Douceur d’entre saison

 

Smaug_anneau_unique
A la St-Nicolas, Smaug le Dragon devient gardien de l’anneau unique.

Mea culpa.

J’avais plein d’idées , fêtes obligent, à vous partager en ce mois de décembre.

Et puis, le temps et les évènements m’ont rattrapées. Un évènement très heureux qui va me demander du temps de préparation. Peut-être en parlerais-je un peu ici, je verrai.

Soit. Je n’ai pu vous parler de rêves, d’imaginaire, de moments simples et doux, d’instants de gratitude à partager durant cette période propice. D’autres l’ont très joliment fait d’ailleurs, je vous laisse découvrir cela  chez Caroline et chez Céline. Mais je ne vais pas laisser filer 2015 comme ça, sans un mot ni un regard pour vous, cher.e lecteur/trice, qui me suivez depuis près d’un an (ou moins, mais peu importe n’est ce pas ?).

Voici donc, en guise de petit cadeau de fin d’année et pour bien commencer l’an neuf, un petit conte de mon cru. J’espère que cela vous plaira!

Je vous souhaite un réveillon joyeux, emplissant votre cœur d’énergie et de sourires pour accueillir 2016 qui approche timidement. Prenez soin de vous, riez, vivez, et surtout rêvez. On en a bien besoin.

A l’année prochaine !

PS: pour les plus perspicaces, un indice sur l’évènement heureux est donné par la photo. Fan de Tolkien, vous devriez trouver aisément 😉

Petite Graine et le Jardinier

Il était une fois une petite graine, pas plus grosse qu’un petit pois simplement dénommée Petite Graine. Rien ne la distinguait particulièrement des autres graines : pas parfaitement ronde, ni impeccablement lisse. Cependant, elle était brillante et sa couleur… Sa couleur… Avez-vous jamais ouvert une bogue de marrons pour en admirer les fruits ? Les marrons amènent toute la chaleur de la garrigue dans leur couleur, arborant une belle nuance brune aux chauds reflets rouge et or. Voilà donc, notre Petite Graine était couleur de marron. Une couleur de fin d’été. De transition entre deux saisons. Une couleur indiquant qu’elle était prête à mûrir.

Vous savez tous qu’une graine de carotte ne donnera jamais un coquelicot, ni qu’un gland de chêne ne pourra donner un bouquet de menthe. Pourtant, à sa naissance, Petite Graine avait reçu un don magnifique, peut-être bien de la part d’une aimable fée végétale : elle pouvait choisir sa destinée, ce en quoi elle grandirait. Mais attention, une fois le choix fait, pas de retour en arrière ! Ma foi, comme tout être vivant : si l’on naît fleur, on ne peut devenir abeille. Du moins pas dans la même vie. C’est bien là que résidait le défi : choisir. Car qui dit choisir, dit renoncer.

Alors Petite Graine rêvait, rêvait, rêvait et… ne parvenait pas à faire son choix. Un jour elle s’imaginait devenir séquoia. Un grand, majestueux séquoia, posant son regard vert durant des siècles sur son royaume. Dominant de toute sa stature les vallées, les bosquets, offrant le gîte et le couvert aux oiseaux et aux insectes. Et la nuit, être baigné par la douce lumière des étoiles… Un roi- que dis-je- une reine du monde végétal. Oui mais… pour devenir si grand il faut du temps… beaucoup, beaucoup de temps. Et du coup, Petite Graine craint les accidents : un cerf trop gourmand, un incendie trop virulent, un bûcheron trop avide ou peu respectueux. Tout cela pourrait l’empêcher de parler avec les étoiles la nuit. Et à quoi bon devenir séquoia si c’est pour ne jamais être grande et majestueuse  ? « Décidément, séquoia, très peu pour moi », se dit-elle. 

Il faudrait voir moins grand. Qu’aime-t-elle donc Petite Graine ? Elle réfléchit. Bien sûr ! Une fleur ! Les couleurs, la senteur délicate, le ballet des insectes. Que cela doit-être agréable d’être admirée, utile également ne l’oublions pas car elle serait source de nectar, de pollen, source de vie ! Voilà donc Petite Graine qui s’emballe, s’apprête à déclarer qu’elle a finalement choisi quand tout à coup, elle se rend compte qu’être une fleur, cela ne dure qu’une saison. Une saison où l’on donne tout ce que l’on a pour faire des graines. Alors on fane, on perd ses belles couleurs, son doux parfum et on s’éteint. Certes une saison intense, mais au final, est-ce qu’on en profite réellement ? Car une fleur, c’est si petit que le paysage est bien vite limité et vous êtes souvent si occupée par les insectes en visite, eux-mêmes fort affairés, que vous avez rarement le temps de parler à quiconque… A quoi bon devenir une belle fleur si l’on ne peut discuter avec tous ses admirateurs ? « Décidément, fleur fragile et éphémère, cela ne me convient pas », déclare Petite Graine.

Oh qu’il est difficile de faire un choix ! Elle réfléchit. Pas de statut majestueux, pas de robe colorée… Que reste-t-il ? Hum… Et si elle devenait une plante utile, comme une plante médicinale ou une plante alimentaire ? Avec elle, on pourrait faire des décoctions purifiantes, des cataplasmes apaisants, des baumes réparateurs. Mais quel noble rôle ! Ou bien elle deviendrait un tubercule, ou une céréale nourricière, elle apaiserait les estomacs vides, ôterait la menace du spectre de la faim. Oui mais, encore faudrait-il qu’elle soit bien entretenue pour avoir un certain plaisir à vivre,et d’après ce qu’elle entend de jour en jour – les rumeurs courent vite dans les sous-bois – les humains, ceux qu’elle souhaiterait aider, sont de moins en moins respectueux : il n’y a plus que le rendement qui compte pour eux paraît-il, la qualité c’est secondaire. Et en plus, nombreux sont ceux qui ne verraient pas la différence entre un bouquet de sauge et une herbe folle qu’on éradique d’une pulvérisation– bien que Petite Graine n’ait rien contre les herbes folles, que du contraire, il est toujours très drôle de discuter avec elles ! Elle ne veut ni être une plante nourricière médiocre, ni une plante médicinale aux vertus non reconnues. A quoi bon donner le meilleur de soi-même si l’on foule du pied tous vos efforts ? «  Décidément, plante vertueuse, ce serait bien naïf de ma part » conclut-elle.

