Voyages au Sud

{Pour changer, un article sans photo mais à lire avec de la musique}

J’aime les livres qui me font rêver et voyager au cœur des paysages et des êtres, ceux qui me confrontent un peu plus à moi même comme seuls certains voyages savent le faire.

Continuons alors sur le chemin de la littérature dans le cadre de l’éco-défi de novembre chez Échos Verts et partons en voyage. Rêvons. Ouvrons des yeux tout grand pour nous imprégner des beautés de la Terre et de l’essence des humains. Voguons vers l’Amérique du Sud au côté de Luis Sepúlveda, au travers, non pas d’un, mais de deux romans.

Luis Sepúlveda, je vous avais déjà présenté un de ces ouvrages, un conte qui parle d’escargots et de héros. Il est, je pense bien, mon auteur favori. Celui chez qui je me replonge régulièrement pour réchauffer mon cœur à la flamme vibrante et battante des êtres humains qu’il saisit si bien avec leurs valeurs et leurs failles.

Originaire du Chili, il réside désormais avec sa famille en Allemagne, ayant du quitter son pays natal sous la dictature de Pinochet, après notamment un séjour en prison. Activiste dans l’âme, Luis Sepúlveda est un fervent défenseur des causes sociales, mais aussi environnementales. Deux approches qui sont, finalement, intrinsèquement liées, si pas inextricablement.

Embarquons donc pour la forêt amazonienne et la Terre de feu, dans le regard des folies et des beautés humaines.

Le vieux qui lisait des romans d’amour”

Ce roman se passe au cœur de la forêt amazonienne. On en ressent la chaleur et la grandeur des hautes cimes. Il nous retrace l’histoire d’un combat pour la dignité au travers d’une chasse au jaguar qui menace un village portuaire. Au-delà de ce fil conducteur, nous sommes plongés au cœur du dédale des activités et des valeurs humaines d’un monde qui oscille entre des tribus ancestrales avec un savoir, un mode de vie, un code d’honneur bien différents des modes occidentaux qui grignotent les équilibres complexes de la forêt.

Le personnage principal, le « vieux », se retrouve confronté à son passé et ses écueils, aux conséquences d’actes insensés et cupides qui érodent la biodiversité et les valeurs humaines. Au delà de la folie des humains, il fait parfois meilleur de rêver d’amour…

Poignant, ce n’est pas un roman que l’on quitte avec le sourire mais c’est l’un de ceux qui laisse une trace. Pour très longtemps.

“ Le monde du bout du monde ”

Embarquons ici pour un voyage vers le froid, dans la lignée du mythique Moby Dick qui fait rêver le narrateur. Plusieurs années après un premier voyage au côté des chasseurs traditionnels de baleines sur les flots de la Patagonie, le narrateur se repart au Chili pour lutter contre la flotte du Nishin-maru, célèbre baleinier japonais qui organise un massacre.

Hommage aux combats de Greenpeace, cette histoire nous replace à nouveau à cheval sur deux mondes qui, s’ils se ressemblent en apparence (les baleiniers), n’ont rien à voir l’un avec l’autre.

Luis Sepúlveda nous raconte comment une activité de survie et une passion s’insèrent dans des écosystèmes houleux que viennent (cor)rompre un peu plus les activités dictées par le profit et les gains immédiats.

C’est une ode aux liens qui nous unissent aux milieux desquels nous dépendons et qui nous rappelle à quel point les acteurs de terrain sont ancrés dans ces espaces que nous prenons, du haut de nos activités commerciales, nos démarches paternalistes et notre technocratie, comme trop souvent acquis.

Deux courts romans, 120 pages chacun, à offrir à des jeunes gens pour les éveiller aux combats complexes du monde ou à des  plus expérimentés qui veulent entrevoir un peu de lumière dans les ombres du quotidien et raviver la flamme du combat qui veille au fond de chacun.

Retrouvez la présentation littéraire d’hier chez Natasha d’Échos Verts qui nous parlait d’un autre regard sur la vie au travers de « Permaculture » et rendez-vous demain chez Valérie du blog « Peuvent-ils souffrir ? ».

L’âge des low tech

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Les temps obscurs, de retour? Pas vraiment !

Bonjour à tous !

Novembre tourne sous le signe de la collaboration. En effet, j’ai à nouveau le plaisir de participer à l’éco-défi de Natasha avec une vingtaine d’autres blogueuses.

Au cours du mois, un peu comme un calendrier de l’Avent en avance, nous allons à tour de rôle vous présenter une série de lectures engagées et inspirantes. Que ce soit pour s’informer, s’émerveiller, découvrir: le choix est là, avec des découvertes littéraires vraiment inspirantes pour petits et grands!

Pour ma part, je vais aujourd’hui vous présenter « L’âge des low  tech » de Philippe Bihouix, paru aux éditions Seuil -Anthropocène.

Divisé en 4 actes, ce livre confronte le développement de technologies dites high tech, présentées comme les incontournables d’un monde durable et vert à la réalité de la disponibilité des ressources dont ces technologies dépendent. Et bien entendu, il y a comme un léger décalage entre tout ça.

Tour à tour, l’auteur déconstruit le mythe des technologies high tech salvatrices, introduit la perspective des alternatives « low tech », propose une série d’exemples à appliquer et suggère une voie d’action politique pour s’engager sur le chemin du changement vraiment durable. Énergies vertes, nano-technologies, imprimantes 3D, dématérialisation des services, économie circulaire et recyclage passent largement sous la houlette de l’auteur, engendrant son lot de questionnement.

Ce livre est pour moi une très belle découverte. Sortant de l’univers tout beau, tout simple des technologies qui s’offrent à nous pour lutter contre le changement climatique et la pauvreté, cet ouvrage casse l’allure de greenwashing des propos majoritaires actuels pour nous confronter aux véritables causes de nos problèmes : nos comportements. Quel sens cela a-t-il d’installer d’immenses champs éoliens en pleine mer, agrémenté d’un réseau de distribution dense et dépendant de ressources limitées comme les métaux rares pour alimenter le chauffage de commerces qui restent ouverts sur la rue en plein hiver, illuminent de nuit comme de jour leurs vitrines ou incitent tout un chacun à acheter, à nouveau, trois pulls pour le prix de deux ? Nous voilà face à nos contradictions. La mondialisation nous a déconnectés de l’impact de nos actes et de nos modes de vie : s’y confronter nous oblige à interroger notre confort quotidien sous toutes ses coutures.

Très critique, ce livre pourrait aisément paraître moralisateur (il l’est d’une certaine manière) mais ce n’est compter sur le ton léger, doté d’une certaine dérision humoristique dont use l’auteur.

S’il ne délivre pas une solution toute faite à appliquer pour soulager notre conscience torturée, il offre une série d’exemples simples, applicables par nos sociétés qui concrétisent et illustrent les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Mettons notamment en avant la ré-instauration d’un service de consignes de verre local (= moins de transport), facilité par la vente de formats uniques qui permette un réemploi aisé (= système hautement modulable).

