positions tenues par les associations regroupées sous la bannière de « Living Land« .

Ensemble, agissons pour dessiner les paysages et nos assiettes de demain !

Liens:

– Le site de Living Land  : https://www.living-land.org/actnow/#iframe

– Les recommandation détaillées de Natagora : http://www.natagora.be/fileadmin/Natagora/PolitiqueGenerale/Politique_Agricole_Commune/LivinLang_ConsultationPAC_ReponsesRecommandees.pdf

– Les recommandations détaillées de la LPO : https://www.lpo.fr/actualites/appel-a-mobilisation-avant-le-2-mai-repondez-a-la-consultation-publique-sur-l-avenir-de-la-pac

Crédit image : pixabay.com

Rêvons les fêtes

Cet article était un brouillon de l’an dernier. Je voulais apparemment vous parler de surconsommation, de représentations, de simplicité, de conscience, de rêve. Un an après, même si je pense toujours à cela, j’ai envie de simplement partager du rêve.

glacon

Le 12ème mois est là.

Celui qui nous fait nous retourner, avec un soupir parfois, pour regarder par-dessus l’épaule l’année déjà écoulée.

Celui qui nous fait regarder, les yeux brillants, le cœur battant, le nouveau chemin qui se profile.

Décembre, le mois de tous les contrastes.

Il y a ceux qui couvrent le pied du sapin de mille et uns papiers brillants et ceux qui partagent autrement. Il y a ceux qui l’attendent avec impatience dès que novembre a pointé le bout de son nez, et ceux qui n’ont qu’une hâte, que les fêtes soient derrière eux, que décembre ne soit qu’un tracé à la craie blanche sur un tableau noir qu’on efface rapidement, le plus tôt le mieux.

Au creux de décembre, entre les espoirs de neige et les guirlandes qui font sourire, on met en place de petits rituels, des traditions. Ces gestes incarnent un peu notre souhait de l’immuable, on s’y réfugie le temps d’un mois, le temps de saluer à nouveau notre âme d’enfant. Après tout, les traditions auxquelles nous accordons parfois tant de crédit ne sont-elles pas ce qu’il restera après nous, une fois tous les Noël finis? Ne sont-elles pas ce qu’on peut espérer toujours partager avec les suivants? Peut-être est-ce pour cela qu’elles sont si dures à secouer. Elles rappellent un temps d’avant où, un jour, nous resterons nous aussi.

Mais, secouons-nous, je suis là pour vous parler de lumières qui pétillent et de bulles qui brillent (serait-ce l’inverse ?)

lightpainting
Séance de « light painting » à deux

Tous ces petits rituels ont du bon ! Ils rassurent, ils nous ancrent dans un présent que l’on tend trop à délaisser. Décembre est, je trouve, le mois du partage. J’aime y glisser de la magie, du rêve, me laisser aller aux joies simples. En grandissant, cela devient dur de ne pas les laisser se faire parasiter par des réflexions très pragmatiques, souvent pessimistes. Pourtant, il y a bien une chose que je commence à comprendre, c’est que le cœur dicte beaucoup. Ou tout du moins aurait beaucoup à dire si le cerveau ne monopolisait pas la conversation! Avec ce mois de tous les possibles, c’est le moment de s’écouter sourire intérieurement, de comprendre ce qui nous met en joie, pour au fil de l’année, apprendre à mieux profiter.

Seulement, prudence, décembre n’est pas pavé que de bonnes intentions. Le rêve est maquillé, déguisé par un marketing insidieux qui vous fait croire, dès le plus jeune âge, que la joie découle de l’avoir. Décembre, c’est un peu le miroir du Rised, reflet de tout ce que vous pourriez être ou avoir. A trop le contempler, on passe à côté de ce qui compte vraiment. Sans oublier l’émergence d’une pression au bonheur, qui se traduit en angoisse des cadeaux et de la décoration. A vous d’être astucieux pour décoder les mirages et apprendre à faire tomber les masques! Il faut parfois creuser un peu pour sortir des chemins balisés de prétendus codes amenant au bonheur pour trouver ce qui, vraiment, vraiment, nous apporte de la joie.

stnicolas
Saint-Nicolas !

Ce que j’aime dans les temps de décembre, c’est imaginer, prévoir, concocter. C’est un peu un temps de secrets, de surprises, de cache-cache.

J’avais envie de partager ces joies simples qui ponctuent le mois en une petite liste non-exhaustive.

  • Découvrir les décorations de la ville, avec la rue dans laquelle tombent des étoiles filantes.

  • Sortir les graines et les boules de graisse pour les oiseaux aux premières gelées (et aller installer tout cela sous le regard curieux d’un chat qui se découvre des penchants granivores).

  • La préparation du calendrier de l’Avent.

  • L’arrivée des cougnous, à déguster avec un chocolat chaud à la cannelle en rentrant du travail.

  • Les passages de St-Nicolas dans les souliers, quelques jours avant le 6 décembre.

  • La préparation de la table de St-Nicolas le soir, camouflée par une couverture que l’on soulève, à deux, le lendemain matin, avec la joie qui fait battre le cœur.

  • Les aubes froides et claires, qui me permettent de voir le soleil se lever.

  • La perspective des premiers flocons, et, oh joie!, la première neige (même si elle annonce des retard sur le rail – mais, avouons-le, ça ne change pas de d’habitude)

  • Décorer la maison, même ne serait-ce qu’un peu, pour amener de lumière autour des fenêtres.

  • Réfléchir aux cadeaux que l’on va faire, les sélectionner avec soin, réfléchir à ceux que l’on va confectionner soi-même.

  • Imaginer avec gourmandise le menu du 25, se creuser la tête un petit peu pour faire une jolie bûche.

  • Sortir promener dans le froid, pour profiter de la nature endormie, et qui craque doucement sous les étoiles de givre.

  • Savourer, le soir au coin du feu, des livres de contes et légendes qui nous font regarder différemment la nature alentour.

  • Concevoir les cartes de vœux à envoyer à ceux que j’apprécie et qui sont loin, ainsi que celles des cheminots.

  • Et, cette année, découvrir avec ravissement “Fantastic Beasts and where to find them”, et replonger le temps d’une aventure dans cet univers de magie que j’aime tant.

En ce moment, on a grand besoin de rêver, d’imaginer pour bâtir ensemble un projet commun de vie. Un projet construit par ce que l’Humanité a et fait de mieux. Je crois dur comme fer en ces alternatives de vie, ces alternatives qui bousculent les idées de bonheur et de réussite qu’on a dans la tête. Ce sont les premières fleurs d’un jardin commun en cours de travail. Alimentons les tous ensemble pour, un jour, en récolter les fruits!

bougie

Et vous, comment regardez-vous décembre?

Quelles sont les petits rituels de saison que vous installez?

Histoire d’or

805_alliances-1_2048x1362
Pino Roméo –  http://www.photoromeo.be/

La vie est affaire de jonglerie, tout équilibre est difficile à atteindre et chaque nouveau palier ne se stabilise que pour un instant, avant de retomber dans le flux du mouvement. Le blog a un peu pâti de mes piètres talents de jongleuse, et si je n’apprends pas vraiment à garder les balles en suspens dans les airs, je comprends que ce n’est pas si grave de les laisser tomber.

Aujourd’hui, j’ai envie de vous raconter l’histoire de nos alliances. Car oui, de notre mariage, ce sont les objets qui ont l’histoire la plus trépidante !