Voilà donc Petite Graine bien embêtée. Quelle bêtise se serait de rester graine, de gaspiller son don simplement en étant incapable de choisir. Elle se rembrunit. C’est à ce moment là que passe un jardinier de la forêt. Vous savez, un des ces petits êtres infatigables entretenant saison après saison leur domaine végétal, équilibrant harmonie et chaos, lumière et ombre, chaleur et fraîcheur. Ils se font discrets de nos jours. Or, notre jardinier connaissait bien Petite Graine, la petite bavarde avide des nouvelles des sous-bois. Si absorbée qu’elle était dans sa réflexion d’avenir, elle ne l’avait pas remarqué. Surpris, notre ami jardinier s’enquit de son état.

« Si je vais bien ? répondit-elle, ma foi non. Me voilà toute perdue dans mes choix. Ni arbre séculaire, ni fleur colorée, ni plante médicinale ou nourricière, non, non, non, rien de tout cela ne me convient. Suis-je ainsi condamnée à rester graine ?  se lamenta-t-elle

– Hum, effectivement… répliqua-t-il. En son fond, il la trouvait un peu difficile mais après tout, chacun ses goûts, et puis à quoi bon devenir quelqu’un qu’on apprécie pas ? Lui par exemple avait pu choisir, si ce n’est son origine, du moins son métier.

-Sais-tu, Petite Graine, ce que je ferais à ta place ? Je voyagerais un peu. Car rien de tel que les découvertes et les rencontres pour ouvrir l’esprit, suggéra-t-il.

-Mais où irais-je bien, et qui rencontrer pour me conseiller ? demanda Petite Graine

-Pourquoi n’irais-tu pas demander avis à Soleil, Pluie et Vent ? Vu leur expérience je suis certain qu’ils pourraient partager plein d’informations ! Et puis après tout, qui t’as dit que tu devais absolument devenir un végétal ?

Cette dernière remarque interpella Petite Graine. C’est bien vrai cela : personne ne lui avait jamais dit qu’elle devait absolument se destiner au monde végétal. Elle n’y avait pas pensé à cela, et beaucoup de nouveaux horizons s’ouvraient à elle! Elle remercia vivement le jardinier et partit à l’aventure, lui promettant de venir lui faire part de son choix avant le grand saut.

Et d’un bond la voilà partie. Le voyage débuta par une visite à Soleil.

Elle le rencontra un soir à l’orée d’une clairière.

« Soleil, lui dit-elle, j’aurais besoin de conseils : aurait eu quelques instants à m’accorder ? »

Le bel astre acquiesçant, elle s’empressa de lui conter son histoire. Soleil l’écouta patiemment, un peu amusé face à l’impatience de Petite Graine. Finalement, il lui déclara que, si le monde végétal ne lui convenait pas – après tout, c’est un monde diversifié mais fort figé et peu prompt à l’aventure – elle pourrait demander pour devenir un de ses rayons. Une graine rayon de soleil, on n’a jamais vu ça mais pourquoi pas ? Ainsi, elle pourrait voyager sur tout le globe, découvrir des endroits merveilleux, réchauffer la vie partout de sa caresse, … Soleil prenait un air fier en énumérant ces avantages : c’est qu’il aimait beaucoup son travail !

Petite Graine se mit à réfléchir. C’était, nul doute possible, une magnifique proposition. Mais… être rayon de Soleil, c’est aussi porter le lourd fardeau des incendies, des sécheresses, de la chaleur brûlante… Elle fit part à Soleil de ces remarques : il acquiesça. Dans son métier, certains actes essentiels pour équilibrer et perpétuer la vie sont douloureux à appliquer, c’est ainsi.

Tous comptes faits, Petit Graine préfère renoncer aux voyages et aux découvertes plutôt que de culpabiliser sur son impact. Elle remercia Soleil et partit à la recherche de Pluie.

Elle la découvrit un matin, dans la douce lumière de l’aube, s’éveillant auprès d’un point d’eau.

Un peu intimidée, sans savoir pourquoi, Petite Graine lui demanda si elle pourrait l’aider dans sa quête personnelle. Attendrie, Pluie s’installa pour l’écouter conter son histoire, pendant qu’une épeire venait poser un diadème brillant dans sa chevelure.

« Aimerais-tu devenir une goutte de pluie ? lui demanda la Dame de l’eau. Avec moi aussi, tu parcourrais le monde : la terre bien sur, mais aussi les airs et les océans, en compagnie de millions de compagnes de voyage. Tu rafraîchirais les fronts et les gorges, contribuerait à réaliser de magnifiques fresques dans le paysage, et tu serais à la source de la vie. Voyant le regard de Petite Graine s’illuminer, elle ajouta : « Maintenant, certains de nos arrêts sont longs : un goutte d’eau dans l’océan peut y demeurer longtemps, et certaines sont séquestrées de nombreuses années dans les grottes souterraines, loin de la lumière. Là est le prix de l’eau. »

Petite Graine réfléchit, silencieuse. Dame Pluie paraît certes aimable et remplit ses devoirs avec grand soin. Mais qu’en est-il de ses colères houleuses qui font sortir les eaux de leur lit ? Ou encore ces ires punitives privant ses comparses végétales de l’or bleu ? Quel libre arbitre a une goutte d’eau dans tout cela ? Il lui faudrait certainement plier le dos… Petite Graine n’admet pas devoir obéir à des ordres qu’elle désapprouve. Elle a renoncé aux découvertes d’une vie de lumière, ne sachant pas porter le fardeau de si lourdes responsabilités, elle renoncera donc au romantisme des travaux de l’eau : sa liberté n’a pas de prix.