La fameuse citation  « La liberté s’arrête la où commence celle des autres » conclut l’ouvrage. Propos liberticides ? Extrémisme écologiste ? Non, juste une remise en perspective du confort de certains afin d’assurer in fine les droits de tous.

A offrir à des sceptiques fervent défenseurs des imprimantes 3D, à des personnes engagées sur la voie de la simplicité volontaire ou à de grands curieux qui aiment réfléchir sur le futur monde que nous construisons au quotidien (et à vos élus politiques!)

Chez Amaëlle du blog De Mal en Piges, vous pouviez découvrir hier  « L’art de l’essentiel » de Dominique Loreau. Demain, on change de registre: rendez-vous chez Lili (Au vert avec Lili) pour discuter alimentation.

Connaissez-vous ce livre? Avez-vous découvert des lectures inspirantes au fil des participantes? N’hésitez pas à partager vos propres coups de cœur inspirants, remuants, déreangeants ou positifs 🙂

Charly’s Angels

Charly’s Angels, c’est l’histoire d’une rencontre émouvante.

Une rencontre entre un cœur ouvert, une main tendue et la misère animale.

La rencontre de Laurence et de Charly, un chat de la rue. Cette histoire, vous pouvez la lire sur le forum de l’association en cliquant ici.

Aujourd’hui donc, je vais vous présenter une association qui œuvre dans la protection animale, Charly’s Angels. C’est sa fondatrice, Laurence, qui s’est prêtée au jeu des questions.

Laurence a toujours aimé et soigné les animaux, à poils ou à plumes. Dont les chats.

Petit à petit, ses élans se sont transformés en véritables sauvetages: la seule chose qui importait était de remettre l’animal sur pattes et le faire adopter. A cette époque, c’est plus ardu car internet n’en est qu’à ses balbutiements et les refuges tendent plus à être perçus comme des mouroirs que comme des aides potentielles. Mais le bouche à oreille fait bien son travail.

Doucement, Laurence de son statut de sauveteuse indépendante entre dans le monde de la protection animale. Un don de croquettes par-ci, un don de couvertures par-là, pour finir par devenir famille d’accueil même si elle ne partage pas forcément toutes les valeurs de l’association.

Aujourd’hui, grâce à Charly, elle œuvre pour sa propre association.

La priorité ? Les chats. Rien d’autre.

Et pour parvenir à cet objectif, Laurence peut compter sur une petite équipe de motivées.

Annie, qui gère les aspects communication sur internet.

Dominique qui s’occupe de la gestion des covoiturages

Et Sophie, qui complète l’équipe.

Quatre piliers de base pour affronter les obstacles, soutenus par un ensemble de bénévoles, de petites mains qui parviennent à faire de l’association un hommage vivant à Charly.

Je vous laisse découvrir l’interview.

D’où est née l’envie de lancer cette association? Quelle est son histoire?

L’envie est d’abord de créer une association. Quand on entre dans la misère animale, on n’a qu’une envie, c’est d’essayer d’enrayer le fléau. Mais créer une association juste pour la créer, c’est pas mon style du tout. Déjà beaucoup d’associations sont perdues entre les grosses structures et les refuges… Donc je restais famille d’accueil indépendante. 

J’ai tenté d’être famille d’accueil pour association/refuge mais il faut avoir les mêmes valeurs et dans la protection animale, malheureusement, ce n’est pas toujours l’unisson du même combat. Certains sont là pour tirer la couverture vers eux, ou se faire mousser plus simplement. 

Et puis un jour, au détour d’un de mes sauvetages je suis tombée sur Charly

Charly
Charly

Un vieux matou que personne ne regardait. Il était dans un état pitoyable. Je l’ai pris mais il était FIV+. Comme tout le monde j’ai eu peur du SIDA (Ndlr: le SIDA est la maladie qui découle de l’activation du virus, FIV chez les chats, HIV chez l’humain). Peur pour mes autres chats (à l’époque à la maison 18 chats cohabitaient). Et sur le net un tas d’idées préconçues totalement fausses circulent… 

Alors j’ai décidé de m’adresser directement aux gens qui possédaient des positifs, et là j’ai compris.

Compris qu’il fallait faire évoluer les mentalités vers la vérité.

Compris qu’il fallait une association porte-parole de ces chats.

Et le déclic c’est fait comme ça. C’est l’histoire de Charly qui a initié la naissance de l’association.

D’où proviennent les chats que vous accueillez ?

Ils sont SDF – et dans ce cas il s’agit de SOS venus de particuliers. Ou il viennent de la fourrière avec un risque d’euthanasie imminent (il arrive que certains chats soient euthanasiés directement après les résultats du test). Parfois ils viennent d’autres associations.

Un des problèmes est que les tests rapides ne sont pas entièrement fiables. Un test rapide peut révéler un positif alors qu’en faisant une PCR (prise de sang avec envoi au labo), le chat est négatif. Il faut savoir également que certains vétérinaires confondent encore le Felv (Ndlr: virus de la leucose féline) et le FIV, pas du tout pareil ne serait-ce que par le mode de transmission.

 Quels sont les objectifs à atteindre quand un chat est pris en charge? Y a-t-il un parcours général ou plusieurs voies possibles?

Les objectifs.

Le premier est déjà d’arriver à le sauver. Certains n’ont pas le temps d’être pris en charge: il est déjà trop tard.

Le second objectif c’est de leur trouver un accueil pour faire un bilan santé et/ou une mise en règle.

Le troisième objectif est de leur trouver des adoptants dans le meilleur des cas, au pire une famille d’accueil longue durée.

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Il y a plusieurs voies possibles.

Soit ceux qui lancent un SOS et sont prêts à tout pour leur sauvetage.

Soit les gens veulent s’en débarrasser à tout prix. Dans ces cas-là, il faut trouver un foyer pour les accueillir. Rien n’est jamais simple.

Nous dépendons de la bonne volonté des gens. C’est le cas notamment pour les covoiturages (qui permettent d’acheminer un chat vers une famille d’accueil par exemple). Par conséquent, il nous arrive parfois de mauvaises surprises.

A quelle fréquence recueillez-vous des animaux ? Travaillez-vous en collaboration avec d’autres organismes/partenaires (public ou privés) ?

La fréquence est variable mais conditionnée par les finances. En ce moment par exemple, nous ne pouvons plus accueillir de SOS faute de moyens financiers. Ensuite la fréquence dépend des propositions de famille d’accueils.

Les partenaires sont les vétérinaires (certains sont plus compréhensifs que d’autres et nous aident). Nous avons de bonnes relations avec d’autres associations mais essentiellement avec une (The Pattoune’s Gang) qui nous réserve des places lors de ses journées adoptions sur Paris et la région parisienne afin de favoriser l’adoption de nos FIV. 