Symbolique et problématique

L’alliance, comme son nom l’indique, est le symbole de l’union scellée. Si traditionnellement elle se veut rappel de l’engagement, les Égyptiens voyaient eux dans la forme de l’anneau un symbole d’éternité, protecteur de l’amour des époux.

Couramment, l’alliance est en or. Métal brillant et inoxydable, l’or se pare de nombreux symboles et pouvoirs. Associé au soleil, il est l’incarnation de la lumière céleste chez de nombreuses civilisations. Matière première des alchimistes, l’or est pour eux intimement lié aux forces terrestres.

lalchimiste_-_david_teniers_the_younger
https://commons.wikimedia.org/wiki/File%3AL’alchimiste_-_David_Teniers_the_Younger.png

Si l’or est un métal attrayant, à la fois pour ses qualités physico-chimiques et son aura symbolique, il ne fait néanmoins pas bon ménage à l’heure actuelle avec nos valeurs.

En effet, l’extraction de ce métal soulève de nombreux problèmes environnementaux (les principaux étant la déforestation et la pollution des eaux et des sols), tout comme sociétaux en favorisant l’exploitation humaine et en alimentant dans certaines régions les conflits armés grâce à la vente des pépites. Pour ce qui est de l’argent, on peut lui reprocher les mêmes vices, quoique dans de moindres mesures. Bref, pas vraiment éthique ni écologique! Je vous invite d’ailleurs à découvrir l’article de synthèse très bien rédigé par Catherine sur les bijoux respectueux.

L’option la plus écologique aurait donc été de ne pas porter d’alliances. Cependant, après discussion, nous avons trouvé qu’il était important pour nous d’indiquer clairement en société que nous étions mariés. Nous avons donc dû réfléchir à la forme que prendraient nos alliances.

Alliances écologiques: notre choix

Quelques temps auparavant, je m’étais renseignée sur la possibilité de faire réaliser des alliances en or labellisé “équitable”. C’est ainsi que je découvris « Paulette à bicyclette« . Équipe parisienne d’artisans joailliers, ils offrent la possibilité d’acheter de très jolis bijoux, sobres et élégants. Le point négatif est, soyons francs, le coût. A nouveau, ce n’est que le juste reflet de la confection d’un bien: une extraction dans des conditions de travail correctes et sécurisées, un salaire juste et une création artisanale par des gens de métier. Tout est question de choix: pour notre part, nous préférions investir une somme dans un anneau que nous porterions toute notre vie plutôt que dans les vêtements de cérémonie.

Toujours est-il que je me suis demandée s’il n’y avait pas moyen de recycler de l’or existant plutôt que d’acheter neuf, tout équitable que ce fut.

Et c’est ce que nous fîmes. Mon alliance est tirée d’une ancienne chevalière de mon feu grand-père maternel, un façon de l’associer à l’évènement. Quant à celle de mon amoureux, il s’agit de l’alliance de mon père, jolie symbole également.

L’histoire pourrait s’arrêter là: deux bijoux à retravailler, le joaillier de la ville et tadam!

Et bien non, nos alliances ont quand même été travaillées dans les ateliers parisiens de chez Paulette à bicyclette, et ce pour deux raisons.

La première est que le joaillier du coin, que dis-je, de la rue à côté de chez nous, ne travaille pas l’or existant. Il voulait bien le racheter, mais pas le transformer. En procédant ainsi, nous aurions finalement eu des bagues en or peu éthique, ce qui était non négociable.

La seconde raison est que, si nous aimons la simplicité, on apprécie tout autant l’originalité. Pour ma part, un anneau martelé faisait mon bonheur. Pour monsieur, c’était un brin plus subtil: il voulait L‘ anneau. Amis de la fantasy, vous avez, je pense, compris. Mon futur époux voulait la gravure de l’anneau unique de Sauron (Seigneurs des Anneaux) sur son alliance. C’est-à-dire une inscription relevant de la calligraphie cursive:

one_ring_inscription

Et cela, tout le monde ne sait pas le faire. Excepté chez Paulette, qui dans la grande ville de Paris, travaille avec d’excellents artisans qui ont su faire une merveille de finesse !

Pour l’anecdote, ce ne fut pas simple d’envoyer les bagues à retravailler. Suite aux attentats, la France ne reçoit plus de colis qu’on ne peut préalablement ouvrir (en tout cas au départ de la Belgique). Adieu donc colis à valeur assurée… Ce fut l’occasion pour moi de visiter Paris, en combinant le trajet avec un colloque qui avait lieu début février.

Par contre la réception s’est faite sans emcombre aucune, accompagnée d’un léger remake de Gollum une fois la boîte entre mes mains 😉

 

803_alliances-3_2048x1362
Pino Roméo – http://www.photoromeo.be/

Pour être transparente jusqu’au bout, voici le coût de l’opération “Alliances”.

Si nous avions acheté neufs chez Paulette à bicyclette, cela nous aurait coûté :

– 600 euros pour mon alliance

– 1300 euros pour celle de l’Amoureux

– 325 euros de gravure

Soit un total de 2225 euros (c’est-à-dire plus d’un tiers de notre budget mariage).

En recyclant des bagues existantes, nous devions finalement payer:

– 685 euros pour la transformation de nos deux alliances

– 325 euros de gravure

Si je compte bien, cela montait à 1010 euros, une sacré économie par rapport au prix neuf. Il faut savoir que le coût d’une transformation dépend vraiment de la bague initiale: un ajustement sera moins onéreux qu’une grande découpe.

De ces 1010 euros, le reste d’or de la chevalière a couvert une grande partie et nous n’avons finalement payé que 700 euros.

Une belle économie  pour un travail magnifique: cela valait la peine de se creuser la tête!

piste_alliances.png

Ne pas en porter

Pourquoi suivre absolument les conventions? Posez vous vraiment la question de savoir si cela a de la valeur pour vous d’avoir une bague à votre doigt. Si c’est seulement le rituel d’échange qui vous importe, il existe des alternatives, comme les mains liées par les rubans ou le rituel de la bougie qui sont tous deux très beaux et riches en symboles.

Or recyclé

Recycler des bijoux existants est une bonne piste, à condition d’avoir : 

  1. des bagues qui pourraient se prêter à l’exercice.
  2. un.e joaillier.e à votre portée qui ne se contente pas seulement de racheter l’or mais qui pourra également recréer un objet au départ de la matière que vous lui transmettez.

Or équitable

L’or équitable est l’alternative la plus simple a priori pour la confection d’alliances traditionnelles (ou pas!). Il coûte néanmoins plus cher et l’offre est vraisemblablement moindre. Reste que comme tout acte de consommation, c’est un geste politique fort: plus nous serons à demander la généralisation d’une filière équitable pour les métaux précieux, plus vite cela deviendra la norme.

Si cela vous tient à cœur mais que le prix est prohibitif, pourquoi ne pas en faire un cadeau de mariage auquel les invités pourront participer?

Bague en bois (et autres matériaux)

Les bagues en bois sont une jolie alternative au métal. Cependant, elles sont vite plus encombrantes car plus épaisses et risquent d’avoir une durée de vie plus courte. Sans oublier qu’il faut vérifier la provenance du bois afin de favoriser la gestion durable des forêts.

Suggestions de sites: Oxfam Magasins du Monde  ou  Artisans du Monde

Autres bijoux

Rien ne nous force à nous cantonner aux alliances. Libre à vous d’échanger un autre type de bijou, à chercher chez des artisans ou des boutiques équitables.

Tatouage

Bijou de peau par excellence, tatouer son alliance autour de l’annulaire est une manière originale, simple et peu coûteuse, à condition d’être sûr.e de soi et d’apprécier ce type d’art.