Décidée, la voilà qui fait poliment part de son choix à la Dame de l’Eau. Soudain, au-dessus de sa tête, de noirs nuages s’amoncellent, prémices d’un orage violent. Dame Pluie la toise de toute sa hauteur, l’air mauvais : rompant le fil d’argent de son diadème arachnéen, elle grandit, elle enfle… et éclate en une averse torrentielle ! Petite Graine n’a que le temps de rouler s’abriter : encore un peu et la rivière l’emportait dans sa furie. De sa cachette, elle contemple l’orage qui zèbre le ciel sombre de ses éclairs. Certes, le spectacle est magnifique une fois à l’abri mais, avouons-le, la Dame de l’Eau a l’humeur bien changeante. Lasse, Petite Graine décide de se reposer, le temps de l’orage.

***

A son réveil, Petite Graine part à la rencontre de Vent-le-Sage, espérant trouver une réponse à sa quête.

Le périple s’annonce plus ardu que les précédents, le vieux sage vivant en ermite reclus dans ancienne grotte – essayez donc de grimper des falaises escarpées alors que vous êtes fait pour rouler ! Une fois au sommet, Petite Graine se sent heureuse de son effort et vient humblement solliciter un entretien avec le maître des lieux. Vent-le-Sage paraît quelque peu ennuyé par l’intruse qui trouble son repos. Il l’enjoint néanmoins à raconter son histoire, une lueur de curiosité scintillant dans son regard insaisissable. Petite Graine entame donc le récit de sa quête.

Posant un regard bienveillant sur notre vaillante amie, Vent-le-Sage lui demanda ceci :

« Petite Graine, connais-tu le rôle des fils du Vent ? »

Elle, la curieuse, l’intrépide, celle qui s’en va trouver les éléments du ciel pour parler de son destin, et bien la voilà bien honteuse et embêtée de ne savoir que répondre faute de ne s’être jamais posé la question !

« -Non, Maître », répond-elle d’une petite voix.

– Ne devrait avoir honte que celui qui pense ne plus rien devoir apprendre, déclare-t-il avec un sourire doux. Le vent et ses fils, continue-t-il, sont les porteurs, les messagers, les guides. Ils soutiennent les oiseaux sur leurs routes du ciel, charrient l’odeur de l’eau vers les plaines arides, transportent le pollen d’arbre en arbre pour qu’ils portent leurs fruits. Les vents ne sont pas libres, ils collaborent avec les filles de la Pluie. Les vents doivent faire preuve de compassion. Les vents doivent pouvoir accueillir la douleur du parent perdant son enfant, écouter les cœurs meurtris des amoureux séparés, emporter les chagrins et les peines, tout en séchant les larmes. Être fils du Vent, c’est être capable de renoncer : nous sommes les Marcheurs errants du Ciel, toujours unis à la Vie mais sans attache. Nous sommes l’empreinte du souvenir et le rêve de l’idée. Le présent ne nous appartient pas.

« Petit Graine, dit-il d’une voix douce, te sens-tu prête à accomplir de telles tâches ? Le souhaites-tu ? »

– Non, répondit-elle pleine de désarroi.

– Retourne auprès de ton ami, lui conseilla finalement le vieux sage.

Surprise et perdue, Petite Graine s’inclina et remercia le Maître des vents. Puis elle s’en retourna à son sous-bois.

Petit Graine repartit donc vers son sous-bois, la tête lourde de pensées et le cœur pesant de déception : elle avait failli à sa quête. Finalement, elle ne serait rien.

Doucement, elle roule, roule, roule, ralentit par sa tristesse. Lentement, elle se remémore ses rencontres, la richesse des partages.

Soleil et son sens du travail. Le cœur et la justesse qu’il mettait dans ses actes. Elle aurait aimé, Petite Graine, illuminer un peu chaque vie, réchauffer les corps alanguis.

Dame Pluie, source de vie. Son talent pour offrir un peu de beauté à chaque regard attentif, la passion et le soin qu’elle apportait à ses gestes. Cela lui aurait bien plu, à Petite Graine, de tisser des arc-en-ciels irisés pour faire sourire les cœurs d’enfant.

Vent-le-Sage, si humble et empli de compassion. Bien qu’il porte le Temps qui passe, lui et ses fils amènent la Vie dans chaque instant. Ils s’efforcent d’accompagner avec douceur les douleurs du changement. Quelle tendresse elle aurait donné, Petite Graine, à déposer des baisers légers sur les fronts soucieux.

Perdue dans ses réflexions, elle n’aperçut pas qu’elle franchissait le seuil de son bosquet. Au loin, son ami jardinier la vit et courut à sa rencontre. Tirée de sa rêverie par les feuilles froissées sous le rythme de la course, Petite Graine eut à peine de temps de redresser le menton qu’une étreinte l’enlaçait et la soulevait de terre pour partir en une ronde folle.

« Ha ha ha », s’esclaffait le jardinier, tournant de plus belle, heureux de retrouver son amie. La morosité de Petite Graine fit place à un grand sourire, ponctué d’éclats de rire. D’une bousculade, ils s’affaissèrent dans l’herbe, secoués de rires complices. Petite Graine regarda son ami : il rayonnait, si heureux, comme si son retour était la plus belle chose qui puisse arriver ! Ils se sourirent, remplis de joie et Petite Graine se mit à lui racontée son récit. Et tout à coup, Petite Graine comprit. Elle comprit ce qu’elle souhaitait devenir. Elle serait cette énergie pure, rayonnante, pleine de joie et de gaieté. Elle serait ces yeux brillants, ce sourire étincelant, ces mains enlacées. Elle serait dans le cœur de tous et le regard de chacun. Elles serait dans les rayons du soleil, les gouttes de pluie, les chansons des vents. Elle serait une graine d’Amour, plantée partout, prête à germer à chaque instant. D’un œil complice, le jardinier compris le choix de son amie. Ensemble, ils appelèrent la fée. Petite Graine serait Amour, de grandes aventures commençaient pour elle ! Mais Petite Graine ne serait jamais bien loin, car pour toujours elle serait dans le cœur de son ami jardinier. Une discrète brise parfumée sembla approuver: après tout, ne sommes-nous pas tous des graines ?