Nous avons également été parrainé par le site Clic animaux mais nous avons des valeurs assez éloignées. Notre grand partenaire reste Actu-animaux: l’équipe qui travaille là-bas est compréhensive, toujours prête à nous aider. Nous sommes aussi sur Hellopro (anciennement Mail for good) où grâce à des clics sur des publicités les internautes peuvent nous aider gratuitement. Donéo nous reverse également une part lors d’achat d’internautes sur certains sites.

Êtes-vous confrontés à des fausses idées concernant le FIV vous empêchant d’offrir une belle vie aux chats accueillis?

Les fausses idées sont notre cheval de bataille. L’association a été créée dans un premier temps pour rétablir la vérité sur le SIDA des chats. Ensuite, il a été primordial de leur venir en aide sur le terrain. Aujourd’hui les idées avancent, l’association est connue et permet d’ouvrir des portes jusque là fermées.

Quand on voit une autre association accueillir un FIV, nous sommes soulagées (même si certains points ne sont pas encore tout à fait compris et/ou assimilés): le chat à la vie sauve, et c’est le plus important. L’idée aussi qu’il faut isoler les FIV+ n’est pas nécessaire tant qu’ils sont stérilisés et sociables. Tous nos FIV (y compris chez moi qui suis régulièrement en surnombre) vivent en harmonie avec des chats sains .

Aux lecteurs qui vous lisent, quel message, quelle prise de conscience souhaiteriez-vous faire passer en mémoire de Charly ?

J’aimerais qu’ils prennent tous le temps de lire l’histoire de Charly.

Charly est le porte-parole des FIV +. Si les gens comprennent que le SIDA n’est pas la bête noire qu’ils pensent connaître, alors Charly ne sera pas mort pour rien. 

Je m’adresse à tous ces gens qui font les tests FIV mais qui ne font pas le test PIF (péritonite infectieuse félin) ou le typhus qui fait aussi des ravages. Pourtant, la PIF est mortelle : aucune espérance de vie. La PIF tue donc, contrairement au SIDA.

Quand un chat est porteur du virus (FIV+), il peut ne jamais le déclarer, c’est-à-dire ne jamais avoir la maladie, ne jamais avoir le SIDA. Ce chat va vivre porteur. Ses défenses immunitaires seront affaiblies, il faudra bien sûr faire attention au moindre microbe pour que ça ne s’envenime pas mais je dirai tout autant que pour votre chat sain.

Quant au coût, il n’en est rien. Certains de mes chats positifs ne me coûtent qu’une visite annuelle pour le rappel de vaccin, alors que d’autres, sains et négatifs, me font passer toutes les quinzaines chez le véto. 

L’association vit uniquement de dons. Nous avons des adoptions aussi mais souvent ceux sont les famille d’accueil qui craquent ou leur famille proche, il y a peu d’adoptions spontanées. Nous devons sans cesse nous réinventer pour trouver de l’argent. Il y a la boutique avec des articles donnés, faits ou achetés par des bénévoles. Nous avons aussi des ventes aux enchères d’articles donnés par nos bénévoles. On organise des tombolas ou des concours photos.

C’est beaucoup de travail en supplément de tout le quotidien et des urgences.

On aimerait recevoir un peu plus d’aides, financières et humaines.

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Retrouvez Charly’s Angels sur leur page Facebook et sur leur forum.

Rappel: n’oubliez pas le concours dans le cadre de l’éco-défi jusqu’au 31 mars !

Amandine et ses chèvres

Depuis le début de l’éco-défi, je souhaitais donner la parole à un éleveur. Les livres sensibilisant au bien-être animal dans le cadre de l’élevage font (trop) souvent la part belle à l’élevage intensif, si mécanisé et monétarisé qu’on pourrait plus aisément parler d’usine de production.

Malheureusement, c’est vrai, ce sont ces élevages-là qui offrent la majorité des produits animaux. Pourtant, de petits éleveurs, et éleveuses, persistent, se développent. Des éleveurs sensibles au bien-être de leurs animaux en tant qu’êtres-vivants. Dans son livre “Faut-il manger les animaux?”, Jonathan Safran Foer était parti à la rencontre d’un couple qui élevait des vaches afin de leur offrir une belle vie avant qu’on les tue pour leur viande. Il parlait du concept de “viande heureuse”.

On ne parlera pas directement de viande ici, mais de lait. Car Amandine a bien gentiment répondu à mes questions afin de vous présenter son activité d’éleveuse de chèvres.

Faisons les présentations.

Amandine et son mari élèvent des chèvres en Auvergne à 1000m d’altitude. Leur troupeau se compose actuellement de 25 chèvres, trois boucs et d’une trentaine de chevreaux.

Par coup de cœur mais aussi par choix de privilégier une race plus rustique, ils ont décidé d’élever des chèvres de la race Rove, plutôt que les habituelles Alpine et Saneen.

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Contrairement à ces deux races, la Rove produit moins de lait, mais en revanche celui-ci est de grande qualité, plus doux et plus crémeux. Idéal donc pour la fromagerie !

Leur élevage en est à ses débuts: Amandine et son mari travaillent tous deux en dehors de leur exploitation, elle dans la vente à domicile de produits d’entretien et cosmétiques écologiques et lui dans le secteur des travaux publics. Lentement mais sûrement, ils construisent le cheptel. L’initiative est partie de 10 chevrettes élevées au biberon alors qu’elles n’avaient que quelques jours et étaient destinées à la boucherie. L’idéal étant notamment d‘obtenir des chevrettes plutôt que des chevreaux afin d’augmenter la taille du troupeau laitier. Cette année, leur chèvrerie accueille environ 20 chevrettes, l’objectif à terme étant d’avoisiner la cinquantaine. Sensibles au respect de l’environnement, Amandine et son mari conduisent leur élevage selon les règles de l’agriculture biologique, sans pour autant avoir introduit – pour l’instant- de démarche de certification.

Place aux questions !

Qu’est ce qui t’a motivée à lancer un élevage de chèvres ?

