Lili Bulk : le zéro déchet 2.0

Même quand on vit en ville – ou en périphérie-, il est parfois bien difficile d’accéder à des commerces alternatifs aux grandes chaînes de distribution habituelles. Où et comment trouver des produits biologiques, locaux au maximum tout en appliquant le zéro déchet ?

Avant notre déménagement, nous étions plus ou moins bien rodés : visites hebdomadaires aux crémiers et au boulanger, commande des fruits et légumes à un maraîcher de la province qui livre à un point dépôt, ou bien visite à la coopérative près de mon lieu de travail, et visite mensuelle au magasin bio (à 4 kilomètres du centre ville, côte en prime).

Désormais, nous nous sommes éloignés de ces commerces, notamment du magasin bio : nous devons trouver une autre solution pour éviter de nous surcharger à chaque voyage là-bas. Car on a beau être plein de bonne volonté, vivre sans voiture est une source de contraintes avec lesquelles il faut jongler. Si nous regroupons nos achats en ville un maximum, je cherchais à soulager la visite mensuelle au magasin bio. Et j’ai découvert un bien chouette concept!

Lili_bulk

C’est une amie qui m’a présenté « Lili Bulk ». Le principe ? On commande en ligne une série de produits de cuisine secs qui sont livrés soit en point relais, soit à domicile pour les Bruxellois, dans… des bocaux consignés ! Le vrac 2.0 donc. Ce sont des bocaux en verre de taille variées, solides mais relativement légers quand même. On les paye lors du premier achat. Au suivant, si on prévoit de les ramener au point relais, on décompte leur prix du montant total de la commande. Le principe de la consigne 🙂

Une assez grande variété de produits (environ 70) est déjà disponible en ligne : on peut donc faire ses courses et se faire livrer tout près de chez soi. Pratique pour les adeptes des transports en commun, du vélo ou de la marche!

Les point relais font pour moi partie du système de l’économie collaborative, puisqu’ils se construisent grâce à un réseautage réalisé au départ de plateformes internet. Je suis une assez grande adepte de ce type de structure. En effet, ils favorisent l’ouverture d’un marché à des zones qui, parfois, sont délaissées pour des raisons diverses : trop éloignées des centres d’activités (comme les petits villages), trop petites pour qu’une activité commerciale fixe y soit rentable ou, à l’inverse comme dans le cas des centres villes, parce que la location d’un local de commerce y est trop élevée, voire peu accessible pour les voitures. Cette dernière raison est une des explications de la forte délocalisation en périphérie des commerces, même alimentaires. La voiture omniprésente met la pression sur l’aménagement territorial, avec pour conséquence que l’accès à ces zones de commerces devient très complexe voire impossible par les modes de transport doux.

Néanmoins, les points relais ne sont pas une panacée non plus. Ils peuvent tisser du lien comme en défaire puisqu’il y a parfois un côté déshumanisé de l’approche. Si certains points relais offrent la possibilité de rencontrer d’autres personnes, d’autres sont juste des dépôts. Je garde toujours un œil sceptique face à l’économie collaborative car mine de rien, il n’y a parfois que quelques pas qui la sépare d’une uberisation* du système. Reste que les point relais, s’ils sont développés avec des commerces de proximité bien valorisés et des marchés locaux bien organisés, s’inscrivent dans un développement durable des circuits courts et de proximité.

Pour en revenir à l’entreprise de Lili Bulk, j’ai posé quelques questions à Aurélie et Florence, les deux entrepreneuses à la tête du projet.

– Mais qui est donc Lili, et comment est-elle née? Quelles sont les valeurs qui l’animent?

« Lili Bulk » est née de la rencontre de notre rencontre, toutes deux animées par l’envie de permettre à tous ceux qui souhaitent pratiquer le zéro déchet de le faire sans se compliquer la vie. Réduire à zéro le nombre d’emballages jetables est notre ambition. 

Nous sommes parties de notre propre expérience de mères de famille, actives, cherchant à bien s’alimenter, dans une perspective durable pour la planète, pour innover et créer l’épicerie du futur.

– On constate bien que « Lili Bulk » est une entreprise tirée d’une prise de conscience environnementale, quel a été votre déclic vers ce nouveau chemin?

Le déclic a clairement été une formation en coaching zéro déchet pour Florence et en alimentation durable pour Aurélie. Ensuite est née l’envie commune d’entreprendre dans le développement durable, de se lancer dans un projet avec du SENS et qui puisse aider les autres à adopter de nouvelles habitudes plus respectueuses de l’environnement. 

– Monter une entreprise n’est pas chose aisée, à quels problèmes avez-vous été confrontées? Avez-vous dû faire des compromis?

Entreprendre c’est affronter les hauts et les bas, ne pas avoir peur de travailler de longues heures, de voir s’allonger sa TO DO list. Mais c’est aussi le bonheur de faire des choses que l’on aime par dessus tout, de recevoir des encouragements qui vous poussent à continuer et à vous améliorer.

Nous avons eu la grande chance de ne pas avoir été confrontées à des problèmes majeurs jusqu’à présent (on touche du bocal ;-)). Nous sommes également vigilantes à conserver l’équilibre famille/travail. 

– Même s’il y a parfois des nuages, il y a sûrement aussi des victoires. Quel est votre plus beau souvenir depuis le début de l’aventure?

Avoir reçu le Prix du Public Greenlab nous a vraiment fait chaud au cœur. Notre première commande faite sur la version bêta du site web fut un grand moment de joie!

– Pour conclure, comment voyez-vous « Lili Bulk » dans 3 ans ?

Nous espérons avoir multiplié les points relais partout en Belgique et avoir commencé notre avancée à l’international. Nous espérons également devenir LA référence pour la consigne du produit sec. 

Découvrez la gamme de « Lili Bulk » sur leur site : http://www.lili-bulk.com/fr/

Connaissiez-vous « Lili Bulk » ? Seriez-vous tenté de commander sur leur site ?

 

*Uberisation : néologisme créé au départ de la firme Uber, il s’agit d’un système de proposition de service qui met directement en contact un client et des fournisseurs de services via des plateformes internet. On paye à la fois le service et la mise en relation.

Note : cet article est juste le fruit d’une jolie découverte et de l’envie de la partager, il ne fait pas partie d’un partenariat.

Slow wedding – Intro

En décembre, le jour de la St-Nicolas, alors que je rentrais d’une superbe journée passée avec des amis chers à la côte belge où nous avons marché ensemble pour le climat, une bien belle surprise m’attendait…

Smaug_anneau_unique
Photo personnelle

Spontanée, surprenante, pleines de clin d’œil : je n’aurais pu rêver d’une plus belle demande en mariage !

Se posa alors l’épineuse question : comment construire notre fête de mariage en accord avec nos valeurs et nos envies?

J’ai assisté à très peu de mariages, seulement deux quand j’étais enfant.

Ainsi, j’ai découvert l’univers des mariages sur internet, et notamment sur les blogs. Sur cette blogosphère de licornes à paillettes, les mariages rivalisent d’ingéniosité, d’organisation, de DIY, de centres de tables, de lumières magnifiques et… de perfection.

L’idée du “plus beau jour de notre vie”, -surtout quand on est une femme, avouons-le public phare de l’événement mariage – me hérisse le poil. Bien sûr que je voulais que cette journée soit belle (et elle le fut!), mais il s’agissait d’un beau jour parmi tous les autres que j’ai déjà pu passer et passerai avec mon amoureux désormais mari. Je la voulais imparfaite. Imparfaite et à notre image.

Comme tout événement, il y a une incitation à la consommation gigantesque quand on parle de mariage. Des biens à outrance pour une seule et unique journée.

L’image sociale qu’incarne le mariage incite à tout cela : la fête du mariage est en quelque sorte le reflet de l’amour que se portent les époux. On le veut magistral, grandiose, beau, à l’image de ce que l’on ressent l’un pour l’autre. On veut parfois impressionner les convives aussi, il y a une envie, un besoin de démontrer comme on est capable d’organiser un événement si magique, de le concevoir parfaitement de A à Z.