Quid de la bague de fiançailles ?

A nouveau, on peut très bien faire le choix de ne pas en porter. De notre côté, nous avions trouvé une autre petite astuce.

J’avais remis la main sur une bague en or fine offerte par ma mère à mes 12 ans qui allait parfaitement à mon annulaire gauche. La bague de fiançailles n’avait pas réellement d’importance pour moi qui n’aime pas vraiment les bagues: un anneau temporaire me convenait largement. Ainsi, j’avais donné cette petite bague quelques mois auparavant à l’Amoureux, lui disant que quand viendrait le jour où il se sentirait suffisamment courageux pour sa demande, il pourrait se servir de cet anneau en guise de bague de fiançailles.

N’hésitez pas à piocher dans les alternatives pour ce bijou-là non plus et gardez en mémoire que le commerce du diamant, la plus célèbre gemme pour les bagues de fiançailles, est l’un des plus sombres. Soyez créatifs et perspicaces!

N’oubliez surtout pas que, dans ces histoires-là, ce n’est pas le bijou le plus important 😉

734_emirob-couple-15_2048x1367
Pino Roméo – http://www.photoromeo.be/

(A)sociale

social_network

Voici maintenant 3 mois que j’ai quitté le fameux réseau au “f” bleu: un petit bilan s’impose, bilan que je souhaite partager avec vous.

Bien évidemment, ces réflexions sont uniquement le fruit de mon propre cheminement, nullement un jugement porté sur les personnes qui ne partagent pas mon point de vue.

Le départ

Facebook était le seul réseau social que je fréquentais. J’ai également un compte Pinterest que je ne consulte que très rarement, juste en cas de projet artistique.

Déjà deux fois auparavant j’avais désactivé mon compte. Le résultat d’un certain ras-le-bol de cette connectivité à outrance, un certain malaise par moment. Je regrettais qu’une grande partie de mes interactions sociales se fassent par écran interposé, un peu à la va-vite, à coups de petits commentaires et de pouces levés.

En 2014, ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est quand j’ai appris qu’un ami proche était désormais en couple… suite à son changement de statut ! Beaucoup de questions sont parties de là.

Bien sûr, j’ai eu l’occasion de faire de belles rencontres via ce réseau, rencontres que j’entretiens par email, par courrier postal ou même en chair et en os. Par ailleurs, j’ai pu frotter mon esprit à une très grande variété d’informations, pour la plupart émanant de sites d’informations alternatifs ou de blogs engagés. La richesse en diversité des personnes avec qui j’échangeais m’ouvrait un monde parfois inconnu, parfois incompris qui ne cessait de me surprendre, de ragaillardir mon engagement, de me pousser à m’interroger. De belles bases ont été posées grâce à cela, accompagnées de quelques sites ressources que je garde précieusement sous la main. Et je remercie grandement celles et ceux qui ont échangé avec moi par ce biais.

Puis, en 2015, vint la crise des réfugiés. Le drame de Lampedusa. Et le début d’un flot continu d’informations de tout bord, du très positif et engagé, aux réflexions profondes, en passant par les partages de trop populistes de la presse et les dérives fascistes (heureusement peu nombreuses!).

Travaillant majoritairement sur mon ordinateur, j’étais constamment connectée à tout cela, peinant à prendre du recul, me sentant par moment oppressée par la densité d’informations qui arrivait constamment, du nouveau à chaque rafraîchissement de page.

Et j’ai choisi de dire stop. Non pas, cette fois-ci, en désactivant mon compte, le laissant en suspens, prêt à reprendre du poil de la bête dès que je changerais d’avis – avec un petit message “Heureux de vous revoir!”.

Non.

Cette fois-ci, j’ai tout supprimé, sans rien archiver. Une table rase, conservant simplement les échanges avec quelques personnes.

Conséquences

Soyons honnêtes, j’appréhendais un peu ce départ brutal, qui effaçait toutes traces de mon passage. Un petit passage par le néant.

Au final, je n’ai ressenti que du soulagement.

Effacée, immédiatement, l’envie d’aller “juste faire un petit tour de quelques secondes” sur ma page.

Envolé le besoin de savoir maintenant, là, tout de suite, ce qu’il se passait.

Disparue, cette envie incroyable de vérifier si quelqu’un avait pensé à moi en m’envoyant un message, laissant un commentaire sur un partage.

Concernant cette dernière phrase, c’est quelque chose que j’avais découvert peu de temps avant: j’étais en partie dépendante de ce réseau pour me sentir valorisée, appréciée. Un constat assez effrayant… Finalement, force est de constater que, d’après mon soulagement, j’attendais surtout une sorte d’assentiment sur mon comportement en général, venant des autres. Que mes idées, mes valeurs, ma cohérence soient validés.

Je ne pense pas être la seule à passer par ce souci existentialiste, exacerbé par les divers réseaux sociaux. En prenant du recul, j’ai pu retrouver une certaine force intérieure capable de m’épauler dans le quotidien, m’affranchissant (en partie) du jugement extérieur, veillant à ce que je ne vois en lui qu’un regard sur les actes et comportements, non pas sur ma valeur de personne. Soyons franc, cela prend du temps et je travaille toujours beaucoup là-dessus.

En dehors de tout cela, qu’a donc changé mon départ de Facebook?

Commençons par le positif.

1° Attention et concentration, le retour

espace_travail

Qui, parmi celle et ceux travaillant sur ordinateur régulièrement, ne passe pas en coup de vent vérifier son fil d’actualité, ou les nouveaux tweets? “Juste quelques instants”.

Au départ, avec mon compagnon, nous avions instauré un système de mot de passe pour filtrer certains sites qui pourraient venir perturber notre concentration. Cela a marché un temps, avant de tomber à l’eau.

Depuis que j’ai supprimé mon compte, le gain de concentration est impressionnant. Peu d’idées et d’envies parasites viennent perturber mon esprit lors d’une tâche.

Je travaille plus vite, mieux et avec plus de plaisir. Entre deux tâches, pour me pauser quelques minutes, soit je vais me préparer un thé, soit j’essaie de colorier un peu les fresques de mon tapis de souris (un semainier avec dessins à colorier, très sympathique!). Cela me permet de vider mon esprit sans commencer à me perdre dans les méandres d’internet.

Deux articles ont récemment croisé mon chemin, attirant mon attention.

Le premier a été découvert par le biais la revue du web de Pauline, sur son blog Un invincible été. L’histoire de cet américain incapable de se concentrer suffisamment pour lire est véritablement interpellante. Au cours de son récit, j’ai appris que la découverte d’informations nouvelles génère la production de dopamine, un neurotransmetteur lié au bien-être. L’accès constant à des réseaux (ou aux emails) où à chaque passage du neuf est présent peut donc vite entraîner une addiction, ces visites s’accompagnant de décharges de dopamine. On devient accro au neuf, et on en veut toujours plus!

C’est un article du blog américain Zen habits qui a mis le doigt sur une autre situation interpellante. Lorsque l’on travaille, arrivent des moments où l’on se trouve confronté à des situations d’inconfort. Un manque d’idées pour rédiger, un test statistique qui plante sans qu’on en comprenne la raison, un petit passage à vide. Face à la frustration engendrée, l’accès aux réseaux sociaux peut agir comme un baume réparateur: on se calme en découvrant des nouveautés qui occupent notre esprit et l’apaisent via l’agréable flux de dopamine. Au lieu de nous poser calmement face au problème, de prendre un peu de recul, on zappe vers autre chose de plus valorisant, de plus occupant, de plus confortable.