J’ai toujours aimé le contact avec les animaux, je monte à cheval depuis l’âge de 6 ou 7 ans et j’ai eu mon premier cheval à 16 ans, en parallèle mes parents ont eu la chance d’acquérir une belle maison à la campagne dans la région où je me suis installée aujourd’hui. Après une vie citadine j’avais soif de nature et la vie à la ferme m’attirait. A 18 ans j’ai commencé et vite arrêté des études de sociologie, ce n’était pas ma voie. Je rêvais d’une vie à la campagne avec pleins d’animaux autour de moi, le milieu de l’équitation me tentait et je me suis tournée d’abord vers ça. Je voulais monter une ferme équestre avec des chevaux bien sûr et pleins d’autres animaux, puis au fil des formations et des rencontres, mais aussi de mes questionnements je me suis un peu détournée de cela. J’avais peur de ne pas réussir à accepter d’ « embêter » les chevaux (parce que c’est souvent le cas) avec des touristes qui veulent juste se divertir un moment sans aucune connaissance et sans se soucier du cheval qu’ils montent. Par ailleurs les nombreuses personnes que j’avais autour de moi qui tentaient de vivre de l’équitation de loisirs me disaient que c’était difficile et qu’il ne fallait pas faire que ça. Ce discours a été beaucoup repris lorsque j’étais en formation, je me suis en fait tournée vers un Brevet professionnelle de responsable d’entreprise rural qui est l’équivalent du diplôme nécessaire pour s’installer en agriculture. Mon projet ne misait pas que sur une activité d’équitation de loisirs mais sur un aspect ferme pédagogique également que je pensais suffisant pour être viable, mais apparemment ça ne l’aurait pas été. En parallèle j’expérimentais ce que signifiait le fait d’avoir pleins d’animaux, un peu de chaque: chevaux, chèvres, moutons, poules, chiens, chats… Pour les chevaux, pas de problème, à partir du moment où ils ne sont pas tout seuls dans un pré, tout va bien, leur équilibre est respecté, mais pour les chèvres en avoir juste deux ou trois c’est à devenir chèvres justement ! Les demoiselles, et ça je suis en mesure de le confirmer aujourd’hui ne sont (à peu près) capables de rester tranquilles dans leur pré que lorsqu’elles sont en troupeau, à deux ou trois elles semblent trouver qu’elles seraient mieux en notre compagnie ce qui peut parfois poser problème quand on ne souhaite pas qu’elles déjeunent avec nous sur la terrasse ou qu’elles profitent d’une porte ouverte pour s’installer dans le salon. Pourtant je craquais complètement pour les biquettes, ce sont des animaux très attachants, petit à petit l’idée a donc fait son chemin celle d’élever des chèvres mais pas juste une ou deux et être obligée de les attacher parce qu’elles sont ingérables, mais tout plein !

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Ce qui me posait problème dans cette histoire c’est ma grande sensibilité envers les animaux, à l’époque j’étais déjà végétarienne depuis longtemps et l’idée d’élever des chèvres pleines de vie et heureuses me bottait mais en revanche le problème des chevreaux qui allaient naître chaque année et qu’on ne pourrait pas garder beaucoup moins. J’ai commencé par me dire qu’il fallait me faire à cette idée et m’y résigner. Ensuite  nous avons été rattrapés par pleins d’autres difficultés donc ce souci est devenu « secondaire » entre guillemets. Nous avons beaucoup galéré pour nous installer réellement en tant qu’agriculteur, les difficultés étaient telles qu’à un moment donné nous avons arrêté, nous avons presque laissé tomber. Puis les années passant l’envie de vivre en compagnie des chèvres et de partager notre quotidien avec était toujours là et nous avons finalement réussi à recommencer. Les difficultés se lèvent une par une petit à petit. Je ne vous cache pas que les questions et les problèmes d’éthique que cela me pose sont toujours là, je n’ai finalement pas choisi de me roder, je n’aime toujours pas cette étape de ma vie de chevrière, mais je la regarde différemment car je sais aussi aujourd’hui très bien pourquoi j’ai fait ce choix. Et je réfléchis, réfléchis beaucoup à comment faire au mieux et pourquoi pas autrement !

Quelle est ta définition du bien-être animal ?

Pour moi respecter le bien-être animal, c’est prendre en compte différents critères qui peuvent varier selon les espèces. Il va de soi que, dans tous les cas, les animaux doivent disposer d’une nourriture et des soins adaptés à leur cas pour leur garantir une bonne santé. Dans le cas des chèvres, elles ont par ailleurs besoin de vivre en troupeau, elles aiment crapahuter dans des endroits escarpés, glaner des ronces, des fleurs et des feuillages variés ! C’est pourquoi j’ai choisi de faire pâturer mes chèvres alors que beaucoup d’éleveur pratique le zéro pâturage. Les chèvres sont dans ce cas nourries à l’intérieur d’un bâtiment dans lequel elles séjournent à longueur de temps, les mieux loties d’entre elles disposent d’une aire de détente. L’avantage de cette façon de faire est qu’il est plus facile de lutter contre le parasitisme et les chèvres sont plus productives car elles ne dépensent pas d’énergie à se nourrir. Cette façon d’envisager l’élevage suppose aussi bien souvent que les chèvres soient écornées. Je n’ai pas non plus fait ce choix car  je pense par ailleurs que dans la notion de respect animal entre en jeu tout ce qui touche au respect de leur nature profonde. J’ai choisi dans cette idée également de respecter la saisonnalité des chaleurs, mes chèvres sont saillies naturellement par un bouc quand c’est la période des chaleurs.  A la mise-bas, leur instinct de mère est respectée, nous ne retirons pas les chevreaux à la naissance, elles peuvent ensuite les allaiter naturellement, ceci est plus naturel et respectueux des chevreaux également !

Le petit bonus : puisque ce sont des animaux domestiques et qui prouvent leur attachement à l’homme chaque jour, je ne me prive pas de les câliner, leur faire des bisous, bref de les aimer de tout mon cœur !

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Comment cela se passe-t-il pour obtenir le lait essentiel à ta fromagerie ?

Mes chèvres mettent généralement bas en février, les chevreaux ne sont pas séparés à la naissance, ils tètent leur maman pendant un mois, un mois et demi puis on amorce le sevrage en diminuant le nombre de tétée (de deux on passe à une) et on apporte un complément sous forme de granulé adapté à leur âge. Nous pouvons alors commencer à traire nos chèvres une fois par jour et quand le sevrage est définitif on peut passer à deux traites. Nous avons fait le choix de traire à la main, j’aime le contact avec les animaux ce n’est pas pour mettre de la distance via une machine. Elles se laissent toutes traire de bon gré après une petite période d’adaptation pour les plus jeunes, nous ne les attachons pas pendant l’exercice.

Pour l’instant nous n’avons pas un effectif suffisant pour que notre élevage soit viable donc nous gardons toutes les femelles, c’est la joie puisque nous en avons eu beaucoup cette année ! Mais pour les mâles c’est un problème et à l’avenir ça le sera aussi pour les femelles puisque nous ne pourrons pas toutes les garder. Pour le moment nous avons presque toujours trouvé à les vendre à des particuliers ou à des marchands (la question ça reste leurs devenirs… certains seront mangés d’autres seront élevé pour la reproduction). Je me réconforte en me disant que c’est la meilleure solution pour eux parmi toutes celles qui existent, leur vie est certes courte pour certains mais respectée et leur condition de vie est paisible. Dans certains élevages, les chevreaux sont tués à la naissance pour avoir le lait de leur mère plus vite et plus longtemps. Comme je l’ai évoqué, je déteste avoir à faire cela mais soyons réaliste je ne peux pas garder tous les chevreaux de la terre.