Ce fut notre cas aussi : notre mariage, nous le désirions reflet de nos valeurs quotidiennes, ces valeurs pivots que sont l’écologie, la décroissance et la simplicité.

N’oublions pas que chacun a ses propres rêves: ce n’est pas parce qu’on a construit cela selon nos propres souhaits que nous jugeons les choix des autres.

J’ai hésité à écrire cette série d’articles, mais j’ai eu envie de partager des sourires et un peu de rêves à contre-courant de ce que le web nous propose. Je voulais alimenter les exemples de mariages plus simples, décalés, qui sortent des sentiers battus.

En parlant de cela, je pense notamment à la HellWEDDINGfest de Herveline sur le génial blog “Sortez de vos conapts” et à deux récits de mariage (Mme Zeureu et Mme Gezillig) sur Mademoiselle Dentelle, l’unique blog que j’ai vraiment apprécié pour le côté authentique des histoires.

Nous avions envie de mettre en valeur ce qui fait la force même d’une fête de mariage: l’émotion et les rapports humains. Nous voulions à tout prix nous départir des détails superficiels, si consommateurs de temps, de matériaux, d’argent et de larmes. Tout en nous faisant plaisir et en bâtissant tout cela à notre image 🙂

7 mots clefs ont guidé nos préparatifs :

~ Inspiration Médiévale ~

172_Emirob (479)_2048x1367
Photo: Pino Roméo

Et oui, on ne pouvait imaginer d’avoir recours à une toute autre ambiance ! Loin des robes blanches, costumes et fleurs : nous sommes beaucoup plus inspirés par le XIVème siècle, la Terre du Milieu et Westeros (mais avec une vision de la gente féminine plus moderne quand même – surtout par rapport à Westeros…). On se sent juste bien ainsi. Point.

Pas de garçons/demoiselles d’honneur mais une garde armée.

La marche nuptiale? Que nenni, nous ferons notre entrée sur “The Rains of Castamere”, joué en live par nos témoins (on a pris des risques, j’avoue mais alors… c’était fantastique !).

Bon, par contre, étant une vile païenne, point d’Église pour notre cérémonie : nous avons choisi de construire une cérémonie laïque pour le côté « émotions » (ça a d’ailleurs bien fonctionné, en attestent les yeux mouillés de nos convives !)

~ Végétarien ~

On quitte le médiéval n’est-ce pas ? En tout cas, le médiéval « haut de gamme ». Donc non, point de tablée de gibiers, cygnes et autres mets de chair.

Un mariage végétarien, ce n’est pas courant. On fait souvent bombance et c’est l’occasion de déguster mets fins et luxueux (oui, je pense à toi, foie gras…)

Il était cependant hors de question qu’il y ait de la viande à nos repas de noces. Tous deux végétariens, cela aurait été à l’encontre de valeurs écologiques et éthiques.

Est-ce facile à mettre en place ? J’en reparlerai dans une chronique ultérieure.

~ Simple ~

650_Emirob (1)_2048x1367
Photo: Pino Roméo

La simplicité volontaire jalonne notre quotidien. Elle se devait d’être de la partie.

Un aspect essentiel à mes yeux était celui-ci : je ne voulais pas « vivre mariage » pendant 12 ou 18 mois.

Une demande en décembre 2015, un mariage en mai 2016 : 5 mois de préparatifs chrono.

Sobre en temps.

Sobre en investissement émotionnel (mariage imparfait & lâcher-prise!)

Sobre en matériaux.

Sobre financièrement.

~ Authentique ~

La fête du mariage, nous la voyions avant tout comme un partage.

Le partage de ce qui anime et fait vivre notre quotidien.

Le partage de notre vision de la vie : décalée et engagée.

Il s’agissait aussi de sortir de l’emprise du superficiel pour laisser une place majeure à ce qui vient du cœur. A cette spontanéité qu’est la joie de vivre et de sourire. A ces élans d’amitié et d’amour que cette journée magique recueille par brassées entières.

Costumés donc, mais sans masque.

~ (Presque) Zéro déchet ~

Il était crucial de limiter les dégâts sur cet aspect.

Tant du point de vue de la décoration et de l’alimentaire, nous avons tenté de limiter la casse et de ne pas trop nourrir les poubelles. Quelques astuces à venir !

~ Local & Artisan ~

Je tenais absolument à mettre à l’honneur les produits locaux pour les repas qui étaient à ma charge. Valoriser nos terroirs, nos savoir-faire.

En parlant de savoir-faire, nous avons aussi choisi avec soin nos prestataires : une équipe de joailliers pour les alliances, une traiteur artisane pour le repas de midi et son compagnon photographe, ainsi qu’un jeune entrepreneur qui tente de réseauter les produits locaux de ma région via un site de commande en ligne.

~ Participatif ~

Quand les invités s’impliquent dans le mariage, cela gagne en convivialité : ils ne sont plus simples spectateurs, ils participent. Cette fête et sa réussite deviennent celle de tous, on la construit en équipe et les mariés ne sont pas seuls face à la montagne de choses à prévoir.

Personnellement, je trouve que c’est une excellente façon de mettre en valeur les compétences de chacun et, surtout, de témoigner de l’importance qu’ils ont pour nous en les associant au plus près de cette journée unique.

La suite de cette chronique suivra (au moins) le fil conducteur suivant :

Partie 1 : Nos costumes et alliances

Partie 2 : Les repas & boissons

Partie 3 : Faire-parts, décorations et cadeaux aux invités

Le rythme de publications ? Relax, c’est slow wedding par ici 😉

804_Alliances (2)_2048x1362
Photo: Pino Roméo

Lîdjeu, du wallon dans les savons!

 lidjeu1
Au gré de mes pérégrinations, j’ai récemment découvert un tout jeune atelier wallon de fabrication de savons saponifiés à froid.

Créé en 2015 par Baptiste et Maïwenn, les savons Lîdjeu se déclinent en 7 variétés , notamment un savon pour les enfants et femmes enceintes/allaitantes, très épuré et sans huiles essentielles, un savon spécial randonneur multi-tâches pour accompagner les voyages et un shampooing solide.

Des savons 100 % naturels, composés d’huiles végétales, d’huiles essentielles, d’argile et de graines ou plantes séchées, entièrement réalisés dans la cité ardente !

lidjeu3

Comme j’aime bien les nouveautés, surtout quand elles sont locales, et que je suis curieuse, j’ai posé quelques questions à Baptiste qui y a aimablement répondu.

Allez, j’arrête de vous faire mousser et vous laisse partir à la rencontre de ces entrepreneurs innovants et dynamiques !

– Baptiste, comment sont nés les savons Lîdjeu?

Les Savons Lîdjeu! sont nés avant tout de notre trajet de vie. Maïwenn (ma compagne) et moi-même avons appris à fabriquer notre savon en autodidactes il y a quelques années. Comme ça nous amusait grandement, nous en avons produit un plus grand nombre d’abord pour les offrir à notre famille (comme cadeau de noël ou d’anniversaire), puis nous avons fait un ou deux marchés artisanaux, comme ça, pour voir.

Nous avons ensuite effectué un long voyage de plusieurs mois en Amérique du Sud, abandonnant nos boulots et, donc, nos perspectives concrètes au retour. Et dans le cadre de notre voyage, tout régénérés d’avoir observé les différentes dynamiques rencontrées pendant ces mois, a grandi en nous l’idée que nous pourrions, nous aussi, essayer de proposer quelque chose d’innovant, d’inventer notre propre boulot et de faire quelque chose de bien, à notre échelle.

Lîdjeu, pour Liège. Dès le départ, vous semblez partis sur l’idée d’un commerce local, quelles sont vos motivations pour vous dirigez vers ce type d’activité économique?

Le côté « liégeois » de notre savon a deux raisons : d’abord nous croyons fermement aux circuits-courts, et pensons qu’il est plus cohérent d’essayer de vendre au plus proche plutôt que de chercher à aller le faire loin, et ensuite nous sommes liégeois, donc un peu chauvins 🙂

– Le local est fortement mis en avant en ce moment, mais est-ce si simple de se lancer ? Avez-vous rencontré des difficultés?

