Histoire d’or

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Pino Roméo –  http://www.photoromeo.be/

La vie est affaire de jonglerie, tout équilibre est difficile à atteindre et chaque nouveau palier ne se stabilise que pour un instant, avant de retomber dans le flux du mouvement. Le blog a un peu pâti de mes piètres talents de jongleuse, et si je n’apprends pas vraiment à garder les balles en suspens dans les airs, je comprends que ce n’est pas si grave de les laisser tomber.

Aujourd’hui, j’ai envie de vous raconter l’histoire de nos alliances. Car oui, de notre mariage, ce sont les objets qui ont l’histoire la plus trépidante !

Symbolique et problématique

L’alliance, comme son nom l’indique, est le symbole de l’union scellée. Si traditionnellement elle se veut rappel de l’engagement, les Égyptiens voyaient eux dans la forme de l’anneau un symbole d’éternité, protecteur de l’amour des époux.

Couramment, l’alliance est en or. Métal brillant et inoxydable, l’or se pare de nombreux symboles et pouvoirs. Associé au soleil, il est l’incarnation de la lumière céleste chez de nombreuses civilisations. Matière première des alchimistes, l’or est pour eux intimement lié aux forces terrestres.

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https://commons.wikimedia.org/wiki/File%3AL’alchimiste_-_David_Teniers_the_Younger.png

Si l’or est un métal attrayant, à la fois pour ses qualités physico-chimiques et son aura symbolique, il ne fait néanmoins pas bon ménage à l’heure actuelle avec nos valeurs.

En effet, l’extraction de ce métal soulève de nombreux problèmes environnementaux (les principaux étant la déforestation et la pollution des eaux et des sols), tout comme sociétaux en favorisant l’exploitation humaine et en alimentant dans certaines régions les conflits armés grâce à la vente des pépites. Pour ce qui est de l’argent, on peut lui reprocher les mêmes vices, quoique dans de moindres mesures. Bref, pas vraiment éthique ni écologique! Je vous invite d’ailleurs à découvrir l’article de synthèse très bien rédigé par Catherine sur les bijoux respectueux.

L’option la plus écologique aurait donc été de ne pas porter d’alliances. Cependant, après discussion, nous avons trouvé qu’il était important pour nous d’indiquer clairement en société que nous étions mariés. Nous avons donc dû réfléchir à la forme que prendraient nos alliances.

Alliances écologiques: notre choix

Quelques temps auparavant, je m’étais renseignée sur la possibilité de faire réaliser des alliances en or labellisé “équitable”. C’est ainsi que je découvris « Paulette à bicyclette« . Équipe parisienne d’artisans joailliers, ils offrent la possibilité d’acheter de très jolis bijoux, sobres et élégants. Le point négatif est, soyons francs, le coût. A nouveau, ce n’est que le juste reflet de la confection d’un bien: une extraction dans des conditions de travail correctes et sécurisées, un salaire juste et une création artisanale par des gens de métier. Tout est question de choix: pour notre part, nous préférions investir une somme dans un anneau que nous porterions toute notre vie plutôt que dans les vêtements de cérémonie.

Toujours est-il que je me suis demandée s’il n’y avait pas moyen de recycler de l’or existant plutôt que d’acheter neuf, tout équitable que ce fut.

Et c’est ce que nous fîmes. Mon alliance est tirée d’une ancienne chevalière de mon feu grand-père maternel, un façon de l’associer à l’évènement. Quant à celle de mon amoureux, il s’agit de l’alliance de mon père, jolie symbole également.

L’histoire pourrait s’arrêter là: deux bijoux à retravailler, le joaillier de la ville et tadam!

Et bien non, nos alliances ont quand même été travaillées dans les ateliers parisiens de chez Paulette à bicyclette, et ce pour deux raisons.

La première est que le joaillier du coin, que dis-je, de la rue à côté de chez nous, ne travaille pas l’or existant. Il voulait bien le racheter, mais pas le transformer. En procédant ainsi, nous aurions finalement eu des bagues en or peu éthique, ce qui était non négociable.