J’aurai pu choisir de ne pas les élever, je pourrai être purement végétalienne pour ne cautionner aucune forme de cruauté envers les animaux…mais dans cette idée il faudrait accepter de voir tous ces animaux disparaître, comme on le voit déjà pour certaines races ou catégories d’animaux. Car en effet, qui élèvera quelques chèvres comme ça pour le plaisir ou par amour de l’animal ? Ou une vache…eh, eh ? Pas grand monde… et dans cette logique on élèvera toujours des femelles, les mâles, il faut admettre, que c’est plus délicat à gérer, donc le problème tant décrié de la discrimination se posera. J’évoque cela car je lis souvent des articles sur le fait que ce qui se passe par exemple dans les élevages de poules est horrible (attention mon propos n’est pas de dire le contraire) puisque pour pondre des œufs nous n’avons besoins que de ces dames, les poussins mâles sont donc broyés à la naissance ! Il se trouve que mes trois boucs cohabitent bien, mais j’ai eu le cas de deux béliers qui se sont battus à mort… et je n’évoque pas la question de leur caractère mais ça tombe sous le sens qu’il sera plus facile de créer des liens avec une chèvre ou une vache qu’avec un bouc ou un taureau sans risquer sa vie ! Quant au fait de respecter leur nature en laissant mâles et femelles ensemble, je vous laisse imaginer les problèmes de surpopulation qui nous guettent… On peut bien sûr envisager de castrer ces messieurs pour contourner le problème, mais il faudra veiller à ne pas laisser s’éteindre les espèces en conservant trop peu de reproducteurs et faire attention aux problèmes de consanguinité qui se posent immanquablement lorsque les espèces sont sous-représentées !

Quand j’étais jeune, j’étais révoltée par ce discours de certaines personnes qui soutenaient que si on n’élevait pas les animaux pour la viande ils disparaîtraient, mais ça semble être une réalité. On peut citer l’exemple du cheval de trait qui n’intéressait plus beaucoup de monde à un moment donné quand est venu le temps où il a été remplacé par des machines pour les travaux des champs et bien ce sont malheureusement les mesures pour relancer la filière viande qui l’ont sauvé, c’est triste à dire mais c’est ainsi !

Les personnes qui s’approvisionnent chez toi te posent-elles parfois la question? Expliques-tu parfois spontanément la procédure qui te permet d’obtenir le lait ?

Bien sûr, la question m’est parfois posée. Jusqu’à maintenant je n’avais qu’une toute petite production donc pas encore vraiment de clientèle à proprement parler. Je faisais des fromages avant tout pour notre consommation familiale et je faisais profiter de mon surplus de production aux amis, à la famille et aux voisins. On procédait plutôt à des échanges (des fromages contre un service par exemple) ça m’a permis de me faire la main et d’avoir leur avis sur ce que je faisais. Les gens aiment bien prendre le temps de poser des questions mais pour l’instant je ne l’explique que si on me le demande. Cette année je pense pouvoir commencer à vendre ma production mais seulement en direct à la ferme. Si un jour je fais des marchés, je pense créer un support de communication pour mettre en avant ma façon d’envisager l’élevage.

 

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Face aux réponses, le cas échéant, quelle est la réaction des gens ?

J’ai un public rural, ils ont bien souvent une idée de la question, ce qui suscite l’intérêt chez les gens c’est qu’avec mes pratiques même si je n’aime pas le dire de cette façon je produis une viande de grande qualité ! A l’heure où la traçabilité n’a jamais été une notion aussi importante il existe peu de créneaux pour valoriser cela !

Comment les autres éleveurs perçoivent-ils ton approche ? Sont-ils plutôt critiques, intéressés, réfractaires ?

Je n’évoque pas forcément mes pratiques dans le détail, je sais que, pour certains, mes pratiques semblent aberrantes et certainement pas rentables…

J’entends parfois quelques remarques qui me laissent comprendre que je ne suis pas sur la bonne voie, celle du « ce qui se fait », au pire je passe peut-être pour une folle, mais ça m’importe peu ! Je sais aussi que pour beaucoup le cas des chevreaux est un problème qui les chagrine. J’ai déjà rencontré des éleveurs qui procèdent à peu près de la même façon que moi, je ne suis donc pas tout à fait un cas isolé !

Quels sont tes critères quant à l’évaluation du bien-être de tes chèvres ? Ne trouves-tu pas paradoxal d’en prendre soin tout en ayant à faire un choix dur pour les chevreaux ?

L’évaluation du bien-être de mes chèvres se détermine en partie par le fait qu’elles soient ou non en bonne santé, pour le reste l’évaluation reste subjective, je pense au vu de mes observations que mes chèvres sont bien et heureuses ! Est-ce que c’est paradoxal d’en prendre soin alors que je dois faire un choix dur pour les chevreaux ? Bien sûr que c’est un terrible paradoxe, je ne pourrais pas dire le contraire pourtant je ne peux personnellement pas faire autrement que d’en prendre bien soin et de les respecter jusqu’au bout, le contraire serait impensable !

Si tu en consommes, fais-tu généralement attention à la provenance des produits alimentaires dérivés d’animaux ? Si oui, quels sont tes critères ?

Mon mari et mes enfants ne sont pas végétariens, donc bien que je cuisine en grande partie végétarien, nous sommes approvisionnés par mes beaux-parents qui élèvent vaches, cochons, poulets pour cette consommation qui est vraiment occasionnelle. Pour les produits laitiers pendant toute la durée de lactation de mes chèvres je n’achète aucun autre produit laitier, s’il m’en manque j’utilise des alternatives végétales. L’hiver quand les chèvres sont taries, j’achète un peu de fromages ou de yaourts parce que ça leur manque, je privilégie l’approvisionnement local pour des raisons écologiques et parce que je sais que les élevages sont plutôt extensifs dans notre région donc les animaux ont peu de chances d’être élevés dans les conditions inacceptables dont nous sommes nombreux à avoir entendu parler !

Quels seraient tes souhaits pour l’agriculture de demain, notamment sur la question du bien-être animal ?

Je pense qu’il est nécessaire de repenser l’agriculture en favorisant plus les cultures végétales qui nourrissent directement l’humanité et sont moins émettrices de gaz à effet de serre. Les systèmes d’élevage ont leur place, mais doivent être repensés. Dans une région comme la mienne qui est composée essentiellement de pâturage en zone montagneuse, il serait inapproprié de vouloir en faire exclusivement une région de maraîchage ou de culture de céréales ! D’autant que les animaux ont leur rôle dans l’entretien de l’espace dans la mesure où les élevages sont extensifs, je doute qu’ils fassent plus de mal à la planète en broutant l’herbe que si ces mêmes parcelles étaient entretenues avec un véhicule motorisé ?