Est-ce si simple de se lancer… Oui et non.

Oui, en soi c’est facile de monter son entreprise, ça prend une semaine pour avoir tout le nécessaire.

Non ce n’est pas facile, il faut avoir un projet qui tient la route, un bon business plan et un financement suffisant. Pour nous, on avait le projet, pas de business-plan autre que nos intuitions (et pas le temps d’en faire un) et un financement assez faible (un prêt de mon papa). On a la chance de ne jamais être descendu dans le rouge, mais nous y arrivons en n’étant pas toujours à jour dans nos factures. Donc c’est un gros challenge. Administrativement ça demande aussi une belle organisation, mais de ce côté on s’en sort étonnamment bien 🙂

– Travaillez-vous avec les autres acteurs locaux, en pensant notamment à la Ceinture AlimenTerre?

Concernant la CATL, c’est assez évident qu’on se sent à la fois partie de cette logique (de manière très officieuse) et en même temps un peu décalé.

Nous travaillons essentiellement avec des produits qu’on ne peut pas fabriquer en Belgique (huile d’olive, coco, huiles essentielles de lavande ou d’ylang-ylang etc…) donc on ne peut pas dire qu’on soit vraiment dans la logique de la CATL, et en même temps on cherche quand même à travailler dans les mêmes logiques.

Il se trouve que Maïwenn et moi avions déjà suivi de près le lancement du projet de la ceinture et nos affinités avec les gens que nous y avons côtoyé existe bien sûr toujours.

– En quelques mots, pourriez-vous nous raconter le quotidien de la savonnerie artisanale?

Le quotidien de la savonnerie… Je pourrais te faire une liste des tâches plus ou moins exhaustive, mais en vrai on n’a pas franchement de quotidien type.

On s’organise par semaine: un jour de fabrication de savon, un jour de livraison, un jour d’emballage, un jour d’administratif/facture, plus le cas échéant la préparation des marchés, les marchés en tant que tel, le démarchage d’éventuelles nouvelles boutiques, etc. Récemment avec l’offre Facebook, on a eu pas mal de travail en plus, puisqu’il fallait suivre les différentes demandes, répondre aux questions, préparer des envois et les envoyer, vérifier les paiements, etc.

Le quotidien est assez chahuté et en même temps, nous sommes tous les deux dans une logique où nous avons fait le choix de ne plus subir d’autre contrainte que la nôtre. Cette liberté de l’indépendant, nous la choyons aussi, et donc nous nous sentons très largement libre d’adapter notre horaire à nos envies, quitte à parfois gagner un peu moins d’argent, ou un peu moins vite.

– Quelles sont les origines de vos ingrédients ? Parvenez-vous à travailler avec des produits locaux également ?

Malheureusement, nous travaillons avec fort peu d’ingrédients locaux.

La vérité étant que la Belgique, pour fertile qu’elle soit, est assez peu propice à la culture des produits avec lesquels nous travaillons: (olive, coco, ricin, par exemple), le savon « traditionnel » de nos régions étant fait à base de saindoux, ce qui correspond assez peu à notre approche environnementale: quitte à souffrir un peu de nos contradictions, nous avons fait le choix de garantir des huiles végétales bio à défaut de pouvoir être entièrement dans une logique de localisme. Cela dit, nous travaillons avec des partenaires liégeois: notre grossiste est à Liège depuis 30 ans, nos emballages sont aussi fabriqués à Liège ainsi que tout le reste.

– Quel développement envisagez-vous pour votre savonnerie? (nouveaux produits, nouvelles combinaisons d’huiles végétales et essentielles, plusieurs types de shampooings, vente en ligne?)

Dans le rayon nouveauté, nous allons un peu nous calmer pour le moment, nous avons 7 mois d’existence et déjà une gamme de 7 produits. C’est beaucoup à gérer, niveau stock en tout cas, et nous venons de lancer les deux derniers. Donc, on va d’abord se concentrer sur ce qu’on a déjà, essayer de voir ce qui fonctionne bien et ce qui fonctionne moins bien, puis on repartira de l’avant – à mon avis pour le début de l’été. D’autant qu’on planche déjà sur le lancement d’un crowd-funding accompagné d’un super clip en cours de réalisation et qu’on vient de commencer à donner des ateliers de fabrication de savons, donc on cherche un peu sur d’autres terrains en ce moment! Nous voudrions aussi finaliser notre site web qui nous attend depuis plusieurs mois – avec ou sans vente en ligne, nous verrons.

– Et pour finir, où peut-on vous trouver?

Où nous trouver…

Alors, sur Facebook déjà et bientôt sur notre site web. Et puis dans un certain nombre de boutiques (voir liste ci-dessous) :
A Liège:

Osons-Bio/Peuchère, place du général Leman

Graines d’Épices, rue de Serbie (angle de la rue des Guillemins)

Le boudoir de Jeanne, rue Puits-en-sock,

Un Pain C’Est Tout, rue de la loi

L’Épicerie du Nord, place saint léonard,

Li Botike di Lidje, En Féronstrée

La Couronne, impasse de la Couronne,

Goveg, Hors-Château

Wattitude, Souverain Pont

La Maison des Plantes, Galerie Opéra,

Le Temps des Cerises, rue du Laveu.

En dehors de Liège :
Mandarine, Jeneffe

Piscine, Crisnée

Nos Racines, Herve

La Prulhière, Battice

Le Comptoir du Naturel, Verviers

Zinzoline et Patchouli, Welkenraedt et Verviers

Le Sanoriz, Spa,

BioFagne, Theux,

Au Coeur du Bio, Aywaille

lidjeu2

Merci à Baptiste d’avoir répondu à mes questions ! Vous pouvez suivre le développement de la savonnerie Lîdjeu sur leur page Facebook.

Gratitude

gratitude.png

Un premier article pour 2016 qui se veut léger.

La nouvelle année, c’est le moment des vœux, des nouvelles résolutions: tout ce qui semble plein d’un petit quelque chose de magique sous l’œil du nouveau départ acclamé par les douze coups de minuit et les feux d’artifices.

Depuis l’an dernier, l’aube de la nouvelle année est également devenue le moment idéal pour moi pour dire “Merci” et témoigner de la gratitude aux personnes de l’ombre qui accompagnent mon quotidien.

… Le maraîcher qui nous fournit en légumes et fruits.

… Le boulanger qui, dès potron-minet, s’affaire à la cuisson des pains dont on aime tant humer l’odeur le matin dans la rue ou croquer sur le chemin du retour.

… Les accompagnateurs/trices et les conducteurs/trices de train qui, chaque jour, veillent à ce que les transports soient sécurisés et se passent pour un mieux.

Recevoir un merci, c’est valoriser leur travail quotidien. C’est reconnaître que l’on prend conscience de la personne qui assure le service. C’est humaniser un peu plus ces échanges devenus banals, mécaniques, maussades.

Le sentiment de gratitude est en vogue en ce moment, porté par les divers courants de développement personnel.

Que cela soit pour soi, pour notre environnement, pour tout ce qui constitue notre quotidien. Il est devenu l’essence même du positivisme censé rendre notre vie si belle et joyeuse.

Je ne partage pas trop l’avis comme quoi, parce qu’on est empli de gratitude envers l’Univers, celui nous le rendra bien. C’est un peu trop mystique pour moi.

Ce que je sais, c’est que savoir apprécier un moment, accompagner l’émotion suscitée, le consigner pour le soir y repenser avec un sourire fait du bien, et surtout nous rend plus conscient de la vie, de nous, des autres.

Du coup, témoigner à quelqu’un que l’on a pris conscience de ce qui est accompli pour nous au quotidien, c’est un acte de gratitude fort, valorisant, rassurant.

Alors, si vous offrez vous aussi une petite carte en ce nouveau mois de Janvier, prenez le temps d’accueillir ces moments de réjouissance, illuminés par une vraie joie, un sourire franc et une bouffée de chaleur humaine revigorante en ces temps de grogne sociale.

Beau mois de Janvier et une merveilleuse année à tous !

 

 

Charly’s Angels

Charly’s Angels, c’est l’histoire d’une rencontre émouvante.