© Ecrit par Emilie P. en juin 2015.

Tous droits réservés.

Voyages au Sud

{Pour changer, un article sans photo mais à lire avec de la musique}

J’aime les livres qui me font rêver et voyager au cœur des paysages et des êtres, ceux qui me confrontent un peu plus à moi même comme seuls certains voyages savent le faire.

Continuons alors sur le chemin de la littérature dans le cadre de l’éco-défi de novembre chez Échos Verts et partons en voyage. Rêvons. Ouvrons des yeux tout grand pour nous imprégner des beautés de la Terre et de l’essence des humains. Voguons vers l’Amérique du Sud au côté de Luis Sepúlveda, au travers, non pas d’un, mais de deux romans.

Luis Sepúlveda, je vous avais déjà présenté un de ces ouvrages, un conte qui parle d’escargots et de héros. Il est, je pense bien, mon auteur favori. Celui chez qui je me replonge régulièrement pour réchauffer mon cœur à la flamme vibrante et battante des êtres humains qu’il saisit si bien avec leurs valeurs et leurs failles.

Originaire du Chili, il réside désormais avec sa famille en Allemagne, ayant du quitter son pays natal sous la dictature de Pinochet, après notamment un séjour en prison. Activiste dans l’âme, Luis Sepúlveda est un fervent défenseur des causes sociales, mais aussi environnementales. Deux approches qui sont, finalement, intrinsèquement liées, si pas inextricablement.

Embarquons donc pour la forêt amazonienne et la Terre de feu, dans le regard des folies et des beautés humaines.

Le vieux qui lisait des romans d’amour”

Ce roman se passe au cœur de la forêt amazonienne. On en ressent la chaleur et la grandeur des hautes cimes. Il nous retrace l’histoire d’un combat pour la dignité au travers d’une chasse au jaguar qui menace un village portuaire. Au-delà de ce fil conducteur, nous sommes plongés au cœur du dédale des activités et des valeurs humaines d’un monde qui oscille entre des tribus ancestrales avec un savoir, un mode de vie, un code d’honneur bien différents des modes occidentaux qui grignotent les équilibres complexes de la forêt.

Le personnage principal, le « vieux », se retrouve confronté à son passé et ses écueils, aux conséquences d’actes insensés et cupides qui érodent la biodiversité et les valeurs humaines. Au delà de la folie des humains, il fait parfois meilleur de rêver d’amour…

Poignant, ce n’est pas un roman que l’on quitte avec le sourire mais c’est l’un de ceux qui laisse une trace. Pour très longtemps.

“ Le monde du bout du monde ”

Embarquons ici pour un voyage vers le froid, dans la lignée du mythique Moby Dick qui fait rêver le narrateur. Plusieurs années après un premier voyage au côté des chasseurs traditionnels de baleines sur les flots de la Patagonie, le narrateur se repart au Chili pour lutter contre la flotte du Nishin-maru, célèbre baleinier japonais qui organise un massacre.

Hommage aux combats de Greenpeace, cette histoire nous replace à nouveau à cheval sur deux mondes qui, s’ils se ressemblent en apparence (les baleiniers), n’ont rien à voir l’un avec l’autre.

Luis Sepúlveda nous raconte comment une activité de survie et une passion s’insèrent dans des écosystèmes houleux que viennent (cor)rompre un peu plus les activités dictées par le profit et les gains immédiats.

C’est une ode aux liens qui nous unissent aux milieux desquels nous dépendons et qui nous rappelle à quel point les acteurs de terrain sont ancrés dans ces espaces que nous prenons, du haut de nos activités commerciales, nos démarches paternalistes et notre technocratie, comme trop souvent acquis.

Deux courts romans, 120 pages chacun, à offrir à des jeunes gens pour les éveiller aux combats complexes du monde ou à des  plus expérimentés qui veulent entrevoir un peu de lumière dans les ombres du quotidien et raviver la flamme du combat qui veille au fond de chacun.

Retrouvez la présentation littéraire d’hier chez Natasha d’Échos Verts qui nous parlait d’un autre regard sur la vie au travers de « Permaculture » et rendez-vous demain chez Valérie du blog « Peuvent-ils souffrir ? ».

Climat: parlons-en !

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Parlons du climat pour éviter d’en arriver là ! (vu chez Antigone XXI – http://antigonexxi.com/2015/11/23/ma-revue-du-monde-novembre/)

Nous sommes actuellement confrontés à des menaces imminentes. Des mesures sont prises en conséquence pour assurer au mieux la sécurité de tous. Cependant, nous ne devons pas oublier une autre menace qui se fait tout d’un coup plus silencieuse, plus discrète alors qu’elle est quotidienne : le réchauffement climatique.

J’avais débuté cet article bien avant les attentats de Paris. Je comptais vous présenter le réchauffement climatique, ses conséquences, les enjeux de la COP 21 et toutes une série de manifestations prévues dans ce cadre. Mais j’ai dû revoir ma ligne directrice.

Ce soir, nous parlerons, parce qu’il le faut, du climat, de la COP 21. Cet article lance également mon intention de vous parler d’espoir, d’imaginaire et de rêve, thèmes qui seront plus développés autour des fêtes.

2015 est donc une année importante pour le climat. Celle de la COP 21.

COP, Conference of the Parties. La 21ème réunion mondiale sur le climat.

COP21

Du 30 novembre au 11 décembre, des représentants des gouvernements mondiaux – 196 états représentés – vont se réunir autour de plein de tasses de café et de dossiers lus (espérons-le!), relus décortiqués et plein de traces des débats nocturnes, des colères et d’espoir (je peux bien rêver un peu, non?).

Notre avenir et celui des générations à venir est placé dans les mains de quelques uns (mais pas que!). Ça semble si gros et improbable que cela peut prêter à rire. Pourtant, c’est bien la cas. Et aujourd’hui, j’ai envie de discuter des enjeux avec vous. S’informer et comprendre, ce sont les premiers pas menant vers l’action.