Bon, désolée, je m’égare un peu concernant le bien être animal puisque c’était ça la question. Je pense qu’il est important de favoriser les petites structures à taille humaine en système extensif où les besoins de l’animal sont respectés dans la façon dont j’essaie de le faire. Cela suppose que l’on consomme différemment et peut-être que l’on accepte de payer un peu plus pour que ces systèmes soient viables pour les éleveurs. Cela suppose aussi parfois une évolution de la réglementation, il est par exemple complètement inacceptable qu’un élevage de poules pondeuses soient soumis à un vide sanitaire presque chaque année. Il y a un élevage de poules près de chez moi, les poules ont de bonnes conditions de vie, elles sont élevées en plein air avec véritablement beaucoup d’espace à disposition. Et bien, elles ont une espérance de vie de 13 à 15 mois tout au plus à cause de cette stupide réglementation qui contraint les éleveurs à s’en débarrasser au-delà de cette période !

Enfin, une question philosophique : penses-tu que l’éthique et le bien-être animal peuvent coexister avec la consommation de viande et de produits laitiers ?

Je pense qu’on peut veiller au bien-être animal pendant toute sa vie aussi courte soit elle, en tentant d’être objective là-dessus  j’ai quand même le sentiment d’offrir à mes animaux une vie qui vaut la peine d’être vécue !

Et l’éthique dans tout ça ? Ce qui me dérange dans cette histoire ce n’est pas le fait de manger de la viande ou des produits laitiers, le lion mange la gazelle, le chat mange la souris, un loup qui passera devant une de mes biquettes la croquera volontiers. Dans un film que j’ai vu récemment « Genesis » une phrase a retenu mon attention:  «  La vie nourrit la vie ». A supposer que nous sommes omnivores (je n’ai pas tranché sur cette question tant il existe de théories à ce sujet), il nous faut bien l’admettre mais on peut chercher des solutions pour rendre la mort des animaux qui nous servent de nourriture la plus douce possible.  Je garde toujours en tête l’image du Bushman dans le film « Les Dieux sont tombés sur la tête » qui s’excuse auprès de l’animal qu’il vient de tuer et lui explique que c’était une nécessité pour lui et sa famille. Il est vrai que dans le cas du Bushman, du lion, du chat, l’animal victime dispose de sa liberté et, entre guillemets, d’une chance d’échapper à la mort, ce qui n’est pas le cas dans l’élevage.

Pour autant je ne pense pas qu’un monde où nous rendrions à tous les animaux un mode de vie sauvage soit une solution. Ceci implique de cohabiter avec des espèces prédatrices en nombre suffisant (et ce avec les risques que cela comporte) pour réguler les populations herbivores qui ne manqueront pas d’être un problème pour nos précieuses cultures. Ou bien de confier la régulation des effectifs à des chasseurs et là on retombe dans des problèmes d’éthique où l’homme sera à nouveau responsable de la vie ou de la mort des animaux. Et en plus, on subira encore et toujours ce contre quoi je suis : l’insécurité liée au fait que des hommes se promènent avec un fusil, et une symbolique aux antipodes du monde de paix dont je rêve… Ce que je dis là est le fruit de mes réflexions personnelles sur ce que serait un monde où l’espèce humaine serait devenu complètement végétalienne même si cela semble idyllique à première vue, je ne suis pas sûre qu’on ne soit pas rattraper par de dures réalités. Mais je peux me tromper…

Je pense dans mon cas rechercher encore des solutions pour envoyer moins de chevreaux à la « casse », j’ai entendu dire que dans certains pays, ils ne faisaient mettre bas les chèvres qu’une seule fois dans leur vie pour lancer la lactation et que tant que la lactation est entretenue ça ne s’arrête plus jamais donc pas besoin de leur faire faire un petit chaque année…

Une solution à expérimenter ! Après tout, j’ai allaité jusqu’à trois ans: je confirme tant qu’on entretient la lactation ça fonctionne !

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Encore un grand merci à Amandine pour ses réponse et ses photos ! 🙂

A vos commentaires bienveillants et n’oubliez pas le concours ouvert jusqu’au 31 mars !

Bilan et partage autour de l’éco-défi

L’aventure de cet éco-défi organisé par Natasha est très enrichissante: les échanges à la fois sur le groupe Facebook et les articles publiés sont une source continue de réflexions et de questionnements. Alors, merci à toutes (il y a un homme qui s’était manifesté je pense, il excusera le pluriel féminin 😉 ) car au final, c’est grâce à l’émulation de groupe que nous parvenons à des résultats et avançons, chacune à notre rythme.

Nous voilà donc mi-mars, à la moitié de l’éco-défi. Récapitulons.

Natasha nous a présenté:

– Ses objectifs quant à l’éco-défi ainsi que sa relation aux animaux

– 7 interviews qui démontrent la complexité de nos relations avec les animaux: celle de Clémentine et les chevaux, Nina l’éleveuse, Daphné la future vétérinaire, Elise et le poulailler pédagogique, Valérie bénévole dans un refuge, Julie et son parcours vers le véganisme et l’interview de Jo-Anne McArthur, photographe de détresse animale (VF ou VO)

– 1 interview à la rencontre de la L214

– 2 critiques littéraires: Le manifeste pour les animaux et Plaidoyer pour les animaux

– La présentation de 5 documentaires sur l’exploitation animale

– De bons conseils pour adopter un animal

De mon côté, j’avoue ne pas avoir eu autant de temps que je l’aurais souhaité pour vous parler de tout ce que je voulais. Mais rassurez-vous, des articles paraîtront encore ce mois-ci et d’autres suivront certainement par après ! Ici, vous pouvez donc découvrir:

– Quelques incroyables cultures animales

– Un questionnement sur le bien-être animal dans le cadre du cinéma

Les interviews d’Amandine qui nous parle de ses chèvres et de Laurence qui présente son association « Charly’s Angels »

Ce n’est donc pas fini… mais nous savons que vous êtes nombreuses à vouloir poursuivre votre réflexion une fois le 31 mars passé. C’est pourquoi nous avons décidé de vous proposer…

Un concours !

Sont à gagner un exemplaire de « Plaidoyer pour les animaux » de Matthieu Ricard – dont vous pouvez découvrir un aperçu dans l’article du jour de Natasha ainsi qu’un exemplaire de « Faut-il manger les animaux? » de Jonathan Safran Foer.

Ce concours est éligible aux personnes habitant en Europe.

Quelles sont les conditions de participation?

1° Être inscrit à l’éco-défi

2° Laisser en commentaire sous cet article quel a été votre article préféré durant l’éco-défi et pourquoi.

3° Une fois l’étape 2 réalisée, remplir ce formulaire pour laisser vos coordonnées et choisir le livre que vous souhaiteriez gagner.

Le concours est ouvert jusqu’au 31 mars, n’hésitez pas à patienter pour découvrir les articles à venir ! 😉

On se retrouve très bientôt, d’ici là, n’oubliez pas d’observer la vie autour de vous !

Colonie de mouettes tridactyles en Norvège.
Colonie de mouettes tridactyles en Norvège.

 

Opinion express: du loup à la question

Quand j’ai vu l’affiche du film, je me suis dit : “Oh ! J’irai le voir”.