Une rencontre entre un cœur ouvert, une main tendue et la misère animale.

La rencontre de Laurence et de Charly, un chat de la rue. Cette histoire, vous pouvez la lire sur le forum de l’association en cliquant ici.

Aujourd’hui donc, je vais vous présenter une association qui œuvre dans la protection animale, Charly’s Angels. C’est sa fondatrice, Laurence, qui s’est prêtée au jeu des questions.

Laurence a toujours aimé et soigné les animaux, à poils ou à plumes. Dont les chats.

Petit à petit, ses élans se sont transformés en véritables sauvetages: la seule chose qui importait était de remettre l’animal sur pattes et le faire adopter. A cette époque, c’est plus ardu car internet n’en est qu’à ses balbutiements et les refuges tendent plus à être perçus comme des mouroirs que comme des aides potentielles. Mais le bouche à oreille fait bien son travail.

Doucement, Laurence de son statut de sauveteuse indépendante entre dans le monde de la protection animale. Un don de croquettes par-ci, un don de couvertures par-là, pour finir par devenir famille d’accueil même si elle ne partage pas forcément toutes les valeurs de l’association.

Aujourd’hui, grâce à Charly, elle œuvre pour sa propre association.

La priorité ? Les chats. Rien d’autre.

Et pour parvenir à cet objectif, Laurence peut compter sur une petite équipe de motivées.

Annie, qui gère les aspects communication sur internet.

Dominique qui s’occupe de la gestion des covoiturages

Et Sophie, qui complète l’équipe.

Quatre piliers de base pour affronter les obstacles, soutenus par un ensemble de bénévoles, de petites mains qui parviennent à faire de l’association un hommage vivant à Charly.

Je vous laisse découvrir l’interview.

D’où est née l’envie de lancer cette association? Quelle est son histoire?

L’envie est d’abord de créer une association. Quand on entre dans la misère animale, on n’a qu’une envie, c’est d’essayer d’enrayer le fléau. Mais créer une association juste pour la créer, c’est pas mon style du tout. Déjà beaucoup d’associations sont perdues entre les grosses structures et les refuges… Donc je restais famille d’accueil indépendante. 

J’ai tenté d’être famille d’accueil pour association/refuge mais il faut avoir les mêmes valeurs et dans la protection animale, malheureusement, ce n’est pas toujours l’unisson du même combat. Certains sont là pour tirer la couverture vers eux, ou se faire mousser plus simplement. 

Et puis un jour, au détour d’un de mes sauvetages je suis tombée sur Charly

Charly
Charly

Un vieux matou que personne ne regardait. Il était dans un état pitoyable. Je l’ai pris mais il était FIV+. Comme tout le monde j’ai eu peur du SIDA (Ndlr: le SIDA est la maladie qui découle de l’activation du virus, FIV chez les chats, HIV chez l’humain). Peur pour mes autres chats (à l’époque à la maison 18 chats cohabitaient). Et sur le net un tas d’idées préconçues totalement fausses circulent… 

Alors j’ai décidé de m’adresser directement aux gens qui possédaient des positifs, et là j’ai compris.

Compris qu’il fallait faire évoluer les mentalités vers la vérité.

Compris qu’il fallait une association porte-parole de ces chats.

Et le déclic c’est fait comme ça. C’est l’histoire de Charly qui a initié la naissance de l’association.

D’où proviennent les chats que vous accueillez ?

Ils sont SDF – et dans ce cas il s’agit de SOS venus de particuliers. Ou il viennent de la fourrière avec un risque d’euthanasie imminent (il arrive que certains chats soient euthanasiés directement après les résultats du test). Parfois ils viennent d’autres associations.

Un des problèmes est que les tests rapides ne sont pas entièrement fiables. Un test rapide peut révéler un positif alors qu’en faisant une PCR (prise de sang avec envoi au labo), le chat est négatif. Il faut savoir également que certains vétérinaires confondent encore le Felv (Ndlr: virus de la leucose féline) et le FIV, pas du tout pareil ne serait-ce que par le mode de transmission.

 Quels sont les objectifs à atteindre quand un chat est pris en charge? Y a-t-il un parcours général ou plusieurs voies possibles?

Les objectifs.

Le premier est déjà d’arriver à le sauver. Certains n’ont pas le temps d’être pris en charge: il est déjà trop tard.

Le second objectif c’est de leur trouver un accueil pour faire un bilan santé et/ou une mise en règle.

Le troisième objectif est de leur trouver des adoptants dans le meilleur des cas, au pire une famille d’accueil longue durée.

Ticoeur flyer

Il y a plusieurs voies possibles.

Soit ceux qui lancent un SOS et sont prêts à tout pour leur sauvetage.

Soit les gens veulent s’en débarrasser à tout prix. Dans ces cas-là, il faut trouver un foyer pour les accueillir. Rien n’est jamais simple.

Nous dépendons de la bonne volonté des gens. C’est le cas notamment pour les covoiturages (qui permettent d’acheminer un chat vers une famille d’accueil par exemple). Par conséquent, il nous arrive parfois de mauvaises surprises.

A quelle fréquence recueillez-vous des animaux ? Travaillez-vous en collaboration avec d’autres organismes/partenaires (public ou privés) ?

La fréquence est variable mais conditionnée par les finances. En ce moment par exemple, nous ne pouvons plus accueillir de SOS faute de moyens financiers. Ensuite la fréquence dépend des propositions de famille d’accueils.

Les partenaires sont les vétérinaires (certains sont plus compréhensifs que d’autres et nous aident). Nous avons de bonnes relations avec d’autres associations mais essentiellement avec une (The Pattoune’s Gang) qui nous réserve des places lors de ses journées adoptions sur Paris et la région parisienne afin de favoriser l’adoption de nos FIV. 

Nous avons également été parrainé par le site Clic animaux mais nous avons des valeurs assez éloignées. Notre grand partenaire reste Actu-animaux: l’équipe qui travaille là-bas est compréhensive, toujours prête à nous aider. Nous sommes aussi sur Hellopro (anciennement Mail for good) où grâce à des clics sur des publicités les internautes peuvent nous aider gratuitement. Donéo nous reverse également une part lors d’achat d’internautes sur certains sites.

Êtes-vous confrontés à des fausses idées concernant le FIV vous empêchant d’offrir une belle vie aux chats accueillis?

Les fausses idées sont notre cheval de bataille. L’association a été créée dans un premier temps pour rétablir la vérité sur le SIDA des chats. Ensuite, il a été primordial de leur venir en aide sur le terrain. Aujourd’hui les idées avancent, l’association est connue et permet d’ouvrir des portes jusque là fermées.

Quand on voit une autre association accueillir un FIV, nous sommes soulagées (même si certains points ne sont pas encore tout à fait compris et/ou assimilés): le chat à la vie sauve, et c’est le plus important. L’idée aussi qu’il faut isoler les FIV+ n’est pas nécessaire tant qu’ils sont stérilisés et sociables. Tous nos FIV (y compris chez moi qui suis régulièrement en surnombre) vivent en harmonie avec des chats sains .

Aux lecteurs qui vous lisent, quel message, quelle prise de conscience souhaiteriez-vous faire passer en mémoire de Charly ?

J’aimerais qu’ils prennent tous le temps de lire l’histoire de Charly.

Charly est le porte-parole des FIV +. Si les gens comprennent que le SIDA n’est pas la bête noire qu’ils pensent connaître, alors Charly ne sera pas mort pour rien. 

Je m’adresse à tous ces gens qui font les tests FIV mais qui ne font pas le test PIF (péritonite infectieuse félin) ou le typhus qui fait aussi des ravages. Pourtant, la PIF est mortelle : aucune espérance de vie. La PIF tue donc, contrairement au SIDA.

Quand un chat est porteur du virus (FIV+), il peut ne jamais le déclarer, c’est-à-dire ne jamais avoir la maladie, ne jamais avoir le SIDA. Ce chat va vivre porteur. Ses défenses immunitaires seront affaiblies, il faudra bien sûr faire attention au moindre microbe pour que ça ne s’envenime pas mais je dirai tout autant que pour votre chat sain.