Accepter l’apparition d’un inconfort, le gérer et persévérer face à lui n’est pas chose aisée et je pense avoir encore du pain sur la planche avant d’être satisfaite de cette gestion du travail!

2° Mieux maîtriser son temps

temps_horloge

Ces petits bonds fugaces pour vite vérifier mon compte, certes courts mais fréquents, finissaient par me prendre du temps. Non pas forcément en temps passé effectivement sur le réseau, mais cette interruption dans une tâche me redemandait du temps pour me reconcentrer !

Désormais, quand je souhaite lire quelque chose pour me détendre, je tente de le faire de manière consciente, pas simplement en coup de vent automatique.

De manière général, j’ai drastiquement réduit l’usage de mon ordinateur en dehors du travail (je n’ai pas de smartphone). J’y travaille déjà plus de 8h par jour, une fois rentrée chez moi j’ai envie de me passer d’écran. Et le gain de temps fut radical! Les rares fois où je me connecte, je constate très vite qu’au-delà de la tâche ciblée, j’erre un peu sur la toile, perdant rapidement 20-30 minutes que j’aurais pu passer à lire, jouer du piano, faire du sport ou passer du temps avec mon amoureux.

Prendre conscience de ce temps passé à zapper les nouveautés et s’occuper de manière passive est difficile, mais dès qu’on tente de redresser un peu la barre, on récupère rapidement du temps de qualité, que l’on peut dédier à une activité qui nous tient réellement à cœur.

3° Appréhender l’information différemment

livre_savoir

L’information, le point délicat de mon départ de Facebook. Mes sources principales s’y retrouvaient, étaient accessibles toutes ensemble, me permettant de prendre le pouls de l’actualité.

Avec le recul de la déconnexion, je ne regrette nullement mon choix.

Pour les informations habituelles, je lis le journal et visite de temps en temps les sites internet des journaux belges, juste pour garder le contact avec ce qui se passe. Bien que moins alerte, je ne me sens ni dépaysée, ni dépassée.

C’est au niveau des informations « alternatives » ou des sujets qu’il me tient à cœur d’approfondir que mes canaux d’informations ont changé.

Je m’étais trompée : j’étais peut-être plus « au courant » en lisant régulièrement les posts de mon fil d’actualités, mais je ne les comprenais pas mieux pour autant. Il ne s’agissait finalement que d’un savoir superficiel.

Désormais, je m’oriente plus vers des magazines ou des journaux un peu particuliers (je vous en reparlerai dans un prochain article), ou bien vers la lecture d’ouvrages (comme « L’âge des low tech ») qui finalement, me permettent mieux de cerner les enjeux.

Du recul donc, puisque le support papier permet plus aisément au rationnel d’analyser, et une moindre quantité pour une meilleure qualité.

Ce départ cependant ne se solde pas uniquement par du positif.

Sans Facebook, j’ai un beaucoup moins bon aperçu de ce qu’il advient de mes amis. C’est assez triste à admettre d’ailleurs. Néanmoins, j’estime que si la prise de nouvelles se cantonnait à survoler passivement leur page, ce n’était pas forcément un meilleur témoignage d’attention… Reste que cela me manque, parfois, de ne pas savoir comment cela se passe pour eux, même si j’essaie de les voir régulièrement malgré les distances qui nous séparent. Un certain dépit donc, que côtoie une incompréhension face à l’évolution de nos relations sociales qui doivent presque passer par les réseaux sociaux pour se maintenir. Un des points positifs dans ce constat, c’est que je me décarcasse un peu plus pour qu’on puisse prendre un verre autour d’un jeu de société!

Également, Facebook se révèle être un chouette outil pour organiser des événements, et à 3 mois de notre mariage, je me dis qu’un compte aurait pu m’être utile pour orchestrer tout cela ! Heureusement, mon amoureux veille au grain  😉

3 mois sans réseau donc, et aucun regret pour mon départ !

Néanmoins, si c’est le cas actuellement, il se peut que, plus tard, je vienne à changer d’avis.

Pour des raisons éthiques, je ne souhaiterais pas recréer un profil sur Facebook. Un lecteur avisé m’a récemment parlé du réseau Diaspora*, un réseau social libre.

~Interview~

interview

Pour en savoir un peu plus, j’ai posé quelques questions à Catherine, du beau et enrichissant blog « La marmotte chuchote » à propos de cette alternative.

Je vous laisse découvrir l’interview, éclairée par son propre parcours dans l’univers du libre et ponctuée de références pour approfondir la question. Je la remercie donc vivement pour le temps qu’elle a dédié pour répondre à mes interrogations 🙂

Catherine, utilises-tu différents types de réseaux sociaux en ligne?

Je suis inscrite sur Facebook, Twitter et Diaspora*. J’ai essayé aussi Pinterest mais je n’ai pas accroché.

Qu’est-ce qui t’a incité à t’inscrire sur les réseaux sociaux en ligne? Quel(s) usage(s) en fais-tu? (privé, pour le blog, pour maintenir des contacts,…)

Avant d’avoir un blog, je n’étais pas inscrite sur les réseaux sociaux. Depuis que j’ai ouvert mon blog il y a un peu plus d’un an, j’ai un compte Facebook et Twitter pour partager mes publications et avoir des informations sur les thèmes qui m’intéresse. Plus récemment, j’ai découvert Diaspora* (https://framasphere.org/). En fait, je ne fais pas d’usage privé des réseaux sociaux. Je ne m’en sers que pour mon blog.

A quelle fréquence les consultes-tu/ partages-tu des choses dessus?

Depuis quelques temps, j’essaie de diminuer ma fréquence d’utilisation. J’ai d’ailleurs enlevé l’appli Twitter de mon smartphone. Cela m’évite de vérifier toutes les 5 minutes s’il y a quelque chose de nouveau. En général, je me connecte 2 à 3 fois par jour et pas plus de 25 minutes à chaque fois. Le but est d’y rester moins d’une heure par jour. Il m’arrive aussi de ne pas me connecter de la journée ou pendant un week-end, par exemple.

Je partage essentiellement mes nouveaux articles du blog. Je relaie aussi des informations que je trouve intéressante en lien avec les thématiques de l’environnement.

Comment as-tu découvert Diaspora*?

J’ai découvert Diaspora* par l’intermédiaire de la campagne « Dégooglisons Internet » (http://degooglisons-internet.org/) de l’association Framasoft. Le but est de proposer des alternatives libres aux services offerts par les entreprises comme Google, Facebook, Apple …

Pourquoi t’y être inscrite?

Tout d’abord, je voulais découvrir un réseau social qui est plus éthique que Facebook. J’ai toujours trouvé difficile de paramétrer Facebook correctement. Je ne sais pas, encore aujourd’hui, ce que fait Facebook de mes données et où elles sont stockées. Je ne comprends pas non plus la hiérarchie des posts sur mon fil d’actualité.

Que peut-on rencontrer comme fonctionnalités dans Diaspora*?

Tu peux publier des informations en mode public ou mode restreint (famille, ami-e-s, connaissances). Tu peux aussi commenter, aimer, repartager les messages de ton flux, suivre des personnes ou des tags ou connecter Diaspora* à Twitter par exemple.

L’interface est très minimaliste et claire. Tu as accès aussi à des tutoriels pour commencer car certaines fonctionnalités ou façons de faire sont très liées à la communauté du libre.

Quand tu t’inscris, on t’invite à poster un message type pour dire que tu es nouveau et les autres utilisateurs te souhaitent la bienvenue. Du coup, tu es très bien accueilli.e. Ce n’est pas anonyme.