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La Mongolie, le côté sauvage de ses steppes, les loups, la révolution culturelle: tout ça me plaisait et comme j’ai besoin d’évasion, ce film me semblait parfait !

Et puis j’ai lu un article dans un journal (Metro, qui égaie les trajets en train en Belgique pour les non-initiés).

Cet article notamment expliquait que les loups avaient été tout spécialement élevés pour le film. Le réalisateur aurait pu avoir recours à des images de synthèse mais il préférait le réalisme vivant de l’animal et chair et en os. Le flot de question commença donc.

Mais d’où venaient ces loups? D’un zoo? Ou d’une filière qui avait trouvé une aubaine et commercialisé des animaux capturés ?

Je viens à l’instant de trouver un article qui spécifiait que les loups venaient d’un zoo chinois (Harbin) mais explique que des scènes de chasse des chevaux par les loups ont été véritablement tournées.

Quel est/serait donc l’impact éthique des films que nous visionnons sur les animaux du casting? Ne vous méprenez pas: des loups qui chassent pour survivre, c’est dans l’ordre des choses. Mais qu’on élève des animaux pour un film et que ceux-ci soient soumis à des stress (voir même à la mort) pour le plaisir télévisuel m’interpelle.

Au final, je ne pense pas que j’irai voir le film, mais je lirais volontiers le livre dont il s’inspire !

Vous êtes vous déjà posé la question de l’éthique animale au cinéma?

Qu’en pensez-vous ? Irez-vous voir le film ?

Article écrit dans le cadre de l’éco-défi « Apprendre à connaître, respecter et protéger les animaux »

Kaluchua – Culture animale

Chez mon père, notre porte d’entrée comporte un heurtoir qui fait usage de sonnette. Un après-midi, quelqu’un frappe à la porte. On ouvre. Personne ne semble présent dans l’entrée, du moins à hauteur d’homme. Pourtant, Figaro, mon beau grand chat noir qui à l’époque devait avoir environ 1 an vient de rentrer dans le corridor. Stupeur. Il aurait frappé volontairement à la porte? Cela semble un peu fort quand même: nous mettons ça sur le coup du vent, du hasard … 

Le lendemain, on frappe à la porte. On s’en va ouvrir: Figaro rentre. Et il sera ainsi, de jour comme de nuit (oui, de nuit aussi) durant plus de 17 ans. Mon chat a appris à frapper à la porte. Le pire, c’est que si on n’ouvre pas vite assez, il le fera plusieurs fois d’affilée (en fonction de la météo vous voyez). Et il frappera également pour faire rentrer un de nos autres chats (trop petite que pour atteindre le heurtoir) SANS rentrer lui-même. Nous n’avons jamais su comment il avait trouvé l’astuce. Est-ce qu’en s’étirant sur la porte il aurait bouger au heurtoir et donc aurait assimilé cela à l’ouverture de la porte ? Ou bien aurait-il observer quelqu’un et reproduit de geste ? Il m’a fallu du temps avant de le voir de mes yeux frapper à la porte étant donné qu’il ne se donnait pas la peine de frapper à la porte si j’étais dehors avec lui (a priori, je pouvais le faire rentrer facilement). Je ne sais pas si nos autres chats ont jamais essayé. Le heurtoir est fort haut, tous n’ont pas la taille suffisante que pour l’atteindre. Le fait est que Figaro a appris à frapper à la porte pour qu’on vienne lui ouvrir et lui permettre de rentrer. 

Figaro, mon beau chat noir.
Figaro, mon beau chat noir.

Ce débat sur la capacité d’un animal non-humain à apprendre dans une démarche qui sort du schéma « action-récompense-réitération » fait des émules parmi le monde l’éthologie ( = étude du comportement animal) et de la psychologie. Pour inaugurer cette première semaine de l’éco-défi du mois de mars, j’ai envie de partager avec vous quelques histoires intéressantes sur la culture animale.

Kaluchua, quand Descartes rencontre l’Orient

Qu’entends-je par culture animale ? Vous êtes familiers d’un certain Charles D. Qui a donné son nom à une célèbre théorie scientifique : le darwinisme, théorie actuellement en usage pour expliquer l’évolution des espèces. L’évolution des espèces repose sur une base génétique. Cependant, en parallèle, on observe des phénomènes de transmission culturelle dans certains groupes d’animaux. La culture animale englobe les innovations propres à un groupe d’animaux et se propage au fil des générations, non pas par voie génétique, mais par le biais de l’apprentissage social.

Je ne vous dis pas à quel point ce concept fut vu comme un pavé dans la mare ! Certains parlent carrément de « révolution copernicienne des sciences de la vie ».[1]

A ce point-là me direz-vous ? Oui. Nous sommes au XXème siècle, période où perdure le concept d’animal-machine de Descartes. Au-delà de aspects philosophiques de l’être, Descartes a également profondément affecté le monde de l’éthologie. Les animaux non-humains sont considérés comme des machines à la belle mécanique et aux rouages bien huilés réagissant à une série de stimuli externes et internes selon un schéma fixé par la génétique. Ils n’ont ni conscience, ni raison. Ils ne sont qu’instincts.

Les sciences ont généralisé les approches dites « réductionnistes » : en homogénéifiant l’ensemble des conditions et paramètres d’une étude, cela permet de travailler sur un facteur d’intérêt, sans bruit de fond ni interférence. Le contrôle est de mise. Une bonne expérience doit être reconductible : sans cela, elle ne vaut (quasi) rien.

Imaginez alors la perplexité des scientifiques de laboratoire quand les hommes et femmes de terrain – notamment des primatologues- ont commencé à leur rapporter des observations de « cultures » animales. L’accueil fut glacial, pour ne pas dire méprisant dans certains cas.

Parmi ces scientifiques de terrain, il y a l’anthropologue-écologue Kinji Imanishi. C’est à lui qu’on doit le terme kaluchua, propre à la culture animale mais peu utilisé.

Place aux histoires !

Imo, ses patates douces et son blé

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Macaque japonais – « Snow Monkeys, Nagano, Japan » by Yblieb – Own work. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Japon, sur l’île de Koshima. Afin de pouvoir approcher un groupe de macaques (Macaca fuscata), l’équipe japonaise de Kinji Imanishi décide de les appâter avec des patates douces. Les singes mangent les tubercules crus, l’étude du groupe se poursuit. Jusqu’au jour où…

On constate qu’une femelle, Imo, va préalablement laver au ruisseau la patate qui fera son repas. Lavé, le tubercule est sûrement plus savoureux que terreux ! Un comportement que beaucoup de scientifiques occidentaux auraient qualifié d’anecdotique mais que l’équipe japonaise a suivi avec grand attention. Et ils ont eu raison.

Petit à petit, les habitudes du groupe changent. La mère d’Imo, ses compagnons du même âge découvrent qu’au final, une patate douce lavée est bien meilleure ! Les jeunes suivent le mouvement de la nouveauté et après plusieurs années, seuls les rétifs mâles âgés continuent de manger leurs patates douces terreuses ! La gastronomie ne s’arrête pas là : Imo va même jusqu’à laver sa patate douce dans l’eau de mer. Ce comportement nouveau deviendra une habitude alimentaire au sein du groupe, transmise aux plus jeunes par l’observation de leur mère.