La seconde raison est que, si nous aimons la simplicité, on apprécie tout autant l’originalité. Pour ma part, un anneau martelé faisait mon bonheur. Pour monsieur, c’était un brin plus subtil: il voulait L‘ anneau. Amis de la fantasy, vous avez, je pense, compris. Mon futur époux voulait la gravure de l’anneau unique de Sauron (Seigneurs des Anneaux) sur son alliance. C’est-à-dire une inscription relevant de la calligraphie cursive:

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Et cela, tout le monde ne sait pas le faire. Excepté chez Paulette, qui dans la grande ville de Paris, travaille avec d’excellents artisans qui ont su faire une merveille de finesse !

Pour l’anecdote, ce ne fut pas simple d’envoyer les bagues à retravailler. Suite aux attentats, la France ne reçoit plus de colis qu’on ne peut préalablement ouvrir (en tout cas au départ de la Belgique). Adieu donc colis à valeur assurée… Ce fut l’occasion pour moi de visiter Paris, en combinant le trajet avec un colloque qui avait lieu début février.

Par contre la réception s’est faite sans emcombre aucune, accompagnée d’un léger remake de Gollum une fois la boîte entre mes mains 😉

 

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Pino Roméo – http://www.photoromeo.be/

Pour être transparente jusqu’au bout, voici le coût de l’opération “Alliances”.

Si nous avions acheté neufs chez Paulette à bicyclette, cela nous aurait coûté :

– 600 euros pour mon alliance

– 1300 euros pour celle de l’Amoureux

– 325 euros de gravure

Soit un total de 2225 euros (c’est-à-dire plus d’un tiers de notre budget mariage).

En recyclant des bagues existantes, nous devions finalement payer:

– 685 euros pour la transformation de nos deux alliances

– 325 euros de gravure

Si je compte bien, cela montait à 1010 euros, une sacré économie par rapport au prix neuf. Il faut savoir que le coût d’une transformation dépend vraiment de la bague initiale: un ajustement sera moins onéreux qu’une grande découpe.

De ces 1010 euros, le reste d’or de la chevalière a couvert une grande partie et nous n’avons finalement payé que 700 euros.

Une belle économie  pour un travail magnifique: cela valait la peine de se creuser la tête!

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Ne pas en porter

Pourquoi suivre absolument les conventions? Posez vous vraiment la question de savoir si cela a de la valeur pour vous d’avoir une bague à votre doigt. Si c’est seulement le rituel d’échange qui vous importe, il existe des alternatives, comme les mains liées par les rubans ou le rituel de la bougie qui sont tous deux très beaux et riches en symboles.

Or recyclé

Recycler des bijoux existants est une bonne piste, à condition d’avoir : 

  1. des bagues qui pourraient se prêter à l’exercice.
  2. un.e joaillier.e à votre portée qui ne se contente pas seulement de racheter l’or mais qui pourra également recréer un objet au départ de la matière que vous lui transmettez.

Or équitable

L’or équitable est l’alternative la plus simple a priori pour la confection d’alliances traditionnelles (ou pas!). Il coûte néanmoins plus cher et l’offre est vraisemblablement moindre. Reste que comme tout acte de consommation, c’est un geste politique fort: plus nous serons à demander la généralisation d’une filière équitable pour les métaux précieux, plus vite cela deviendra la norme.

Si cela vous tient à cœur mais que le prix est prohibitif, pourquoi ne pas en faire un cadeau de mariage auquel les invités pourront participer?

Bague en bois (et autres matériaux)

Les bagues en bois sont une jolie alternative au métal. Cependant, elles sont vite plus encombrantes car plus épaisses et risquent d’avoir une durée de vie plus courte. Sans oublier qu’il faut vérifier la provenance du bois afin de favoriser la gestion durable des forêts.

Suggestions de sites: Oxfam Magasins du Monde  ou  Artisans du Monde

Autres bijoux

Rien ne nous force à nous cantonner aux alliances. Libre à vous d’échanger un autre type de bijou, à chercher chez des artisans ou des boutiques équitables.

Tatouage

Bijou de peau par excellence, tatouer son alliance autour de l’annulaire est une manière originale, simple et peu coûteuse, à condition d’être sûr.e de soi et d’apprécier ce type d’art.

Quid de la bague de fiançailles ?