Le climat et nous : petit rappel

Posez-vous un instant, une tasse bien chaude avec contenant au choix, un petit calepin ou une feuille de brouillon, un crayon entre les doigts et dites-moi : Qu’est-ce que le réchauffement climatique pour vous ? Notez-le, et dites-le moi en commentaire là plus bas !

Si je vous demande cela c’est que, malgré qu’on en parle régulièrement version « catastrophes à venir », force est de constater que ce n’est pas forcément clair dans les esprits, en attestera cette récente étude dans nos écoles belges. (Ndlr : les 5ème et 6ème années du cursus belge correspondent à la 1ère et la terminale en France. La 7ème est une année supplémentaire disponible pour une équivalence de diplômes ou tremplin à l’entreprenariat).

Un petit rappel sur les fondements scientifiques ne fera donc pas de tort, n’est-ce pas ? Histoire qu’on se comprenne un peu pour la suite.

Le réchauffement climatique correspond en fait à l’exacerbation d’un phénomène naturel : l’effet de serre.

L’allégorie facile est celle de la serre à tomates. Si vous souhaitez obtenir de belles tomates dans nos contrées du Nord, vous les placez généralement sous une serre qui leur permettra d’être maintenues dans un environnement avec une température plus élevée que celle à l’extérieur. En effet, les rayons chauffants émis par le soleil vont pénétrer votre serre et en réchauffer les composants (sol, structure, plants de tomates). Tout corps/structure chauffé.e réémet la chaleur accumulée sous forme d’infra-rouges, des rayons thermiques, qui se dissipent dans l’air. Cependant, la serre empêche ces infra-rouges de se dissiper dans l’atmosphère, les maintenant dans l’espace confiné de la serre et donc permettre à la température d’augmenter et, ainsi, vous donner une belle récolte de tomates.

La planète Terre est une très grande plantation de tomates, placées sous une serre invisible de gaz. Grâce à eux, une partie des rayons infra-rouges réémis par la Terre chauffée par le soleil est maintenue et nous permet de vivre à une température moyenne de 15°C au lieu de -18°C. Parmi les gaz constituant la serre, on retrouve notamment la vapeur d’eau et le fameux CO2, ou dioxyde de carbone. Le CO2 est actuellement en augmentation dans notre atmosphère, une augmentation liée aux activités anthropiques.

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Schéma illustrant le principe de l’effet de serre (source originelle non trouvée)

Un consensus scientifique a été atteint: on s’entend sur le fait que ce sont bel et bien les activités humains qui sont la cause du changement climatique actuel. On parle d’ailleurs de marquer le coup en initiant une nouvelle ère dans l’histoire géologique, l’ère de l’Anthropocène.

J’ai envie de dire, à quand bien même ce ne serait pas nous les responsables directs, les faits sont là: le climat change et a/aura des répercussions importantes sur notre société.

En 2016, je vous parlerai plus en détail des impacts du réchauffement climatique. Aujourd’hui, je me focaliserai sur les enjeux de la conférence et l’importance de tous y réfléchir.

Quels sont les enjeux de la COP 21?

La COP21 est surtout un enjeu politique – et un fameux dilemme du prisonnier !

Mais qu’est-ce donc que ce dilemme? Le principe est celui d’une situation où des joueurs gagneraient à coopérer ensemble mais peuvent recourir à la carte de l’individuel pour maximiser – égoïstement- leurs gains. L’exemple typique est celui de deux complice arrêtés pour un méfait. Ils sont interrogés séparément et se voient proposer ceci :

– S’ils avouent tous les deux, ils encourent une peine allégée à 5 ans chacun (= double perdants)

– Si l’un dénonce son complice, il aura droit à une peine de 6 mois de prison alors que le complice dénoncé purgera la peine totale de 10 ans (= position égoïste)

– Si chacun garde le silence, l’absence de preuves suffisantes leur permettra de ne purger que 6 mois de prison (=coopération). Appliqué au problème du climat, cela peur donner ceci:

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Illustration du dilemme du prisonnier appliqué au changement climatique

Typiquement, sous le régime actuel, on peut dire qu’à moins que tous les pays s’engagent d’un commun accord à travailler ensemble à une réduction des émissions de gaz à effet de serre – ce qui passe par une réforme du modèle et des activités économiques (= situation de coopération), il est risqué pour un pays ou un petit ensemble de pays de s’engager seul.s sur cette voie au risque de se retrouver affaibli.s sur les marchés économiques. Évidemment, si chaque pays s’avoue incapable d’agir, vous avez compris l’affaire ! Vue ainsi, il est dur de s’engager, n’est-ce pas ?

Pour avoir une vue d’ensemble des enjeux de la COP21 et du réchauffement climatique en général, je vous invite à consulter deux articles du journal « Le Monde ».

Une vidéo présentant en moins de 5 minutes la COP21 en 10 chiffres

Un article interactif construit sur un lexique du climat

Un article abordable expliquant les aspects scientifiques du rapport n°5 du GIEC

L’enjeu principal est la barre fatidique des 2°C supplémentaires (par rapport à la période préindustrielle): nous devons prendre des mesures pour éviter ce seuil qui risque de faire basculer bon nombre d’équilibres sur lesquels nous avons bâtis nos sociétés. Pourtant, il semblerait que ce seuil soit en fait surévaluer: pour éviter les problèmes, il faudrait plutôt viser dans la fourchette du 1°C d’après le dernier rapport du GIEC. Une bien courte marge de manoeuvre.

Finalement, la question n’est pas de savoir si nous y parviendrons, elle est plutôt de savoir ce que nous ferons quand le problème se posera. C’est là que vous intervenez, vous, citoyen du monde, personne humaine créative, inventive, solidaire. Le monde a cruellement besoin de redévelopper son imaginaire, de rêver et de se construire un avenir si nous voulons voir notre espèce perdurer.