Y-a-t il des fonctionnalités que tu n’y trouves pas, qui te semblent manquantes?

Pour l’instant, la configuration de Diaspora* me convient très bien, même s’il existe de nombreuses discussions pour ajouter des fonctionnalités. Je ne suis pas une grande adepte de Facebook donc je pense que certain-e-s peuvent être dérouté-e-s par Diaspora*.

Quels sont d’après toi les atouts de Diaspora*?

Le principal atout de Diaspora* est la protection des données comme c’est très bien expliqué ici (http://degooglisons-internet.org/#enjeux) .

De plus, les informations que j’y trouve sont très différentes. Sur Diaspora*, il y a beaucoup de discussions et de débats (pour ceux que je suis) sur des thèmes de société : l’environnement, sur les logiciels libres … et cela me fait beaucoup réfléchir à certains sujets pour mon blog ou dans ma vie perso. Il y a quand même un côté militant. Mais tu peux aussi poster des photos si tu veux.

En dehors de ce réseau social, as-tu recours aux logiciels libres (comme le navigateur web Firefox, Linux pour l’ordinateur, la suite Libre Office comme suite bureautique, Wikipédia, d’autres équivalents)?

J’ai découvert les logiciels libres en 2003 comme je l’ai expliqué sur mon blog (http://www.lamarmottechuchote.fr/bienvenue-dans-le-monde-des-logiciels-libres/).

Depuis j’essaie au maximum d’utiliser des logiciels libres. Le dernier ordinateur que nous avons acquis n’a que Linux (pas de Windows) mais pour cela, il a fallu l’assembler.

(Ndlr : il est tout à fait possible sur un ordinateur acheté monté d’installer Linux comme OS, soit en écrasant totalement Windows ou Mac, soit en partitionnant le disque dur, c’est-à-dire en lui allouant deux espaces de travail l’un sous Linux, l’autre sous l’OS de base, espaces auxquels vous accédez via des sessions différentes. Un informaticien peut vous aider, et cette solution permet d’éviter les problèmes liés parfois au manque de compatibilité entre le libre et certains logiciels, comme les imprimantes. Mais effectivement, si vous ne voulez pas payer Windows/Mac, vous devenez assembler votre ordinateur).

Pour les logiciels, j’utilise Firefox, Thunderbird pour les mails, Libre Office (suite bureautique) et Latex (création de documents) … Aujourd’hui, je suis très familière des logiciels libres même si j’ai eu quelques difficultés au début. Les logiciels libres sont beaucoup plus accessibles et plus grand public qu’il y a dix ans.

Serais-tu prête à supprimer ton compte Facebook pour migrer uniquement sur Diaspora*? Si non, quels en seraient les freins?

Supprimer mon compte Facebook est une question que je me pose. Je ne voudrais plus utiliser Facebook ou Twitter pour des questions d’éthique et que ce n’est pas en accord avec ma philosophie et celle de mon blog. Par contre, il y a aussi des personnes qui me suivent sur Facebook et qui ne veulent peut-être pas migrer sur Diaspora*. Les réseaux sociaux sont aussi un moyen de faire connaître mon blog. J’y réfléchis car avoir trois réseaux sociaux différents c’est trop pour moi d’un point de vue temps.

Le frein principal est que je ne trouve certaines infos que sur Facebook car certaines personnes ne communiquent que par cet intermédiaire. Un jour je fermerai peut-être le compte Facebook du blog en gardant mon compte perso en dormance pour les 3 ou 4 infos qui m’intéressent. Après, Diaspora* est un réseau social minuscule par rapport à Facebook mais c’est aussi un atout.

Images: Pixabay

Et vous, êtes-vous social sur la toile ? Conventionnel ou libre ? Un peu, beaucoup, passionnément ou trop ? N’hésitez pas à partager vos avis !

Gratitude

gratitude.png

Un premier article pour 2016 qui se veut léger.

La nouvelle année, c’est le moment des vœux, des nouvelles résolutions: tout ce qui semble plein d’un petit quelque chose de magique sous l’œil du nouveau départ acclamé par les douze coups de minuit et les feux d’artifices.

Depuis l’an dernier, l’aube de la nouvelle année est également devenue le moment idéal pour moi pour dire “Merci” et témoigner de la gratitude aux personnes de l’ombre qui accompagnent mon quotidien.

… Le maraîcher qui nous fournit en légumes et fruits.

… Le boulanger qui, dès potron-minet, s’affaire à la cuisson des pains dont on aime tant humer l’odeur le matin dans la rue ou croquer sur le chemin du retour.

… Les accompagnateurs/trices et les conducteurs/trices de train qui, chaque jour, veillent à ce que les transports soient sécurisés et se passent pour un mieux.

Recevoir un merci, c’est valoriser leur travail quotidien. C’est reconnaître que l’on prend conscience de la personne qui assure le service. C’est humaniser un peu plus ces échanges devenus banals, mécaniques, maussades.

Le sentiment de gratitude est en vogue en ce moment, porté par les divers courants de développement personnel.

Que cela soit pour soi, pour notre environnement, pour tout ce qui constitue notre quotidien. Il est devenu l’essence même du positivisme censé rendre notre vie si belle et joyeuse.

Je ne partage pas trop l’avis comme quoi, parce qu’on est empli de gratitude envers l’Univers, celui nous le rendra bien. C’est un peu trop mystique pour moi.

Ce que je sais, c’est que savoir apprécier un moment, accompagner l’émotion suscitée, le consigner pour le soir y repenser avec un sourire fait du bien, et surtout nous rend plus conscient de la vie, de nous, des autres.

Du coup, témoigner à quelqu’un que l’on a pris conscience de ce qui est accompli pour nous au quotidien, c’est un acte de gratitude fort, valorisant, rassurant.

Alors, si vous offrez vous aussi une petite carte en ce nouveau mois de Janvier, prenez le temps d’accueillir ces moments de réjouissance, illuminés par une vraie joie, un sourire franc et une bouffée de chaleur humaine revigorante en ces temps de grogne sociale.

Beau mois de Janvier et une merveilleuse année à tous !

 

 

Ces liens qui délient

DSCF3334

C’est avec un plaisir certain que je révèle aujourd’hui la nouvelle bannière du blog. Concoctée à quatre mains, au crayon et à la souris, je remercie mon Amoureux pour le temps qu’il a consacré pour faire prendre vie à ce lynx sous Gimp et Inkscape, deux programmes libres.

Septembre qui sonne la rentrée.

Un temps de changement, de résolutions, de réflexions. De bilans aussi.

On a tous déjà parcouru, voir partagé, des articles qui traitent de l’impact négatif que les réseaux sociaux peuvent avoir sur notre quotidien, et notamment sur notre propre vie sociale. Récemment, une discussion s’était lancée sur mon profil personnel à propos justement de Facebook. Après cet échange, la réflexion a continué dans un coin de ma tête. Et divers déclics se sont produits entre-temps. Je vous partage donc le fruit de ma réflexion personnelle, qui ne vise que mon propre vécu.

Tout d’abord, de quelle utilité m’est ce réseau social?

La première des raisons est de garder le contact. C’est ce qu’on se dit tous. Et pourtant.