Quant au coût, il n’en est rien. Certains de mes chats positifs ne me coûtent qu’une visite annuelle pour le rappel de vaccin, alors que d’autres, sains et négatifs, me font passer toutes les quinzaines chez le véto. 

L’association vit uniquement de dons. Nous avons des adoptions aussi mais souvent ceux sont les famille d’accueil qui craquent ou leur famille proche, il y a peu d’adoptions spontanées. Nous devons sans cesse nous réinventer pour trouver de l’argent. Il y a la boutique avec des articles donnés, faits ou achetés par des bénévoles. Nous avons aussi des ventes aux enchères d’articles donnés par nos bénévoles. On organise des tombolas ou des concours photos.

C’est beaucoup de travail en supplément de tout le quotidien et des urgences.

On aimerait recevoir un peu plus d’aides, financières et humaines.

20120723_144945

Retrouvez Charly’s Angels sur leur page Facebook et sur leur forum.

Rappel: n’oubliez pas le concours dans le cadre de l’éco-défi jusqu’au 31 mars !

Amandine et ses chèvres

Depuis le début de l’éco-défi, je souhaitais donner la parole à un éleveur. Les livres sensibilisant au bien-être animal dans le cadre de l’élevage font (trop) souvent la part belle à l’élevage intensif, si mécanisé et monétarisé qu’on pourrait plus aisément parler d’usine de production.

Malheureusement, c’est vrai, ce sont ces élevages-là qui offrent la majorité des produits animaux. Pourtant, de petits éleveurs, et éleveuses, persistent, se développent. Des éleveurs sensibles au bien-être de leurs animaux en tant qu’êtres-vivants. Dans son livre “Faut-il manger les animaux?”, Jonathan Safran Foer était parti à la rencontre d’un couple qui élevait des vaches afin de leur offrir une belle vie avant qu’on les tue pour leur viande. Il parlait du concept de “viande heureuse”.

On ne parlera pas directement de viande ici, mais de lait. Car Amandine a bien gentiment répondu à mes questions afin de vous présenter son activité d’éleveuse de chèvres.

Faisons les présentations.

Amandine et son mari élèvent des chèvres en Auvergne à 1000m d’altitude. Leur troupeau se compose actuellement de 25 chèvres, trois boucs et d’une trentaine de chevreaux.

Par coup de cœur mais aussi par choix de privilégier une race plus rustique, ils ont décidé d’élever des chèvres de la race Rove, plutôt que les habituelles Alpine et Saneen.

P1110303

Contrairement à ces deux races, la Rove produit moins de lait, mais en revanche celui-ci est de grande qualité, plus doux et plus crémeux. Idéal donc pour la fromagerie !

Leur élevage en est à ses débuts: Amandine et son mari travaillent tous deux en dehors de leur exploitation, elle dans la vente à domicile de produits d’entretien et cosmétiques écologiques et lui dans le secteur des travaux publics. Lentement mais sûrement, ils construisent le cheptel. L’initiative est partie de 10 chevrettes élevées au biberon alors qu’elles n’avaient que quelques jours et étaient destinées à la boucherie. L’idéal étant notamment d‘obtenir des chevrettes plutôt que des chevreaux afin d’augmenter la taille du troupeau laitier. Cette année, leur chèvrerie accueille environ 20 chevrettes, l’objectif à terme étant d’avoisiner la cinquantaine. Sensibles au respect de l’environnement, Amandine et son mari conduisent leur élevage selon les règles de l’agriculture biologique, sans pour autant avoir introduit – pour l’instant- de démarche de certification.

Place aux questions !

Qu’est ce qui t’a motivée à lancer un élevage de chèvres ?

J’ai toujours aimé le contact avec les animaux, je monte à cheval depuis l’âge de 6 ou 7 ans et j’ai eu mon premier cheval à 16 ans, en parallèle mes parents ont eu la chance d’acquérir une belle maison à la campagne dans la région où je me suis installée aujourd’hui. Après une vie citadine j’avais soif de nature et la vie à la ferme m’attirait. A 18 ans j’ai commencé et vite arrêté des études de sociologie, ce n’était pas ma voie. Je rêvais d’une vie à la campagne avec pleins d’animaux autour de moi, le milieu de l’équitation me tentait et je me suis tournée d’abord vers ça. Je voulais monter une ferme équestre avec des chevaux bien sûr et pleins d’autres animaux, puis au fil des formations et des rencontres, mais aussi de mes questionnements je me suis un peu détournée de cela. J’avais peur de ne pas réussir à accepter d’ « embêter » les chevaux (parce que c’est souvent le cas) avec des touristes qui veulent juste se divertir un moment sans aucune connaissance et sans se soucier du cheval qu’ils montent. Par ailleurs les nombreuses personnes que j’avais autour de moi qui tentaient de vivre de l’équitation de loisirs me disaient que c’était difficile et qu’il ne fallait pas faire que ça. Ce discours a été beaucoup repris lorsque j’étais en formation, je me suis en fait tournée vers un Brevet professionnelle de responsable d’entreprise rural qui est l’équivalent du diplôme nécessaire pour s’installer en agriculture. Mon projet ne misait pas que sur une activité d’équitation de loisirs mais sur un aspect ferme pédagogique également que je pensais suffisant pour être viable, mais apparemment ça ne l’aurait pas été. En parallèle j’expérimentais ce que signifiait le fait d’avoir pleins d’animaux, un peu de chaque: chevaux, chèvres, moutons, poules, chiens, chats… Pour les chevaux, pas de problème, à partir du moment où ils ne sont pas tout seuls dans un pré, tout va bien, leur équilibre est respecté, mais pour les chèvres en avoir juste deux ou trois c’est à devenir chèvres justement ! Les demoiselles, et ça je suis en mesure de le confirmer aujourd’hui ne sont (à peu près) capables de rester tranquilles dans leur pré que lorsqu’elles sont en troupeau, à deux ou trois elles semblent trouver qu’elles seraient mieux en notre compagnie ce qui peut parfois poser problème quand on ne souhaite pas qu’elles déjeunent avec nous sur la terrasse ou qu’elles profitent d’une porte ouverte pour s’installer dans le salon. Pourtant je craquais complètement pour les biquettes, ce sont des animaux très attachants, petit à petit l’idée a donc fait son chemin celle d’élever des chèvres mais pas juste une ou deux et être obligée de les attacher parce qu’elles sont ingérables, mais tout plein !

P1030097

Ce qui me posait problème dans cette histoire c’est ma grande sensibilité envers les animaux, à l’époque j’étais déjà végétarienne depuis longtemps et l’idée d’élever des chèvres pleines de vie et heureuses me bottait mais en revanche le problème des chevreaux qui allaient naître chaque année et qu’on ne pourrait pas garder beaucoup moins. J’ai commencé par me dire qu’il fallait me faire à cette idée et m’y résigner. Ensuite  nous avons été rattrapés par pleins d’autres difficultés donc ce souci est devenu « secondaire » entre guillemets. Nous avons beaucoup galéré pour nous installer réellement en tant qu’agriculteur, les difficultés étaient telles qu’à un moment donné nous avons arrêté, nous avons presque laissé tomber. Puis les années passant l’envie de vivre en compagnie des chèvres et de partager notre quotidien avec était toujours là et nous avons finalement réussi à recommencer. Les difficultés se lèvent une par une petit à petit. Je ne vous cache pas que les questions et les problèmes d’éthique que cela me pose sont toujours là, je n’ai finalement pas choisi de me roder, je n’aime toujours pas cette étape de ma vie de chevrière, mais je la regarde différemment car je sais aussi aujourd’hui très bien pourquoi j’ai fait ce choix. Et je réfléchis, réfléchis beaucoup à comment faire au mieux et pourquoi pas autrement !

Quelle est ta définition du bien-être animal ?