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Après ces déclarations, la fameuse question du “Que faire?” pointe sûrement le bout de son nez dans votre esprit. Pour cette fois, je vous invite à vous renseigner sur les enjeux, à vous manifester si possible. Je sais que cela ne sera pas facile au regard de la situation actuelle à Paris (et à Bruxelles)– j’ai d’ailleurs une pensée à tous les organisateurs qui planifiaient de longue date leurs manifestations et leurs jeux. Mais en Belgique, rien n’est perdu puiqu’une rencontre est prévue à Ostende -le long de la plage, symbole de la montée des eaux- ce dimanche 29 novembre. Car près de 10 000 Belges avaient pris un ticket pour le Climate Express à destination de Paris ! C’eut été dommage de passer à côté d’un si bel élan.

 

L’âge des low tech

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Les temps obscurs, de retour? Pas vraiment !

Bonjour à tous !

Novembre tourne sous le signe de la collaboration. En effet, j’ai à nouveau le plaisir de participer à l’éco-défi de Natasha avec une vingtaine d’autres blogueuses.

Au cours du mois, un peu comme un calendrier de l’Avent en avance, nous allons à tour de rôle vous présenter une série de lectures engagées et inspirantes. Que ce soit pour s’informer, s’émerveiller, découvrir: le choix est là, avec des découvertes littéraires vraiment inspirantes pour petits et grands!

Pour ma part, je vais aujourd’hui vous présenter « L’âge des low  tech » de Philippe Bihouix, paru aux éditions Seuil -Anthropocène.

Divisé en 4 actes, ce livre confronte le développement de technologies dites high tech, présentées comme les incontournables d’un monde durable et vert à la réalité de la disponibilité des ressources dont ces technologies dépendent. Et bien entendu, il y a comme un léger décalage entre tout ça.

Tour à tour, l’auteur déconstruit le mythe des technologies high tech salvatrices, introduit la perspective des alternatives « low tech », propose une série d’exemples à appliquer et suggère une voie d’action politique pour s’engager sur le chemin du changement vraiment durable. Énergies vertes, nano-technologies, imprimantes 3D, dématérialisation des services, économie circulaire et recyclage passent largement sous la houlette de l’auteur, engendrant son lot de questionnement.

Ce livre est pour moi une très belle découverte. Sortant de l’univers tout beau, tout simple des technologies qui s’offrent à nous pour lutter contre le changement climatique et la pauvreté, cet ouvrage casse l’allure de greenwashing des propos majoritaires actuels pour nous confronter aux véritables causes de nos problèmes : nos comportements. Quel sens cela a-t-il d’installer d’immenses champs éoliens en pleine mer, agrémenté d’un réseau de distribution dense et dépendant de ressources limitées comme les métaux rares pour alimenter le chauffage de commerces qui restent ouverts sur la rue en plein hiver, illuminent de nuit comme de jour leurs vitrines ou incitent tout un chacun à acheter, à nouveau, trois pulls pour le prix de deux ? Nous voilà face à nos contradictions. La mondialisation nous a déconnectés de l’impact de nos actes et de nos modes de vie : s’y confronter nous oblige à interroger notre confort quotidien sous toutes ses coutures.

Très critique, ce livre pourrait aisément paraître moralisateur (il l’est d’une certaine manière) mais ce n’est compter sur le ton léger, doté d’une certaine dérision humoristique dont use l’auteur.

S’il ne délivre pas une solution toute faite à appliquer pour soulager notre conscience torturée, il offre une série d’exemples simples, applicables par nos sociétés qui concrétisent et illustrent les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Mettons notamment en avant la ré-instauration d’un service de consignes de verre local (= moins de transport), facilité par la vente de formats uniques qui permette un réemploi aisé (= système hautement modulable).

La fameuse citation  « La liberté s’arrête la où commence celle des autres » conclut l’ouvrage. Propos liberticides ? Extrémisme écologiste ? Non, juste une remise en perspective du confort de certains afin d’assurer in fine les droits de tous.

A offrir à des sceptiques fervent défenseurs des imprimantes 3D, à des personnes engagées sur la voie de la simplicité volontaire ou à de grands curieux qui aiment réfléchir sur le futur monde que nous construisons au quotidien (et à vos élus politiques!)

Chez Amaëlle du blog De Mal en Piges, vous pouviez découvrir hier  « L’art de l’essentiel » de Dominique Loreau. Demain, on change de registre: rendez-vous chez Lili (Au vert avec Lili) pour discuter alimentation.

Connaissez-vous ce livre? Avez-vous découvert des lectures inspirantes au fil des participantes? N’hésitez pas à partager vos propres coups de cœur inspirants, remuants, déreangeants ou positifs 🙂

Pousses d’ici, de là #2

Lumières de novembre

Bonjour à tous !

Revoilà revenu le temps du partage des petites choses que je croise sur la toile, qui m’interpellent, que je trouve émouvantes, pétillantes ou qui nous sortent de nos préconceptions.

Cela fait deux semaines que j’ai quitté Facebook. Si le premier jour fût parfois un peu dur, je note une nette amélioration dans le lâcher-prise quotidien et mes capacités d’attention. Je rédigerai un article probablement après au moins un mois de sevrage 😉

Mais – surtout – ça me donne encore plus envie de partager un peu de tout ça ici.

En route !

Côté sciences

cathedrales_racinesUn excellent article vulgarisé de mon unité de recherche. Si le mot écologie tend à rimer avec Amazonie, mettant les forêts sur un piédestal, cela laisse malheureusement de côté les autres écosystèmes existant tels les prairies qui ont également leur mot à dire dans la lutte pour le changement climatique et, surtout, la préservation de la biodiversité. Sus à la tyrannie des arbres!

A l’heure où l’agriculture se revisite, on voit naître tout un tas de nouveaux termes associer à des pratiques qui se veulent innovantes. Pour vous aider à faire le tri et à comprendre le marketing qui est associé au secteur, voici un chouette petit lexique qui vous permettra de différencier agriculture raisonnée de la permaculture.

Du côté de chez soi

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Le bonheur: clef sur porte ?