A nouveau, on peut très bien faire le choix de ne pas en porter. De notre côté, nous avions trouvé une autre petite astuce.

J’avais remis la main sur une bague en or fine offerte par ma mère à mes 12 ans qui allait parfaitement à mon annulaire gauche. La bague de fiançailles n’avait pas réellement d’importance pour moi qui n’aime pas vraiment les bagues: un anneau temporaire me convenait largement. Ainsi, j’avais donné cette petite bague quelques mois auparavant à l’Amoureux, lui disant que quand viendrait le jour où il se sentirait suffisamment courageux pour sa demande, il pourrait se servir de cet anneau en guise de bague de fiançailles.

N’hésitez pas à piocher dans les alternatives pour ce bijou-là non plus et gardez en mémoire que le commerce du diamant, la plus célèbre gemme pour les bagues de fiançailles, est l’un des plus sombres. Soyez créatifs et perspicaces!

N’oubliez surtout pas que, dans ces histoires-là, ce n’est pas le bijou le plus important 😉

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Pino Roméo – http://www.photoromeo.be/

Slow wedding – Intro

En décembre, le jour de la St-Nicolas, alors que je rentrais d’une superbe journée passée avec des amis chers à la côte belge où nous avons marché ensemble pour le climat, une bien belle surprise m’attendait…

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Photo personnelle

Spontanée, surprenante, pleines de clin d’œil : je n’aurais pu rêver d’une plus belle demande en mariage !

Se posa alors l’épineuse question : comment construire notre fête de mariage en accord avec nos valeurs et nos envies?

J’ai assisté à très peu de mariages, seulement deux quand j’étais enfant.

Ainsi, j’ai découvert l’univers des mariages sur internet, et notamment sur les blogs. Sur cette blogosphère de licornes à paillettes, les mariages rivalisent d’ingéniosité, d’organisation, de DIY, de centres de tables, de lumières magnifiques et… de perfection.

L’idée du “plus beau jour de notre vie”, -surtout quand on est une femme, avouons-le public phare de l’événement mariage – me hérisse le poil. Bien sûr que je voulais que cette journée soit belle (et elle le fut!), mais il s’agissait d’un beau jour parmi tous les autres que j’ai déjà pu passer et passerai avec mon amoureux désormais mari. Je la voulais imparfaite. Imparfaite et à notre image.

Comme tout événement, il y a une incitation à la consommation gigantesque quand on parle de mariage. Des biens à outrance pour une seule et unique journée.

L’image sociale qu’incarne le mariage incite à tout cela : la fête du mariage est en quelque sorte le reflet de l’amour que se portent les époux. On le veut magistral, grandiose, beau, à l’image de ce que l’on ressent l’un pour l’autre. On veut parfois impressionner les convives aussi, il y a une envie, un besoin de démontrer comme on est capable d’organiser un événement si magique, de le concevoir parfaitement de A à Z.

Ce fut notre cas aussi : notre mariage, nous le désirions reflet de nos valeurs quotidiennes, ces valeurs pivots que sont l’écologie, la décroissance et la simplicité.

N’oublions pas que chacun a ses propres rêves: ce n’est pas parce qu’on a construit cela selon nos propres souhaits que nous jugeons les choix des autres.

J’ai hésité à écrire cette série d’articles, mais j’ai eu envie de partager des sourires et un peu de rêves à contre-courant de ce que le web nous propose. Je voulais alimenter les exemples de mariages plus simples, décalés, qui sortent des sentiers battus.

En parlant de cela, je pense notamment à la HellWEDDINGfest de Herveline sur le génial blog “Sortez de vos conapts” et à deux récits de mariage (Mme Zeureu et Mme Gezillig) sur Mademoiselle Dentelle, l’unique blog que j’ai vraiment apprécié pour le côté authentique des histoires.

Nous avions envie de mettre en valeur ce qui fait la force même d’une fête de mariage: l’émotion et les rapports humains. Nous voulions à tout prix nous départir des détails superficiels, si consommateurs de temps, de matériaux, d’argent et de larmes. Tout en nous faisant plaisir et en bâtissant tout cela à notre image 🙂

7 mots clefs ont guidé nos préparatifs :

~ Inspiration Médiévale ~

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Photo: Pino Roméo

Et oui, on ne pouvait imaginer d’avoir recours à une toute autre ambiance ! Loin des robes blanches, costumes et fleurs : nous sommes beaucoup plus inspirés par le XIVème siècle, la Terre du Milieu et Westeros (mais avec une vision de la gente féminine plus moderne quand même – surtout par rapport à Westeros…). On se sent juste bien ainsi. Point.