Pour moi respecter le bien-être animal, c’est prendre en compte différents critères qui peuvent varier selon les espèces. Il va de soi que, dans tous les cas, les animaux doivent disposer d’une nourriture et des soins adaptés à leur cas pour leur garantir une bonne santé. Dans le cas des chèvres, elles ont par ailleurs besoin de vivre en troupeau, elles aiment crapahuter dans des endroits escarpés, glaner des ronces, des fleurs et des feuillages variés ! C’est pourquoi j’ai choisi de faire pâturer mes chèvres alors que beaucoup d’éleveur pratique le zéro pâturage. Les chèvres sont dans ce cas nourries à l’intérieur d’un bâtiment dans lequel elles séjournent à longueur de temps, les mieux loties d’entre elles disposent d’une aire de détente. L’avantage de cette façon de faire est qu’il est plus facile de lutter contre le parasitisme et les chèvres sont plus productives car elles ne dépensent pas d’énergie à se nourrir. Cette façon d’envisager l’élevage suppose aussi bien souvent que les chèvres soient écornées. Je n’ai pas non plus fait ce choix car  je pense par ailleurs que dans la notion de respect animal entre en jeu tout ce qui touche au respect de leur nature profonde. J’ai choisi dans cette idée également de respecter la saisonnalité des chaleurs, mes chèvres sont saillies naturellement par un bouc quand c’est la période des chaleurs.  A la mise-bas, leur instinct de mère est respectée, nous ne retirons pas les chevreaux à la naissance, elles peuvent ensuite les allaiter naturellement, ceci est plus naturel et respectueux des chevreaux également !

Le petit bonus : puisque ce sont des animaux domestiques et qui prouvent leur attachement à l’homme chaque jour, je ne me prive pas de les câliner, leur faire des bisous, bref de les aimer de tout mon cœur !

P1030108

Comment cela se passe-t-il pour obtenir le lait essentiel à ta fromagerie ?

Mes chèvres mettent généralement bas en février, les chevreaux ne sont pas séparés à la naissance, ils tètent leur maman pendant un mois, un mois et demi puis on amorce le sevrage en diminuant le nombre de tétée (de deux on passe à une) et on apporte un complément sous forme de granulé adapté à leur âge. Nous pouvons alors commencer à traire nos chèvres une fois par jour et quand le sevrage est définitif on peut passer à deux traites. Nous avons fait le choix de traire à la main, j’aime le contact avec les animaux ce n’est pas pour mettre de la distance via une machine. Elles se laissent toutes traire de bon gré après une petite période d’adaptation pour les plus jeunes, nous ne les attachons pas pendant l’exercice.

Pour l’instant nous n’avons pas un effectif suffisant pour que notre élevage soit viable donc nous gardons toutes les femelles, c’est la joie puisque nous en avons eu beaucoup cette année ! Mais pour les mâles c’est un problème et à l’avenir ça le sera aussi pour les femelles puisque nous ne pourrons pas toutes les garder. Pour le moment nous avons presque toujours trouvé à les vendre à des particuliers ou à des marchands (la question ça reste leurs devenirs… certains seront mangés d’autres seront élevé pour la reproduction). Je me réconforte en me disant que c’est la meilleure solution pour eux parmi toutes celles qui existent, leur vie est certes courte pour certains mais respectée et leur condition de vie est paisible. Dans certains élevages, les chevreaux sont tués à la naissance pour avoir le lait de leur mère plus vite et plus longtemps. Comme je l’ai évoqué, je déteste avoir à faire cela mais soyons réaliste je ne peux pas garder tous les chevreaux de la terre.

J’aurai pu choisir de ne pas les élever, je pourrai être purement végétalienne pour ne cautionner aucune forme de cruauté envers les animaux…mais dans cette idée il faudrait accepter de voir tous ces animaux disparaître, comme on le voit déjà pour certaines races ou catégories d’animaux. Car en effet, qui élèvera quelques chèvres comme ça pour le plaisir ou par amour de l’animal ? Ou une vache…eh, eh ? Pas grand monde… et dans cette logique on élèvera toujours des femelles, les mâles, il faut admettre, que c’est plus délicat à gérer, donc le problème tant décrié de la discrimination se posera. J’évoque cela car je lis souvent des articles sur le fait que ce qui se passe par exemple dans les élevages de poules est horrible (attention mon propos n’est pas de dire le contraire) puisque pour pondre des œufs nous n’avons besoins que de ces dames, les poussins mâles sont donc broyés à la naissance ! Il se trouve que mes trois boucs cohabitent bien, mais j’ai eu le cas de deux béliers qui se sont battus à mort… et je n’évoque pas la question de leur caractère mais ça tombe sous le sens qu’il sera plus facile de créer des liens avec une chèvre ou une vache qu’avec un bouc ou un taureau sans risquer sa vie ! Quant au fait de respecter leur nature en laissant mâles et femelles ensemble, je vous laisse imaginer les problèmes de surpopulation qui nous guettent… On peut bien sûr envisager de castrer ces messieurs pour contourner le problème, mais il faudra veiller à ne pas laisser s’éteindre les espèces en conservant trop peu de reproducteurs et faire attention aux problèmes de consanguinité qui se posent immanquablement lorsque les espèces sont sous-représentées !

Quand j’étais jeune, j’étais révoltée par ce discours de certaines personnes qui soutenaient que si on n’élevait pas les animaux pour la viande ils disparaîtraient, mais ça semble être une réalité. On peut citer l’exemple du cheval de trait qui n’intéressait plus beaucoup de monde à un moment donné quand est venu le temps où il a été remplacé par des machines pour les travaux des champs et bien ce sont malheureusement les mesures pour relancer la filière viande qui l’ont sauvé, c’est triste à dire mais c’est ainsi !

Les personnes qui s’approvisionnent chez toi te posent-elles parfois la question? Expliques-tu parfois spontanément la procédure qui te permet d’obtenir le lait ?

Bien sûr, la question m’est parfois posée. Jusqu’à maintenant je n’avais qu’une toute petite production donc pas encore vraiment de clientèle à proprement parler. Je faisais des fromages avant tout pour notre consommation familiale et je faisais profiter de mon surplus de production aux amis, à la famille et aux voisins. On procédait plutôt à des échanges (des fromages contre un service par exemple) ça m’a permis de me faire la main et d’avoir leur avis sur ce que je faisais. Les gens aiment bien prendre le temps de poser des questions mais pour l’instant je ne l’explique que si on me le demande. Cette année je pense pouvoir commencer à vendre ma production mais seulement en direct à la ferme. Si un jour je fais des marchés, je pense créer un support de communication pour mettre en avant ma façon d’envisager l’élevage.

 

 P1030095

Face aux réponses, le cas échéant, quelle est la réaction des gens ?

J’ai un public rural, ils ont bien souvent une idée de la question, ce qui suscite l’intérêt chez les gens c’est qu’avec mes pratiques même si je n’aime pas le dire de cette façon je produis une viande de grande qualité ! A l’heure où la traçabilité n’a jamais été une notion aussi importante il existe peu de créneaux pour valoriser cela !

Comment les autres éleveurs perçoivent-ils ton approche ? Sont-ils plutôt critiques, intéressés, réfractaires ?

Je n’évoque pas forcément mes pratiques dans le détail, je sais que, pour certains, mes pratiques semblent aberrantes et certainement pas rentables…

J’entends parfois quelques remarques qui me laissent comprendre que je ne suis pas sur la bonne voie, celle du « ce qui se fait », au pire je passe peut-être pour une folle, mais ça m’importe peu ! Je sais aussi que pour beaucoup le cas des chevreaux est un problème qui les chagrine. J’ai déjà rencontré des éleveurs qui procèdent à peu près de la même façon que moi, je ne suis donc pas tout à fait un cas isolé !

Quels sont tes critères quant à l’évaluation du bien-être de tes chèvres ? Ne trouves-tu pas paradoxal d’en prendre soin tout en ayant à faire un choix dur pour les chevreaux ?

L’évaluation du bien-être de mes chèvres se détermine en partie par le fait qu’elles soient ou non en bonne santé, pour le reste l’évaluation reste subjective, je pense au vu de mes observations que mes chèvres sont bien et heureuses ! Est-ce que c’est paradoxal d’en prendre soin alors que je dois faire un choix dur pour les chevreaux ? Bien sûr que c’est un terrible paradoxe, je ne pourrais pas dire le contraire pourtant je ne peux personnellement pas faire autrement que d’en prendre bien soin et de les respecter jusqu’au bout, le contraire serait impensable !