J’ai beaucoup aimé cet article qui questionne notre relation au bonheur. La pression quasi constante des modes de vie idéaux, sublimés par des photos impeccables nous poussent au perfectionnisme de notre quotidien à outrance. Le bonheur n’est pas épargné.

J’ai lu avec grand plaisir deux interview chez Natasha qui retracent un peu le parcours et la passion de deux femmes pour des éléments qui n’ont rien à voir entre eux, mais témoignent tous les deux d’un engagement profond et d’une réelle volonté d’agir dans leurs domaines respectifs. Découvrez une histoire d’intimité féminine tendance zéro déchet et un amour dévorant pour les livres.

Enfin, après les métiers  engagés, si on parlait d’emploi? Une vidéo d’Usul2000, youtubeur, qui présente le concept du salaire à vie (et le compare au revenu inconditionnel de base).

Lectures

Ce mois-ci, je me suis frottée à ma première lecture que l’on peut placer dans la catégorie « Féminisme ». Il s’agit du livre de Mona Chollet « Beauté fatale : les nouveaux visages de l’aliénation féminine ». L’auteure nous fait parcourir les divers supports qui offrent une représentation idéale de la femme et nous montre l’étroitesse de possibles offerts par ce panel qui s’érige sur le duo mode et beauté. Émerge la perpétuelle question : qu’est-ce qu’être féminine et comment peut-on mettre cela en valeur sans tomber dans les travers actuels du tout à la séduction physique et au superficiel ?

Retrouvez ici une interview de l’auteure à propose de son ouvrage.

Pour le plaisir des yeux et du coeur

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Des œuvres d’art végétales à couper le souffle, entre ombre et lumière, s’inspirant d’un art africain du travail de la calebasse.
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Un blog de partage autour de la photographie nature notamment (et des chats!) plein de poésie visuelle. Partez en promenade accompagné d’Estelle, elle saura ravir votre regard par les lumières, les textures qu’elle capture l’espace d’un instant.

Et vous, de quoi est fait votre quotidien ?

Courts-circuits !

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Nous sommes nombreux, face à nos actes du quotidien, à nous interroger sur leur portée. Ne sommes-nous pas des gouttes d’eau dans un océan, comme certains ne cessent de le rappeler?

Et pourtant…

En janvier, lorsque Rob Hopkins était venu présenter le mouvement de la transition dans ma ville, il avait fait une belle démonstration chiffrée du pouvoir des consommateurs. A Totnes, sa ville d’une petite dizaine de milliers d’habitants, 35 millions de £ sont annuellement consacrées à l’alimentaire, dont 22 millions sont captés par deux supermarchés.

Imaginez: si chacun décidait de consacrer 10% de ses achats à des produits locaux, hors des grandes filières que sont les supermarchés, l’économie locale bénéficierait de 2,2 millions de £ !

Quels sont donc les intérêts de la consommation locale?

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1) Économique

Comme on vient de le voir, s’approvisionner localement offre des retombés non négligeable en matière de finances sur la ville ou la région dans laquelle on habite.

L’achat direct, en évitant les intermédiaires permet également de consommer des produits de qualité à moindre coût, tout en rémunérant correctement le producteur.

2) Environnemental

La proximité de la production permet notamment de diminuer les transports reliant le champs à l’assiette. Un avantage non négligeable donc en ces temps de climat à préserver! Sans oublier que le jour où le pétrole deviendra une denrée rare, vous pourrez toujours compter sur le maraîcher du coin pour vous livrer vos carottes en carriole 😉 Qui plus est, les cultures régionales permettent souvent de valoriser les semences localement adaptées, de diversifier les variétés pour le goût, bref de préserver la biodiversité nourricière.

3) Social

Les achats directs au producteur, par le biais de la vente à la ferme ou sur les marchés, renforcent les liens sociaux. Le produit acheté à un visage, et c’est chouette ! De plus, libre à vous dans le courant de l’année d’envoyer un petit mot de remerciement pour le travail et le service qui vous permettent de jouir de légumes goûteux tout au long de l’année 😉

4) Citoyen

Nombreux sont les combats de valeurs ou idéologiques qui passent par l’estomac : grève de la faim, végétarisme, locavorisme. Ce ne sont pas des choix anodins, ce sont des messages qui se transmettent autour du partage bien ancré que constitue l’alimentation. Les repas sont des nœuds sociaux importants, qui éveillent parfois des réactions viscérales : les modifier, même a minima, c’est questionner toute personne attablée à vos côtés, c’est la confronter à des aspects inconnus ou bien savamment évités.

5) Gustatif! !

Raison de plus, pour partager une bonne tablée pleine d’idées, que de cuisiner un repas savoureux ! Et il est vrai que les produits « paysans » ont une saveur que la grande distribution peine à imiter.

La théorie, c’est bien, mais en pratique, comment ça marche ?

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Lorsqu’on habite en ville, il est beaucoup plus aisé de de découvrir les réseaux alimentaires et d’échanges alternatifs qu’en faubourg campagnard, ou en pleine zone rurale. Les campagnes restent en effet, hélas, beaucoup moins bien desservies par ce type d’initiatives, trop souvent morcelées et éparpillées dans les paysages.

Mais, avec un peu de bonne volonté, on parvient à dénicher de belles petites perles locales et très polymorphes. Cet article est en grande partie construit au départ de structures existant en Belgique, avec un zoom sur ma province natale, la province de Luxembourg. Trop souvent délaissée, j’ai voulu démontrer que de belle initiatives y existent déjà et valent la peine qu’on s’y investisse. Suivez le guide, nous allons faire le tour des types de structures existantes.

GAC, GASAP, AMAP : l’union fait la force !

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Que cachent donc ces acronymes ?

