CoDT: quand la Wallonie fait marche arrière

Bocage_boulonnais

By Matthieu Debailleul (http://aascalys.free.fr) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) or CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/)%5D, via Wikimedia Commons

 

Bonsoir à tous!

Difficile de trouver le temps en ce moment pour écrire comme je le souhaiterais: janvier fut particulièrement chargé, si bien que j’ai carrément laissé passer la date d’anniversaire du blog.

Et oui, il a soufflé sa 1ère bougie le 13 janvier ! De nombreux articles sont au programme cette année, mêlant à la fois, sciences, réflexions sur l’écologie au quotidien et sur la société.

Après cette petite parenthèse, plongeons dans le sujet du jour, un sujet politique, écologique, engagé et… wallon!

Tout commence sous la précédente législature de la région wallonne (ndlr: en Belgique, la Wallonie correspond au sud de la Belgique, comprenant la communauté française et la communauté germanophone – il y a 3 niveaux de pouvoir dans mon petit pays: le fédéral, le régional et le communautaire, bref).

La Wallonie souhaite réviser le Code Wallon de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme, du Patrimoine et de l’Energie (CWATUPE) en vue de le simplifier, administrativement parlant.

Car oui, admettons-le, l’administration est souvent compliquée.

Le CWATUPE deviendrait CoDT, Code de Développement du Territoire.

Qui dit territoire, dit paysage, et donc écologie. En effet, une révision de la législation régissant les aménagements du territoire semble, de prime à bord, offrir des opportunités pour mieux intégrer entre les lignes de la Loi les enjeux environnementaux qui se jouent dans nos campagnes et nos villes.

Sauf que, de la simplification administrative, nous voilà partis vers une simplification du paysage, un paysage déjà fortement transformé sous la pression anthropique, morcelé, homogénéisé, pas écologiquement en bonne santé.

Scientifiques et ONG ont sifflé, et administré trois cartons rouges qui menacent grandement les équilibres fragiles et nos maigres efforts en matière de conservation de la biodiversité.

# Carton n°1 : Les haies

A la fois abris, garde-manger, éléments connecteurs et aides précieuses face à l’érosion des sols et aux inondations, les haies sont des éléments essentiels pour le maintien de la biodiversité et le soutien aux écosystèmes.

L’arrachage et la destruction de haies nécessitent actuellement une demande de permis. Lors de l’élaboration du réseau Natura 2000 en Wallonie, on ne s’était pas tellement préoccupé des haies puisqu’elles étaient déjà bien protégées par le CWATUPE.

Dans le CoDT, cette demande de permis est levée (excepté pour les haies classées), privant ainsi les haies de leur unique mesure de protection – et par ailleurs ajoutant une incohérence énorme aux actuelles mesures agro-environnementales wallonnes qui encouragent la réhabilitation (et rémunèrent) des haies dans les paysages agricoles !

#Carton n°2 : Les sapins de Noël

La culture intensive de sapins de Noël a le vent en poupe en ce moment. Normalement consignée dans les zones agricoles avec demande de permis, le CoDT simplifie en l’autorisant désormais dans les milieux forestiers et dans les zones agricoles, sans permis préalable.

Pire, classées dans la catégorie « horticulture », les cultures de sapins de Noël ne seraient plus soumises au Code Forestier qui proscrit l’usage de pesticides et autres facteurs de croissance.

Les milieux forestiers, où règne déjà un équilibre fragile entre rentabilité et protection environnementale, se verraient déstabiliser par l’ouverture à cette activité entraînant une pollution inquiétantes pour les écosystèmes forestiers suite à l’autorisation de l’usage des pesticides, mais également une déstructuration des massifs forestiers par l’arrivée de ces cultures de sapins beaucoup plus rentables à court terme, chamboulant équilibres écologiques et économiques.

# Carton n°3 : Les modifications du relief du sol

Actuellement, le CWATUPE encadre un minimum les travaux entraînant une modifications du relief des sols, comme par exemple les remblais. Les aménagements apportés par le CoDT restent très flous et pourraient engendrer de graves perturbations sur la régulation des niveaux d’eau, des nappes phréatiques et de la biodiversité liée aux zones humides, déjà sensiblement menacées.

En ce moment, une pétition lancée par 8 associations environnementales circulent en ligne, rassemblant près de 14 000 signatures. Cette pétition sera remise à la commission de l’environnement du Parlement wallon : plus les voix de la raison environnementale se feront entendre, moins les parlementaires sauront faire la sourde oreille !