Si tu en consommes, fais-tu généralement attention à la provenance des produits alimentaires dérivés d’animaux ? Si oui, quels sont tes critères ?

Mon mari et mes enfants ne sont pas végétariens, donc bien que je cuisine en grande partie végétarien, nous sommes approvisionnés par mes beaux-parents qui élèvent vaches, cochons, poulets pour cette consommation qui est vraiment occasionnelle. Pour les produits laitiers pendant toute la durée de lactation de mes chèvres je n’achète aucun autre produit laitier, s’il m’en manque j’utilise des alternatives végétales. L’hiver quand les chèvres sont taries, j’achète un peu de fromages ou de yaourts parce que ça leur manque, je privilégie l’approvisionnement local pour des raisons écologiques et parce que je sais que les élevages sont plutôt extensifs dans notre région donc les animaux ont peu de chances d’être élevés dans les conditions inacceptables dont nous sommes nombreux à avoir entendu parler !

Quels seraient tes souhaits pour l’agriculture de demain, notamment sur la question du bien-être animal ?

Je pense qu’il est nécessaire de repenser l’agriculture en favorisant plus les cultures végétales qui nourrissent directement l’humanité et sont moins émettrices de gaz à effet de serre. Les systèmes d’élevage ont leur place, mais doivent être repensés. Dans une région comme la mienne qui est composée essentiellement de pâturage en zone montagneuse, il serait inapproprié de vouloir en faire exclusivement une région de maraîchage ou de culture de céréales ! D’autant que les animaux ont leur rôle dans l’entretien de l’espace dans la mesure où les élevages sont extensifs, je doute qu’ils fassent plus de mal à la planète en broutant l’herbe que si ces mêmes parcelles étaient entretenues avec un véhicule motorisé ?

Bon, désolée, je m’égare un peu concernant le bien être animal puisque c’était ça la question. Je pense qu’il est important de favoriser les petites structures à taille humaine en système extensif où les besoins de l’animal sont respectés dans la façon dont j’essaie de le faire. Cela suppose que l’on consomme différemment et peut-être que l’on accepte de payer un peu plus pour que ces systèmes soient viables pour les éleveurs. Cela suppose aussi parfois une évolution de la réglementation, il est par exemple complètement inacceptable qu’un élevage de poules pondeuses soient soumis à un vide sanitaire presque chaque année. Il y a un élevage de poules près de chez moi, les poules ont de bonnes conditions de vie, elles sont élevées en plein air avec véritablement beaucoup d’espace à disposition. Et bien, elles ont une espérance de vie de 13 à 15 mois tout au plus à cause de cette stupide réglementation qui contraint les éleveurs à s’en débarrasser au-delà de cette période !

Enfin, une question philosophique : penses-tu que l’éthique et le bien-être animal peuvent coexister avec la consommation de viande et de produits laitiers ?

Je pense qu’on peut veiller au bien-être animal pendant toute sa vie aussi courte soit elle, en tentant d’être objective là-dessus  j’ai quand même le sentiment d’offrir à mes animaux une vie qui vaut la peine d’être vécue !

Et l’éthique dans tout ça ? Ce qui me dérange dans cette histoire ce n’est pas le fait de manger de la viande ou des produits laitiers, le lion mange la gazelle, le chat mange la souris, un loup qui passera devant une de mes biquettes la croquera volontiers. Dans un film que j’ai vu récemment « Genesis » une phrase a retenu mon attention:  «  La vie nourrit la vie ». A supposer que nous sommes omnivores (je n’ai pas tranché sur cette question tant il existe de théories à ce sujet), il nous faut bien l’admettre mais on peut chercher des solutions pour rendre la mort des animaux qui nous servent de nourriture la plus douce possible.  Je garde toujours en tête l’image du Bushman dans le film « Les Dieux sont tombés sur la tête » qui s’excuse auprès de l’animal qu’il vient de tuer et lui explique que c’était une nécessité pour lui et sa famille. Il est vrai que dans le cas du Bushman, du lion, du chat, l’animal victime dispose de sa liberté et, entre guillemets, d’une chance d’échapper à la mort, ce qui n’est pas le cas dans l’élevage.

Pour autant je ne pense pas qu’un monde où nous rendrions à tous les animaux un mode de vie sauvage soit une solution. Ceci implique de cohabiter avec des espèces prédatrices en nombre suffisant (et ce avec les risques que cela comporte) pour réguler les populations herbivores qui ne manqueront pas d’être un problème pour nos précieuses cultures. Ou bien de confier la régulation des effectifs à des chasseurs et là on retombe dans des problèmes d’éthique où l’homme sera à nouveau responsable de la vie ou de la mort des animaux. Et en plus, on subira encore et toujours ce contre quoi je suis : l’insécurité liée au fait que des hommes se promènent avec un fusil, et une symbolique aux antipodes du monde de paix dont je rêve… Ce que je dis là est le fruit de mes réflexions personnelles sur ce que serait un monde où l’espèce humaine serait devenu complètement végétalienne même si cela semble idyllique à première vue, je ne suis pas sûre qu’on ne soit pas rattraper par de dures réalités. Mais je peux me tromper…

Je pense dans mon cas rechercher encore des solutions pour envoyer moins de chevreaux à la « casse », j’ai entendu dire que dans certains pays, ils ne faisaient mettre bas les chèvres qu’une seule fois dans leur vie pour lancer la lactation et que tant que la lactation est entretenue ça ne s’arrête plus jamais donc pas besoin de leur faire faire un petit chaque année…

Une solution à expérimenter ! Après tout, j’ai allaité jusqu’à trois ans: je confirme tant qu’on entretient la lactation ça fonctionne !

P1110294

Encore un grand merci à Amandine pour ses réponse et ses photos ! 🙂

A vos commentaires bienveillants et n’oubliez pas le concours ouvert jusqu’au 31 mars !

~En transition (2) ~ Côté pratique

       Après la théorie des villes en transition, un peu de pratique ne fait pas de tort !

      Mercredi dernier, j’ai eu l’occasion d’aller écouter Rob Hopkins présenter le principe de la transition à Namur. C’est un fabuleux orateur doté de beaucoup d’humour et ce fut un plaisir de l’écouter. Je n’ai pas appris grand chose car le principe de la transition a été présenté dans les grandes lignes mais ce fut plaisant et stimulant de se retrouver avec 600 personnes qui voyaient en ce changement un outil d’avenir, ou tout du moins y témoignaient de l’intérêt.

      Cependant, il y a deux petites choses qui me chiffonnent.

La première est l’incarnation en une personne d’une initiative qui se veut à la portée de tous, malléable, transfigurable, adaptable, … Bref, aussi multiple et différentes qu’il y a de contextes. Je me doute bien que rencontrer Rob Hopkins, « l’inventeur », avait un petit quelque chose de formidable pour les membres des différentes initiatives. Mais je rejète le dogmatisme et la supposition que, parce qu’il est à la source de l’initiative, il a toutes les réponses et son avis vaut cent autres.

Deuxièmement, j’aime l’idée que la transition dépasse la crise climatique. A se focaliser sur le « ne pas dépasser 2°C en plus sur le thermomètre mondial », il y a le risque de passer à côté de tout le reste. A mes yeux, la transition doit aider à adoucir les conséquences des changements à venir, qu’ils soient d’origine anthropique ou non, et ne pas se mettre comme objectif de les prévenir. Si elle y parvient tant mieux, si non, on aura créé un monde meilleur pour rien 😉

"Et si le changement climatique était un hoax et qu'on bâtissait un monde meilleur pour rien ? "
« Et si le changement climatique était un hoax et qu’on bâtissait un monde meilleur pour rien ? « 

 Trêve d’opinion, je vais vous montrer qu’en ouvrant la porte et en saluant votre voisin, vous pouvez faire de grandes choses !