Soyons francs, les personnes avec qui je veux vraiment garder contact et entretenir des échanges, soit je les vois régulièrement dans mon quotidien, soit nous échangeons par email, sms ou voie postale. De façon générale, sur mes 90 contacts, il y a en une petite cinquantaine avec qui j’entretiens une véritable relation qui dépasse les « like » et autres coups de vent passagers dont nous sommes devenus familiers. Pour les autres, qui sont souvent des anciennes connaissances, il m’arrive juste de me cantonner dans un rôle d’observatrice, jetant un œil de temps à autre sur leurs profils pour voir ce qu’il advient d’eux. De la curiosité mêlée à une pointe de nostalgie. Je n’ai compris que très récemment qu’il me fallait faire le deuil de certaines liaisons. Je ne suis pas très bonne en deuil, c’est un chemin qui me fait peur et que j’appréhende. Pourtant, un deuil permet de transformer la nostalgie, un peu amère, un peu salée, en une gratitude pour ce qui a été partagé et apprécié du temps à deux.

Pourquoi alors persister à conserver des personnes avec qui je n’entretiens plus  qu’un souvenir, ou même rien ? Peut-être parce que j’espère que mes partages qui me tiennent souvent à cœur soit vus, lus, réfléchis. Un petit bout de moi quand même, offert au travers d’un écran.

Ceci m’amène à la seconde raison qui me rendait adepte de Facebook. Ce réseau regroupe un bon nombre, pour ne pas dire la majorité, des mes sources informatives alternatives qui étoffent et remettent en perspective celle qui passent par les canaux principaux. Est-ce une raison suffisante pour garder mon profil blanc et bleu ? Non. Toutes mes sources ont leurs propres sites internet sur lequel je peux aller chercher les dernières nouvelles. Évidemment, elles ne sont pas toutes regroupées mais il suffirait d’un dossier favori bien organisé pour avoir tout à portée de main et y accéder quand je le désire et que je sais que j’ai le temps de lire l’article et non simplement le titre. Car à dérouler rapidement notre fil d’actualité, on débobine tout, on aperçoit, rien ne gagne en profondeur. On s’emmêle dans plein de fils, même si avec un peu de perspicacité, quand on prend le temps de tout démêler et tisser, certains mènent à de chouettes informations.

Cela m’amène à rebondir sur l’un des problèmes majeurs des réseaux : l’entretien du culte du superficiel. Pas partout, pas chez tout le monde, mais quand même omniprésent. Dans ce qu’on présente, dans nos commentaires qui ne débouchent souvent sur rien, dans nos tentatives d’indignation qui meurent dans l’œuf ou sont redirigées vers des cibles prédéfinies. On ne prend plus loisir de se replier pour réfléchir. On cherche un écho chez quelqu’un, quiconque qui verra un statut et rebondira dessus. Le goût du partage est ce qui me freine mon départ de Facebook, mais quels partages fais-je donc? Des « coups de coeur », des « coups de gueule », des petites choses drôles, des images inspirantes. Tant de petits instantanés qui font le bonheur quotidien mais qui deviennent comme polluants, asphyxiants. Rien que des bribes sans substance parce qu’on ne réfléchit pas dessus. On ne les vit qu’en surface, belles et scintillantes. On s’émerveille devant les photos d’un écran sans plus prendre la peine de regarder autour de soi. Cela génère de l’envie, parfois. Un sentiment d’incompétence, également, parce que, bon sang, pourquoi n’est-ce pas aussi joli/bien présenté/organisé chez moi que chez untel ?

Avec toutes ces critiques raisonnables, pourquoi ai-je mis tant de temps à me rendre à l’évidence ? C’est que, depuis 1 an, j’ai eu besoin de Facebook.

Mon vie a été chamboulée depuis septembre 2014. Nouveau travail et nouveau rythme, pour moi, pour lui, avec leurs lots d’angoisse et de stress qu’il a fallu gérer. Et puis ma famille qui s’est éparpillée en octobre. Puis s’est brisée le 21 février. Je me suis retrouvée sans plus aucun repère que mon petit chez-moi tout neuf qui n’a d’histoire que celle portée par ses deux habitants. Je n’avais pas compris que ça n’allait pas bien pour moi. D’abord, j’ai eu besoin, vraiment, d’avoir des interactions régulièrement sur Facebook. Je guettais les messages, les commentaires. J’avais besoin qu’on me porte de l’attention. Je ne me la portais pas moi-même, je n’ai pas eu le temps. Il y avait d’autres personnes pour qui je devais être-là, qui avait vraiment besoin qu’on les soutienne car la dépression ou le burn-out commençait à s’étendre au-devant d’eux.

Alors j’ai commencé à faire ce qu’il ne faut pas quand on ne va pas bien : j’ai voulu pansé le monde de ses blessures. Et j’ai trouvé en Facebook un déversoir continu de maux divers, de personnes en détresse dans/pour lesquels je me sentais utile, où du moins essayais-je. Jusqu’à ce que je constate que, pour aider, il faut pouvoir se ressourcer avec cette personne, que la relation apporte également du positif pour qu’on retrouve son souffle dans le marathon du soutien. Et cela, je ne le trouve pas sur le réseau social, au contraire. Nous sommes constamment sous pression et confrontés à des histoires tristes, détournées ou haineuses. Il y a du beau aussi, je ne nie pas. Mais j’en ai marre, simplement. Mon empathie souffre de trop donner sans recevoir.

J’éprouve le besoin de me replier, de me poser, prendre le temps de réfléchir. « Le meilleur des mondes » de Aldous Huxley est tombé à point dans ma vie: la conformité et le groupe ne me sied guère en ce moment. Quitte à prendre du temps pour m’informer et m’éveiller, je préfère le faire consciencieusement. Et peut-être au fil de mes cheminements viendrai-je partager mes questionnements ou mes apprentissages par ici.

Je vais terminer en vous partageant un poème que j’ai lu dans « Les mots sont des fenêtres ou des murs » de Marshall Rosenberg.

Toujours un masque                                                         
Que tenait la main fine et blanche.
Elle avait toujours un masque devant le visage…    

Vraiment le poignet                                                      
Qui le soutenait légèrement
Convenait à sa tâche;
Arrivait-il pourtant
Qu’il y ait un tremblement
Qu’un doigt vacille
Imperceptiblement…
En tenant le masque?

Pendant des années, je me suis interrogé
Mais je n’ai jamais osé demander.
Et puis,
J’ai commis cet impair…
J’ai regardé derrière le masque,
Mais il n’y avait
Rien…
Elle n’avait pas de visage.

Elle était devenue
Une simple main
Tenant un masque
Avec grâce.

Anonyme.

Eaux troubles

Ce billet n’était pas prévu.

Mais à force de peindre en noir pendant deux jours mes pièges à insectes, j’ai eu le temps de réfléchir sur certaines choses.

Lundi soir, j’ai allumé une bougie. Pour tous les insectes que j’allais devoir tuer lors de mes expériences. Cela m’a rappelé le temps où, chaque soir, j’adressais une pensée à tous les êtres-vivants en souffrance ou qui avaient quitté le monde matériel de notre Terre.

Et puis, la semaine dernière, il y a eu les drames des naufrages en Méditerranée.

Des victimes de la terreur. Des victimes de l’espoir aussi.

Car oui, ces femmes, ces hommes, ces enfants morts noyés, il avait l’espoir de trouver un refuge sur les côtes européennes. Un refuge et la paix.

800 morts – au moins.

800 personnes qui espéraient se sont noyées à nos frontières.

Et si peu de monde leur offrent une pensée, une bougie… ou une bannière « Je suis… »

Je n’ai cessé de m’interroger : quelle est la différence avec l’attentat de Charlie Hebdo en janvier ?

La frontière ?

Leur couleur, leur origine ?

Le fait qu’aucun de leur visage, coup de crayon ne nous soient familiers ?