Lecteurs belges, vous savez que faire comme bonne action ce soir : signer et relayer la pétition 🙂

Plus d’informations:

https://biodiwal.wordpress.com/2016/01/16/le-projet-de-codt-2016/

http://protectiondesoiseaux.be/le-nouveau-code-du-developpement-territorial-une-menace-majeure-pour-lenvironnement/

 

Climat: parlons-en !

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Parlons du climat pour éviter d’en arriver là ! (vu chez Antigone XXI – http://antigonexxi.com/2015/11/23/ma-revue-du-monde-novembre/)

Nous sommes actuellement confrontés à des menaces imminentes. Des mesures sont prises en conséquence pour assurer au mieux la sécurité de tous. Cependant, nous ne devons pas oublier une autre menace qui se fait tout d’un coup plus silencieuse, plus discrète alors qu’elle est quotidienne : le réchauffement climatique.

J’avais débuté cet article bien avant les attentats de Paris. Je comptais vous présenter le réchauffement climatique, ses conséquences, les enjeux de la COP 21 et toutes une série de manifestations prévues dans ce cadre. Mais j’ai dû revoir ma ligne directrice.

Ce soir, nous parlerons, parce qu’il le faut, du climat, de la COP 21. Cet article lance également mon intention de vous parler d’espoir, d’imaginaire et de rêve, thèmes qui seront plus développés autour des fêtes.

2015 est donc une année importante pour le climat. Celle de la COP 21.

COP, Conference of the Parties. La 21ème réunion mondiale sur le climat.

COP21

Du 30 novembre au 11 décembre, des représentants des gouvernements mondiaux – 196 états représentés – vont se réunir autour de plein de tasses de café et de dossiers lus (espérons-le!), relus décortiqués et plein de traces des débats nocturnes, des colères et d’espoir (je peux bien rêver un peu, non?).

Notre avenir et celui des générations à venir est placé dans les mains de quelques uns (mais pas que!). Ça semble si gros et improbable que cela peut prêter à rire. Pourtant, c’est bien la cas. Et aujourd’hui, j’ai envie de discuter des enjeux avec vous. S’informer et comprendre, ce sont les premiers pas menant vers l’action.

Le climat et nous : petit rappel

Posez-vous un instant, une tasse bien chaude avec contenant au choix, un petit calepin ou une feuille de brouillon, un crayon entre les doigts et dites-moi : Qu’est-ce que le réchauffement climatique pour vous ? Notez-le, et dites-le moi en commentaire là plus bas !

Si je vous demande cela c’est que, malgré qu’on en parle régulièrement version « catastrophes à venir », force est de constater que ce n’est pas forcément clair dans les esprits, en attestera cette récente étude dans nos écoles belges. (Ndlr : les 5ème et 6ème années du cursus belge correspondent à la 1ère et la terminale en France. La 7ème est une année supplémentaire disponible pour une équivalence de diplômes ou tremplin à l’entreprenariat).

Un petit rappel sur les fondements scientifiques ne fera donc pas de tort, n’est-ce pas ? Histoire qu’on se comprenne un peu pour la suite.

Le réchauffement climatique correspond en fait à l’exacerbation d’un phénomène naturel : l’effet de serre.

L’allégorie facile est celle de la serre à tomates. Si vous souhaitez obtenir de belles tomates dans nos contrées du Nord, vous les placez généralement sous une serre qui leur permettra d’être maintenues dans un environnement avec une température plus élevée que celle à l’extérieur. En effet, les rayons chauffants émis par le soleil vont pénétrer votre serre et en réchauffer les composants (sol, structure, plants de tomates). Tout corps/structure chauffé.e réémet la chaleur accumulée sous forme d’infra-rouges, des rayons thermiques, qui se dissipent dans l’air. Cependant, la serre empêche ces infra-rouges de se dissiper dans l’atmosphère, les maintenant dans l’espace confiné de la serre et donc permettre à la température d’augmenter et, ainsi, vous donner une belle récolte de tomates.

La planète Terre est une très grande plantation de tomates, placées sous une serre invisible de gaz. Grâce à eux, une partie des rayons infra-rouges réémis par la Terre chauffée par le soleil est maintenue et nous permet de vivre à une température moyenne de 15°C au lieu de -18°C. Parmi les gaz constituant la serre, on retrouve notamment la vapeur d’eau et le fameux CO2, ou dioxyde de carbone. Le CO2 est actuellement en augmentation dans notre atmosphère, une augmentation liée aux activités anthropiques.