Pas de garçons/demoiselles d’honneur mais une garde armée.

La marche nuptiale? Que nenni, nous ferons notre entrée sur “The Rains of Castamere”, joué en live par nos témoins (on a pris des risques, j’avoue mais alors… c’était fantastique !).

Bon, par contre, étant une vile païenne, point d’Église pour notre cérémonie : nous avons choisi de construire une cérémonie laïque pour le côté « émotions » (ça a d’ailleurs bien fonctionné, en attestent les yeux mouillés de nos convives !)

~ Végétarien ~

On quitte le médiéval n’est-ce pas ? En tout cas, le médiéval « haut de gamme ». Donc non, point de tablée de gibiers, cygnes et autres mets de chair.

Un mariage végétarien, ce n’est pas courant. On fait souvent bombance et c’est l’occasion de déguster mets fins et luxueux (oui, je pense à toi, foie gras…)

Il était cependant hors de question qu’il y ait de la viande à nos repas de noces. Tous deux végétariens, cela aurait été à l’encontre de valeurs écologiques et éthiques.

Est-ce facile à mettre en place ? J’en reparlerai dans une chronique ultérieure.

~ Simple ~

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Photo: Pino Roméo

La simplicité volontaire jalonne notre quotidien. Elle se devait d’être de la partie.

Un aspect essentiel à mes yeux était celui-ci : je ne voulais pas « vivre mariage » pendant 12 ou 18 mois.

Une demande en décembre 2015, un mariage en mai 2016 : 5 mois de préparatifs chrono.

Sobre en temps.

Sobre en investissement émotionnel (mariage imparfait & lâcher-prise!)

Sobre en matériaux.

Sobre financièrement.

~ Authentique ~

La fête du mariage, nous la voyions avant tout comme un partage.

Le partage de ce qui anime et fait vivre notre quotidien.

Le partage de notre vision de la vie : décalée et engagée.

Il s’agissait aussi de sortir de l’emprise du superficiel pour laisser une place majeure à ce qui vient du cœur. A cette spontanéité qu’est la joie de vivre et de sourire. A ces élans d’amitié et d’amour que cette journée magique recueille par brassées entières.

Costumés donc, mais sans masque.

~ (Presque) Zéro déchet ~

Il était crucial de limiter les dégâts sur cet aspect.

Tant du point de vue de la décoration et de l’alimentaire, nous avons tenté de limiter la casse et de ne pas trop nourrir les poubelles. Quelques astuces à venir !

~ Local & Artisan ~

Je tenais absolument à mettre à l’honneur les produits locaux pour les repas qui étaient à ma charge. Valoriser nos terroirs, nos savoir-faire.

En parlant de savoir-faire, nous avons aussi choisi avec soin nos prestataires : une équipe de joailliers pour les alliances, une traiteur artisane pour le repas de midi et son compagnon photographe, ainsi qu’un jeune entrepreneur qui tente de réseauter les produits locaux de ma région via un site de commande en ligne.

~ Participatif ~

Quand les invités s’impliquent dans le mariage, cela gagne en convivialité : ils ne sont plus simples spectateurs, ils participent. Cette fête et sa réussite deviennent celle de tous, on la construit en équipe et les mariés ne sont pas seuls face à la montagne de choses à prévoir.

Personnellement, je trouve que c’est une excellente façon de mettre en valeur les compétences de chacun et, surtout, de témoigner de l’importance qu’ils ont pour nous en les associant au plus près de cette journée unique.

La suite de cette chronique suivra (au moins) le fil conducteur suivant :

Partie 1 : Nos costumes et alliances

Partie 2 : Les repas & boissons

Partie 3 : Faire-parts, décorations et cadeaux aux invités

Le rythme de publications ? Relax, c’est slow wedding par ici 😉

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Photo: Pino Roméo