Je ne sais pas.

Au final, ne sont-ils pas les mêmes victimes ? Victimes de cette même vague de barbarie sans nom qui inonde l’Afrique et les pays du Moyen-Orient ?

Je pense à eux bien sûr, mais il y a également eu le massacre dans l’université kényane. Et tous les autres coups de sang des extrémistes proches de Boko Haram.

Quand je pense aux migrants, je pense aux jeunes syriens que mon Amoureux à dans sa classe de primo-arrivants à Bruxelles. Déracinés. Dans un pays dont ils ne maîtrisent pas l’alphabet, la langue, la culture. Je me demande quel a été leur parcours pour arriver chez nous.

Demain, un sommet extraordinaire du Conseil européen sur les politiques migratoires aura lieu à Bruxelles. Le CNCD – groupe de coopération au développement- organise une marche silencieuse.

Une veille à la mémoire des demandeurs d’espoir.

Mais aussi une veille pour l’Europe. Pour dire que tous les regards ne sont pas baissés, que du contraire.

DSCF3136

L’eau n’éteint pas les bougies.

Ni celles de l’espoir, ni celles des mémoires, ni celles des printemps à venir.

Opinion express: du loup à la question

Quand j’ai vu l’affiche du film, je me suis dit : “Oh ! J’irai le voir”.

Dernier-loup-affiche

La Mongolie, le côté sauvage de ses steppes, les loups, la révolution culturelle: tout ça me plaisait et comme j’ai besoin d’évasion, ce film me semblait parfait !

Et puis j’ai lu un article dans un journal (Metro, qui égaie les trajets en train en Belgique pour les non-initiés).

Cet article notamment expliquait que les loups avaient été tout spécialement élevés pour le film. Le réalisateur aurait pu avoir recours à des images de synthèse mais il préférait le réalisme vivant de l’animal et chair et en os. Le flot de question commença donc.

Mais d’où venaient ces loups? D’un zoo? Ou d’une filière qui avait trouvé une aubaine et commercialisé des animaux capturés ?

Je viens à l’instant de trouver un article qui spécifiait que les loups venaient d’un zoo chinois (Harbin) mais explique que des scènes de chasse des chevaux par les loups ont été véritablement tournées.

Quel est/serait donc l’impact éthique des films que nous visionnons sur les animaux du casting? Ne vous méprenez pas: des loups qui chassent pour survivre, c’est dans l’ordre des choses. Mais qu’on élève des animaux pour un film et que ceux-ci soient soumis à des stress (voir même à la mort) pour le plaisir télévisuel m’interpelle.

Au final, je ne pense pas que j’irai voir le film, mais je lirais volontiers le livre dont il s’inspire !

Vous êtes vous déjà posé la question de l’éthique animale au cinéma?

Qu’en pensez-vous ? Irez-vous voir le film ?

Article écrit dans le cadre de l’éco-défi « Apprendre à connaître, respecter et protéger les animaux »

La démocratie au pied d’un mur… commercial

Namur, capitale régionale de la Wallonie.

A cheval sur la Sambre et la Meuse.

Vue sur la Meuse
Vue sur la Meuse

Surplombée par la Citadelle et animée par ses combats médiévaux.

Citadelle de Namur
Citadelle de Namur
Namur vue de la Citadelle lors d'un repérage d'un site d'entraînement pour des combats médiévaux.
Namur vue de la Citadelle lors d’un repérage d’un site d’entraînement pour des combats médiévaux.

Après deux années passées en périphérie bruxelloise, j’ai retrouvé avec plaisir le centre namurois: plus petit, plus convivial, facilement accessible à pied ou à vélo et plus à 3-4h de chez mes parents en train.

Au-delà de la vie de tous les jours, Namur se veut une ville touristique, fort appréciée pour ses rues commerçantes, centre de shopping à ciel ouvert. Mais comme beaucoup de villes un peu partout, Namur souffre d’un déclin économique, et touristique. Un gros projet de réaménagement urbain, qui vise un regain de mieux-vivre au centre ville tant du point de vue environnemental, social et économique, est sur les rails. Et c’est sur ce dernier point que ça coince.

En effet, Namur veut surfer sur la vague (ou se voit forcée de surfer) des grands centres commerciaux: d’après eux, le regain économique passe par la construction d’un méga-centre commercial… sur le deuxième plus grands parcs de la Ville.

Si le projet est en discussion depuis plusieurs années, il ne passe définitivement pas comme une lettre à la poste puisqu’un comité de sauvegarde du Parc s’est dressé à la barre.

C’est ainsi que ce dimanche 8 février, les namurois sont cordialement conviés à participer à une consultation populaire à propos du centre commercial et du devenir du parc. Ce dimanche donc, j’irai voter 3x NON aux questions de la Ville. Vous allez voir pourquoi.

Le centre commercial: l’éloge d’un mirage

Tout d’abord, ne nous leurrons pas. A l’heure actuel, le parc Leopold n’est pas un parc luxuriant et particulièrement accueillant (la faute en partie à la Ville qui ne fait pas des masses d’efforts pour son entretien). Un petit aperçu ici. Il est en fait question d’abattre 35 arbres, parmi lesquels plusieurs centenaires, afin de construire un parking pour le centre commercial à venir. Ce centre commercial devrait se construire sur l’actuelle gare des bus qui va être délocalisée au-dessus de la gare de Namur. Voici pour le contexte très résumé.

Je ne suis pas économiste. Mes opinions en matière de (dé)croissance, de convivialité, de citoyenneté et d’écologie affectent fortement mon idée d’un “renouveau” de ma ville. Balayons quand même quelques idées non-fondées et néfastes sur les monstres du shopping.

L’argument imparable, celui qu’on vous ressort à tout-va, qu’on brandit bien haut, capable de justifier des procédés douteux auprès de bon nombre de personnes: j’ai nommé l’emploi. 600 emplois directs seraient attendus, de quoi permettre à la jeunesse désœuvrée d’occuper ses journées. Mais quel genre d’emploi est-ce ? Des CDD à répétition? Des temps partiels imposés? Des petits jobs d’étudiants ? On ne me fera pas admettre qu’on crée des jobs de rêve, surtout à l’heure actuelle où parmi les jeunes qui peinent à trouver un boulot, une bonne partie a un diplôme universitaire en poche. Soit, ça c’est l’argument du rêve. Ce qui m’effare dans cette logique c’est qu’on part du principe que les gens vont, comme par magie, dupliquer leur porte-feuille et répartir leur achats et dans les ruelles de la ville, et dans le nouveau centre commercial. Ce qui, clairement, ne sera pas le cas. Le risque est alors  grand  que des cellules commerciales du centre se vident sous la pression du nouveau havre de consommation. La balance de l’emploi n’apparaît plus si stable que cela : l’emploi ne se crée pas, il se déplace et plusieurs villes en ont déjà fait les frais (comme Arlon et Charleroi). [1]

A côté de l’argument du rêve, il y a l’argument de la peur et du chantage: si on ne le construit pas ici, ce centre commercial se fera ailleurs en province. Avec pour conséquence, une mort lente du centre namurois qui vivote face aux pressions des autres grands centre commerciaux des villes adjacentes. Namur veut faire pareil que les autres, elle rêve en grand, en mètres carrés de surface de verre, en nombre de places de parking. On entre dans l’optique de la compétition alors que de manière sensée, il faudrait concevoir ces aspects économiques et commerciaux à l’échelle d’une région. Le chacun pour soi est obsolète, je crois fermement à l’ère de la collaboration. Surtout qu’à partir du moment où 1) un promoteur peut se faire de l’argent en investissant dans un shopping center et 2) cela se fait en dehors des frontières de Namur, la Ville ne peut rien dire. Notamment depuis que les permis d’urbanisme sont devenus matière des régions (et non plus du fédéral) et qu’ils paradent sous l’œil de la directive européenne “Bolkenstein” d’après laquelle le risque de mise à mort des commerces du centre-ville n’est plus un argument économique à opposer à un projet de centre commercial. [1]

Face à tout cela, un comité de sauvegarde du parc s’est donc levé. Au-delà de la préservation des arbres – comme la Ville essaie de la faire croire-, le collectif a le mérite d’interpeller les citoyens, de soulever une réflexion en matière de l’usage de l’espace public. Ainsi commence le bras de fer.