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Schéma illustrant le principe de l’effet de serre (source originelle non trouvée)

Un consensus scientifique a été atteint: on s’entend sur le fait que ce sont bel et bien les activités humains qui sont la cause du changement climatique actuel. On parle d’ailleurs de marquer le coup en initiant une nouvelle ère dans l’histoire géologique, l’ère de l’Anthropocène.

J’ai envie de dire, à quand bien même ce ne serait pas nous les responsables directs, les faits sont là: le climat change et a/aura des répercussions importantes sur notre société.

En 2016, je vous parlerai plus en détail des impacts du réchauffement climatique. Aujourd’hui, je me focaliserai sur les enjeux de la conférence et l’importance de tous y réfléchir.

Quels sont les enjeux de la COP 21?

La COP21 est surtout un enjeu politique – et un fameux dilemme du prisonnier !

Mais qu’est-ce donc que ce dilemme? Le principe est celui d’une situation où des joueurs gagneraient à coopérer ensemble mais peuvent recourir à la carte de l’individuel pour maximiser – égoïstement- leurs gains. L’exemple typique est celui de deux complice arrêtés pour un méfait. Ils sont interrogés séparément et se voient proposer ceci :

– S’ils avouent tous les deux, ils encourent une peine allégée à 5 ans chacun (= double perdants)

– Si l’un dénonce son complice, il aura droit à une peine de 6 mois de prison alors que le complice dénoncé purgera la peine totale de 10 ans (= position égoïste)

– Si chacun garde le silence, l’absence de preuves suffisantes leur permettra de ne purger que 6 mois de prison (=coopération). Appliqué au problème du climat, cela peur donner ceci:

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Illustration du dilemme du prisonnier appliqué au changement climatique

Typiquement, sous le régime actuel, on peut dire qu’à moins que tous les pays s’engagent d’un commun accord à travailler ensemble à une réduction des émissions de gaz à effet de serre – ce qui passe par une réforme du modèle et des activités économiques (= situation de coopération), il est risqué pour un pays ou un petit ensemble de pays de s’engager seul.s sur cette voie au risque de se retrouver affaibli.s sur les marchés économiques. Évidemment, si chaque pays s’avoue incapable d’agir, vous avez compris l’affaire ! Vue ainsi, il est dur de s’engager, n’est-ce pas ?

Pour avoir une vue d’ensemble des enjeux de la COP21 et du réchauffement climatique en général, je vous invite à consulter deux articles du journal « Le Monde ».

Une vidéo présentant en moins de 5 minutes la COP21 en 10 chiffres

Un article interactif construit sur un lexique du climat

Un article abordable expliquant les aspects scientifiques du rapport n°5 du GIEC

L’enjeu principal est la barre fatidique des 2°C supplémentaires (par rapport à la période préindustrielle): nous devons prendre des mesures pour éviter ce seuil qui risque de faire basculer bon nombre d’équilibres sur lesquels nous avons bâtis nos sociétés. Pourtant, il semblerait que ce seuil soit en fait surévaluer: pour éviter les problèmes, il faudrait plutôt viser dans la fourchette du 1°C d’après le dernier rapport du GIEC. Une bien courte marge de manoeuvre.

Finalement, la question n’est pas de savoir si nous y parviendrons, elle est plutôt de savoir ce que nous ferons quand le problème se posera. C’est là que vous intervenez, vous, citoyen du monde, personne humaine créative, inventive, solidaire. Le monde a cruellement besoin de redévelopper son imaginaire, de rêver et de se construire un avenir si nous voulons voir notre espèce perdurer.

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Après ces déclarations, la fameuse question du “Que faire?” pointe sûrement le bout de son nez dans votre esprit. Pour cette fois, je vous invite à vous renseigner sur les enjeux, à vous manifester si possible. Je sais que cela ne sera pas facile au regard de la situation actuelle à Paris (et à Bruxelles)– j’ai d’ailleurs une pensée à tous les organisateurs qui planifiaient de longue date leurs manifestations et leurs jeux. Mais en Belgique, rien n’est perdu puiqu’une rencontre est prévue à Ostende -le long de la plage, symbole de la montée des eaux- ce dimanche 29 novembre. Car près de 10 000 Belges avaient pris un ticket pour le Climate Express à destination de Paris ! C’eut été dommage de passer à côté d’un si bel élan.