Partie 1 : Place au collaboratif

Aux pourfendeurs de vos bonnes idées et initiatives qui ne manqueraient pas de vous sortir l’argument incomparable de « bobo » – la rhétorique devrait se retourner dans sa tombe-, ou bien vous étiqueter d’anarchiste, voici quelques faits et chiffres.

Le principe de la transition ne rejète nullement la contribution des autorités locales ou des politiques. Simplement, il faut aller au-delà du « citoyens-esseulés-cherchent-politiques-pour-faire-bouger-le-monde-à-notre-place ». Entre nous et les politiques, il y a tout un potentiel collectif à investiguer.

  • Salut voisin !

Par exemple, les transition street (« rue en transition »). Késako ?

Vous savez, tous ces voisins que vous ne connaissez pas autour de chez vous ? Et bien vous allez les inviter chez vous, autour d’un bon thé, d’une part de gâteau …ou bien de crêpes.

Et ensemble, vous allez discuter de thématiques environnementales par session : eau, énergie, déchets, alimentation, transport. Et conclure avec une petite session de synthèse, d’évaluation, de questions-réponses.

Ceci a été lancé à Totnes, berceau de la transition, afin de retisser un peu de lien social et de décloisonner les gens. Et ça marche du tonnerre ! 550 maisons se sont prises au jeu. Résultats (que je pensais avoir mal compris lors de la conférence d’ailleurs!) : une facture annuelle allégée de 570 £ par maison et une réduction annuelle PAR maison de 1,3 tonne de dioxyde de carbone (CO2 pour les intime – alias gaz à effet de serre) ! Et vous savez ce que retiennent les gens dans cette affaire ? Que c’est chouette de se rencontrer !

Évidemment, si vous êtes un(e) as de l’empreinte écologique légère, vous ne verrez peut-être pas de grande différence chez vous, mais vous pourrez très certainement faire germer le changement chez d’autres  🙂

  • Ah si seulement j’avais une bibliothèque…

Moi ce principe d’échange me parle bien… et le mieux est que c’est déclinable sous plein de formes !

Prenez, par exemple. J’aimerais bien faire des gaufres de temps en temps (et accessoirement visser notre photo-tableau dans mon salon). Mais je n’ai pas l’espace pour un gaufrier et je me servirais trop peu d’une foreuse-visseuse que pour que mon achat me semble judicieux…

Alors du coup, je fais de grands yeux quand je découvre le concept de « bibliothèque d’outils » de Villeray (Québec) dans le livre Ils changent le monde !  [1]. C’est tout simple : vous alimentez une bibliothèque avec des outils très pratiques mais souvent peu utilisés et encombrants -surtout si vous vivez en appartement- et ces outils sont prêtés au besoin. On peut étoffer le concept en organisant des ateliers thématiques et des formations pour acquérir les bases de bricolage (et éviter de demander à votre frère de venir vous aider ) comme ici .

Si vous ne vous sentez pas l’âme de mettre un groupe de la sorte sur pied – et en attendant que quelqu’un de plus motivé le fasse 😉 – vous pouvez déjà utiliser des vignettes indiquant quels sont les objets dont vous disposez et que vous acceptez de prêter occasionnellement … et bien sûr distribuer ces étiquettes à vos voisins en expliquant le principe avec un petit mot !

  • Vous reprendriez bien un bol de soupe ?

Pour conclure ce premier volet sur la convivialité active, je vais vous parler d’une chouette initiative d’origine allemande qui s’est développée en France : les Disco Soup.

Attention à ne pas renverser !
Attention à ne pas renverser !

Concrètement, c’est jour de marché et, alors que vous êtes sur le départ, vous jetez un dernier coup d’œil aux invendus et autres gueules cassées, las devant le gâchis qui va suivre… (Soupir).  Mais, arrivent à grand renfort de musique et de bonne ambiance, une troupe de jeunes motivés armés d’épluche-légumes et de couteaux qui, en deux temps, trois mouvements, transforment ces rebuts du jour en une soupe délicieuse partagée dans la rue. L’honneur des légumes est sauf, le dialogue s’installe et on papote sur le gaspillage alimentaire. Ça s’est du rendement !

C’était donc un premier tour absolument pas exhaustif sur des concepts faciles à mettre en place, à la portée de tous et qui ont le méritent d’être conviviaux, porteurs de résultats et conscientisants !

Vous connaissez des initiatives par chez vous ? Y participez-vous ?

A bientôt pour la suite  et encore plus de partage !

Une épilobe norvégienne !
Une épilobe norvégienne !

 [1] Ils changent le monde! – 1001 initiatives de transition écologique, de Rob Hopkins. Edité en français aux éditions Seuil « Anthropocène ».

Vers d’autres sociétés (1) : Les villes en transition

3, 2, 1… Partez ! Mais vers où?

Réseau de transitions

« Crise », « pétrole », « croissance »,…

« Réchauffement climatique », « catastrophes naturelles », « fonte des glaces »,…

Vous les entendez souvent ces termes-ci. Un peu trop. Après tout, qu’est-ce que vous pouvez y faire, vous, à tout ça ?

Ah ! J’en vois quelques-uns qui baissent la tête, marmonnent dans leur barbe. D’autres, qui, timides, s’interrogent : « Ne peut-on pas faire autrement » ? « Ne peut-on pas changer de direction » ?

Si. Ou tout du moins peut-on tenter d’essayer.

Aux sources de la transition

Le principe des villes en transition tire sa source de deux crises majeures : la crise économique et la crise énergétique.

La croissance économique est sur toutes les lèvres, dans tous les titres de médias. On la brandit à tout bout de champs, comme un prêtre brandirait sa croix devant un groupe d’actives Femen ! Et malheureusement on sacrifie bon nombre d’acquis, d’idées, d’avancées sur son autel.

Le problème auquel se confronte la croissance économique est que les ressources desquelles elle dépend ne sont, elles, pas infinies. A force de pousser sur l’accélérateur économique, de pourfendre les opinions à renfort de « consommation », d’« emplois », on tend à dépasser de plus en plus les ressources terriennes (Overshoot Day), tout en creusant l’écart entre les riches et les pauvres (voir le dernier rapport d’Oxfam). La dette écologique et sociale s’accentue…

En parallèle de l’économie, l’énergie. Pour répondre au dogme de la croissance, de la frénésie du toujours plus, l’économie s’est rendue particulièrement dépendante des ressources pétrolières (qui, entre parenthèses, ont l’inconvénient supplémentaire de reposer entre les mains de puissances aux investissements douteux). Le pétrole est une énergie fossile, résultant d’un processus long de plusieurs millions d’années de la transformation de matière organique (animaux et végétaux morts). Il est donc limité en quantité.

Dès lors, que deviendra notre monde, notre société lorsque le pétrole se fera rare, se fera cher, plombant par l’occasion une économie qui n’a pas voulu voir qu’elle allait tomber ?

L’après-croissance, l’après-pétrole sont à inventer. C’est là qu’intervient la transition.

livre_transition

Le principe de la transition est d’offrir une alternative face à de systèmes voués à s’effondrer. En bâtissant des systèmes de société différents, plus sobres, plus viables. Plus résilients.

Un système sera dit résilient s’il parvient à se redresser après une perturbation, tout en conservant certaines de ses propriétés initiales et un fonctionnement correct. Actuellement, nous faisons donc face à plusieurs perturbations plus ou moins imminentes. La transition permet dans un premier temps d’identifier ces perturbations et d’offrir des pistes de réflexions et des alternatives pour amortir la chute.

Rob Hopkins est l’initiateur de ce concept de transition. Il a lancé en 2006, à Totnes en Grande-Bretagne, un premier mouvement de regroupement citoyen autour cette question de l’après-pétrole.

Car la transition, c’est avant tout une démarche citoyenne. Celle de se réapproprier sa ville, son économie locale, sa voix politique. C’est s’interroger sur ses actes, réfléchir ensemble et agir collectivement pour un mieux-être global.

Cela vous dirait-il de faire un tour d’horizon des villes en transition et de leurs démarches collectives ?

En attendant, je vous invite à découvrir le réseau des initiatives de transition de Wallonie et de Bruxelles (clic)

Belle soirée !