Du plomb dans l’aile de la démocratie

C’est là que je m’insurge depuis des semaines. Que je critique à tout va.

Le comité de sauvegarde du Parc a, dans un premier temps, en plus de la sensibilisation du public à la question du centre commercial, lancé une pétition en vue de réaliser une consultation populaire. Pour ce faire, il est nécessaire que 10% des namurois de plus de 16 ans signent la pétition. 12 000 personnes au minimum. Après 6 mois de collecte, la comité a déposé la pétition avec 12 089 signatures. Et une question: « Souhaitez-vous le maintien et la réhabilitation du parc Léopold à Namur, menacé par un projet de centre commercial ? » Le comité en effet considère qu’au lieu des 23 000 m2 prévus, 15 000 m2 seraient suffisants pour redynamiser le commerce, sans le plomber. Et que cet espace commercial gagnerait avec un parc rénové, entretenu, convivial. Il ne s’agit donc pas d’une opposition butée non argumentée. Il s’agit d’une alternative qui veut tenir compte des divers usagers.

Premier coup bas de la Ville. Au lieu de laisser au comité la possibilité d’organiser la consultation populaire autour de cette question, elle s’est totalement réapproprier la consultation, imposant ses questions. Et quelles questions ! Je vous laisse juger:

  1. Approuvez-vous le choix de combattre l’implantation des grands centres commerciaux à l’extérieur de la ville afin de défendre nos commerces et notre cœur de ville ?

  1. Partagez-vous le principe d’installer un nouvel ensemble de magasins au cœur de notre ville, le plus près possible des commerces existants et avec davantage de parkings, pour compléter et renforcer le commerce namurois et l’emploi local ?

  2. Etes-vous favorable à l’installation d’un centre commercial à l’emplacement de l’actuelle gare des bus et du square Léopold, sachant que cela entrainera la disparition des arbres de ce square et que cette suppression sera compensée par la création en ville de trois nouveaux parcs publics et la plantation de plusieurs centaines d’arbres et arbustes dans le nord de la Corbeille ?

Soyons honnêtes: tout le monde – ou presque- souhaite répondre “oui” au moins aux deux premières questions. Parce qu’elles sont tournées de telle façon que le projet se présente comme incontournable pour l’avenir de Namur. Le problème est que ces questions ont été élaborées au sein de la majorité namuroise – et vivement critiquées par l’opposition. Le comité n’a pas été invité à participer à leur élaboration.

A partir de ce moment, on se rend compte que le débat public va être très disproportionné, si pas unilatéral.

A partir cet instant, la Ville a perdu beaucoup de crédit à mes yeux.

Débute alors la bataille quasi électorale, avec des moyens très déséquilibrés. Le collectif a en effet eu recours au crowdfunding pour collecter 4724 euros, nécessaires à ses démarches de communication, l’impression de flyers (bénévolement dirstribués). La Ville en a, elle, dépensé 38 000 euros pour deux vidéos de 20 secondes (je vous laisse imaginer à quoi peut être résumé le débat en 20 secondes, voir ici et ). Celle qui a le plus soulevé l’indignation des partisans de l’argumentation montre des jeunes hurlant “oui”. Parce que une bonne vidéo doit être courte et basée sur un sentiment, sur une idée très simple.”, dixit le réalisateur. En bonne défenderesse de la critique, j’ai vu rouge. Très rouge. Ramené le “débat” à un jeu émotionnel, je trouve cela déplorable, affligeant, insultant.

Enfin, le coup de grâce. Le fascicule de communication de la Ville de Namur. Je suis tombée de haut tant l’amalgame m’écœure. Tant la manipulation des citoyens est effarante. La Ville par son fascicule fait franchement passer les défenseurs du Parc pour des conservateurs sans âme aucune pour l’avenir de la ville. Elle joue sur des illustrations colorées, vendeuses de rêve. Une sorte de greenwashing éhonté. Elle ramène les questions de la consultation populaire qui touchent uniquement le Parc et le centre commercial à l’ensemble des projets à venir. Dites “non”, alors vous êtes contre tout cela, contre tous ces changements entrepris pour votre bien-être. C’est aberrant.

Je vous laisse constater.

En grand, le renouveau de Namur. En plus petit, l'issue de la consultation.
En grand, le renouveau de Namur. En plus petit, l’issue de la consultation.
Une idéalisation de la future surface commerciale toute de verre... avec à l'avant plan les arbres qui auront été préalablement coupés ... Le pouvoir du greenwashing !
Une idéalisation de la future surface commerciale toute de verre… avec à l’avant plan les arbres qui auront été préalablement coupés … Anachronisme ?

Vous constaterez que j’ai déchiré ce fascicule mais je l’ai entièrement lu ! 😉

       Par ces trois exemples, j’ai voulu démontrer comment le débat public autour d’une question fondamentale a pu être trafiqué. Comment face à tant d’hypocrisie, le “non” m’apparaît comme l’unique réponse envisageable. Heureusement, la chaîne locale a décidé de mettre un vrai débat sur la table durant toute la semaine.

Cependant, je m’interroge. 150 000 euros vont être déboursés pour l’organisation populaire. C’est beaucoup. L’avis des citoyens ne sera considéré que si au moins 10% des namurois de plus de 16 ans ont été voter. Et encore. Car au regard de l’actuel bourgmestre, il est normal que les citoyens s’expriment, mais ce sont les politiques qui décideront.

Initialement, convertir l’espace public ouvert et neutre en une surface de consommation me dérange profondément. Mais cette mise en scène de consulation m’interpelle plus grandement. Quelle opinion – en dehors du cadre électoral- le citoyen peut-il encore donner concernant le développement de sa ville ? A partir du moment où la Ville refuse le dialogue avec un comité d’opposition qui questionne la démarche, il y a un problème. Car on laisse la main aux promoteurs, au spéculateurs de l’immobilier. Cela me me révolte d’imaginer qu’avant même que le débat soit lancé, les dés sont jetés.

Alors oui, demain je voterai 3 fois “non”. Même si j’ai l’impression que mon geste aura plus de symbole que de valeur sur la grande scène du théâtre de la démocratie, qui du rire aux larmes, me fait l’effet d’une farce.

Edit du 9 février 2015: près de 20% des Namurois sont allés voter et le « non » est sorti gagnant à 60%. Je suis partie pessimiste, mais la Ville a décidé de prendre compte du message donné par les habitants en organisant une table ronde avec le parti d’opposition, le collectif de sauvegarde du Parc, l’Union des Classes Moyennes, l’association des commerçants et le promoteur.Ce qui m’apparaît comme du bon sens dans la concertation pour de si grands projets est le gain d’une dure lutte.

[1] Article « Les monstres du shopping nous envahissent » de la revue Imagine- Demain le monde de septembre-octobre 2013.