Lavage de patates douces -  Photo : Japanese Monkey Center, Aichi
Lavage de patates douces – Photo : Japanese Monkey Center, Aichi

Voilà pour l’histoire des patates douces. Mais la créativité ingénieuse d’Imo ne s’arrête pas là. Et je suis sûre que beaucoup d’entre nous n’aurait tout simplement pas penser à faire ce qui va suivre.

En plus des patates douces, les chercheurs distribuaient des grains de blé, lancés sur la plage. Les macaques triaient donc les petits grains dorés à même le sable. Jusqu’au jour où Imo prit par poignées les grains mélangés au sable pour… les jeter dans l’eau. Le sable plus dense coulait, les grains appétissants flottaient : le tour était joué ! Tout comme pour le lavage des patates douces, le tri du blé par densité entra dans les habitudes culturelles du groupe. Une révolution culturelle !

Les mésanges de Swaythling

Parmi les oiseaux, ceux sur lesquels on aurait beaucoup à raconter, ce sont les corvidés. J’aurai sûrement l’occasion de vous en reparler. Aujourd’hui, le devant de la scène est aux mésanges bleues, un des plus beaux exemples de comportement culturel que je connaisse !

mesangeRetour sur le sol européen, plus précisément anglais, dans la vile de Swaythling. Nous sommes en 1921, et le livreur de lait vient de déposer sur le pas de votre porte la bouteille journalière, prélude à votre thé du matin. A peine levé, vous vous réjouissez de découvrir le lait frais, et d’agrémenter votre breakfast de la crème en surface. Malheur pourtant ! Un éhonté voleur a rompu le couvercle et siphonné l’onctueux délice… Vos voisins compatissent, évidemment. Jusqu’au jour où, eux aussi, sont victimes du larcin. Quel espiègle garnement s’amuse donc à siroter la crème du lait journalier ?

Vous l’aurez devinez bien sûr : les mésanges bleues ! Les petites intrépides, une fois le livreur parti, en profitaient pour percer l’opercule, et ni une, ni deux, se délectaient de la crème de lait !

De jour en jour, le mouvement s’amplifie : de l’anecdote qui fait sourire, cela devient un phénomène national en 1941. Il était impossible que la transmission génétique soit à l’origine de ce mouvement, au regard de la vitesse de propagation. Le pillage avait dû se répandre dans la population anglaise par le biais d’imitation ou d’apprentissage. Une innovation non dictée par les gènes. Un comportement non instinctif, càd qui n’était pas le résultat automatique d’une série de stimuli. Une observation renversante qui a bien failli rester de l’ordre de l’anecdote, les chercheurs y travaillant ayant conclu « qu’en l’absence de preuves expérimentales plus précises, il n’est pas fructueux de poursuivre la discussion ». Heureusement que l’équipe d’Imanishi est arrivée à cette période.

Les noix de Taï

Retour chez les singes, les chimpanzés de la forêt de Taï cette fois-ci, en Côte-d’Ivoire.

Si l’on a longtemps admis que les outils étaient le propre de l’humain, bien des espèces nous ont donné à revoir notre copie ! Dans cette communauté de chimpanzés, un marteau et une enclume sont soigneusement sélectionnés afin d’ouvrir des noix de coula, résistantes à une pression de 1,5 tonnes, dont les amandes offrent un apport en énergie non-négligeable. Cette pratique est typique de la communauté et requiert un long apprentissage (8 ans environ) dans le choix et le maniement des outils, apprentissage généralement supervisé par la mère.

Chimpanzé de la la forêt de Taï s'exerçant au cassage de noix. Photo tirée de van Schaik, 2012
Chimpanzé de la la forêt de Taï s’exerçant au cassage de noix. Photo tirée de van Schaik, 2012

L’idée de la transmission par observation et imitation est admise au sein des psychologues : l’animal est capable de faire le lien entre ses actes et le résultats. Par contre, la possibilité qu’il existe une théorie de l’esprit chez les primates non-humains est au mieux farfelue, au pire inadmissible. Qu’est-ce donc que la théorie de l’esprit ? C’est ce qui consiste à attribuer une intention, des croyances à autrui. Admettons que vous venez de ranger du chocolat dans l’armoire. Votre amoureux(-se) décide, pour vous faire une blague, de le cacher sous l’oreiller. Puis, nonchalamment, vous dit qu’il aimerait bien un chocolat chaud à la cannelle. De bonne volonté, vous partez donc chercher le chocolat… Où ça donc ? Dans l’armoire ! En lisant cet exemple vous saviez que l’armoire était l’endroit connu du rangement, vous avez attribué une croyance à un personnage (= où allait-il chercher le chocolat ) tout en connaissant le véritable emplacement (= l’oreiller).

Je ne vais pas débattre si oui ou non les primates non-humains sont capables de mettre en place la théorie de l’esprit. Mais j’ai envie de vous présenter une observation de terrain réalisée avec les chimpanzés de Taï par Hedwige et Christophe Boesch [1] que je trouve fantastique.

Une jeune femelle chimpanzé s’exerce à casser des noix de coula sous le regard attentif de sa mère. En plein apprentissage, la petite a beau tourner son enclume et son marteau, elle ne parvient pas à casser la solide noix. A ce moment, sa mère se lève et s’approche d’elle. Immédiatement, la petite chimpanzé lui tend le marteau. Sa mère va, à ce moment là prendre 1 minute entière pour tourner lentement le marteau sous le regard de sa fille. Une fois le mouvement accompli, elle cassera une dizaine de noix qu’elle partagera avec son enfant avant d’aller se rasseoir. La jeune chimpanzé récupère le marteau, le positionne exactement comme sa mère vient de lui montrer et parvient à casser 4 noix en 15 minutes. Certes ce n’était pas parfait, elle continua a donc ses efforts en ajustant cette fois-ci, non plus le marteau, mais la position de la noix sur l’enclume.

En observant sa fille, la mère a compris d’où venait son erreur, lui a montré comment la corriger et la jeune apprentie a eu tout l’air de tirer parti de cet enseignement !

J’espère que ces quelques illustrations d’un des aspects les plus fascinants du monde animal vous auront plu. La curiosité, l’observation et la conscientisation sont les premiers pas vers le respect, peu importe l’espèce.

Cet article est le premier de ce mois qui sera consacré à l’éco-défi organisé sur le blog Echos Verts de Natasha ayant pour thème Apprendre à connaître, respecter et protéger les animaux. Retrouvez l’introduction et le programme de ce mois ici.

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A suivre : un indice !

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Source bibliographique : [1] Kaluchua, cultures, techniques et traditions des sociétés animales par Michel de Pracontal aux éditions Seuil