Les GAC sont des groupes d’achat commun. Ce sont au départ des initiatives privées (entre amis, au sein d’une famille, entre locataires) qui contactent volontairement des producteurs. Ceux-ci livreront à des échéances fixées les produits de la commande. C’est un système ponctuel, qui fonctionne par commande

Les GASAP (Groupe d’Achat Solidaire de l’Agriculture Paysanne) et les AMAP (version française : Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) vont un cran plus loin dans l’organisation. Le groupe devient pluriel et se forge dans une optique de soutien durable et à long terme. Un engagement est pris avec le ou les agriculteurs durant un laps de temps déterminé qui assure une stabilité de revenus aux producteurs. Les GASAP fonctionnent par point relais où sont effectuées les livraisons, souvent sous forme de paniers composés ou à composer en ligne.

GAC, GASAP et AMAP sont des systèmes auto-gérés, initiés par des citoyens, qui demandent un certain investissement (servir de point dépôt, organiser les livraisons, aide au producteur parfois).

Pour trouver votre GAC/GASAP/AMAP, rien de tel que d’indiquer dans votre barre de recherche en ligne « GAC/GASAP/AMAP (au choix) + nom de votre ville ».

Quelques adresses utiles :

http://www.gasap.be/

http://www.groupesalimentaires.be/

Coopératives et entreprises : facilitateurs des circuits-courts

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Ces coopératives ont pour but de faciliter la mise en relation entre producteurs et consommateurs. Si elles prélèvent évidemment un surplus pour faire tourner correctement leur entreprise, ce type de structure à l’avantage de l’impact.

D’une part, elles permettent notamment la composition en ligne de paniers très variés (fruits et légumes, mais également crèmerie, œufs, pains, viandes, biscuits et produits traiteurs). De quoi faire ses courses hebdomadaires en quelques clics, presque directement chez les producteurs.

D’autre part, grâce à leur plus grande taille, elles assurent souvent un rayon de dépôt plus large, touchant par là même un nombre de consom’acteurs plus conséquent.

On y retrouve par exemple :

La Ruche qui Dit Oui !

Paysans-artisans

Topino

Agricovert

Spécial Luxembourg belge:luxembourg

Réseau Solidairement

Les Grosses Légumes

Mangeons malin (équivalent Topino dans la province)

Ding dong! C’est le maraîcher: votre panier est disponible !

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Certaines fermes organisent elles-même les livraisons aux points dépôts.

Via un système en ligne de commande (et paiement) à l’avance souvent, votre panier – agrémenté ou non de quelques produits des artisans du coin – est livré par votre maraîcher.

Moins courant que les systèmes coopératifs qui surfent sur l’usage du web pour dynamiser le marché, ce système regroupe en quelque sorte les avantages des groupes citoyens (relations directes producteur-consom’acteur), tout en offrant une flexibilité quasi comparable aux plateformes coopératives.

Dans cette catégorie, on retrouve :

Les paniers verts

La Ferme du Montaval

Terre de Miel

Sans oublier, après tous ces systèmes utilisant internet, les indétrônables marchés hebdomadaires et ventes à la ferme !

J’espère que ce tour d’horizons des circuits-courts alimentaires vous aura plu et que vous le partagerez avec vos connaissances pour le valoriser encore plus.

Et vous, vous êtes plutôt GAC/GASAP/AMAP, plateforme en ligne ou vente plus ou moins directe ?

PS : lecteur/trice français.e, voici un chouette petit annuaire en ligne qui te permettra de partir du bon panier 😉

Au menu #2

dessert
Le fameux cheese-cake cru d’Antigone XXI (http://antigonexxi.com/2015/02/14/cheesecake-vegane-vanille-chocolat-sans-gluten/)

Nous revoilà pour un 2ème volet de suggestions culinaires !

L’été touche à sa fin: on dit doucement au revoir aux tomates, courgettes et poivrons des beaux jours; on ouvre des bras accueillants aux carottes, poireaux, scarole et courges en tout genre. Un ballet légumier, au rythme des paniers. Entre deux saisons.

~Côté salé~

§1 Pâtes en sauce béchamel, aux poireaux, courgettes et tofu fumé.

Un béchamel végétale toute simple (40g de farine, 40g d’huile d’olive, 400mL de lait tiédi, sel, poivre, muscade, curry et un peu de levure maltée) à laquelle sont mélangés les poireaux et courgettes cuits à l’étouffée et des dés de tofu fumé poêlés. A servir avec des pâtes courtes (pennes, en spirales).

§2 Pâtes sauce corail et légumes d’été

Toujours inspiré de ma sauce corail, je l’ai cette fois-ci un peu simplifiée en omettant les tomates à l’huile: quelques épices et herbes (basilic, origan), de l’oignon, de l’ail et un peu de levure maltée suffisaient. La sauce corail est vraiment super à improviser et avec des pâtes, ça vous donne un repas rapide et complet en peu de temps ( Hélène aussi nous partage son goût pour ce repas express). Servie avec des courgettes, poivrons et carottes en dés cuits à l’étouffée et saupoudrés de graines de sésame et de courge.

§3 Quiche poireaux-bettes au curry

Une fois par semaine, les oeufs s’invitent à table, soit sous forme de quiche, soit en omelette. Des légumes cuits à l’étouffée le temps que je prépare ma pâte à tarte salée, puis salés, poivrés et déposés sur le fond de pâtes précuit enduit de moutarde, avant d’être recouvert par les oeufs battus épicés au curry.

Pour une pâte à tarte: 250g de farine (150g de farine d’épeautre, 100g de farine de pois chiche), épices, herbes et sel (souvent 1 càs de curry, 1càs d’origan, 1 càs de sel), 4-5 càs d’huile d’olive (optionnel: 1 càs de purée d’oléagineux -cajou par exemple) et un peu d’eau pour amalgamer le tout.

§4 Le chilichoc de Natasha

Simplifié (uniquement des haricots rouges) et encore un peu plus légumisés ( 1 courgette en dés, 2 tomates, 3-4 carottes en dés et 1-2 poivrons en lanière mis à cuire dans la sauce tomate), ce chili est vraiment excellent. Si vous en avez sous la main, je vous recommande d’utiliser du chocolat noir 90 – voire 99-% : il apporte une profondeur goûteuse au plat, c’est un délice.

§5 Riz au légumes et au tofu fumé

La semaine s’annonçait chargée, j’ai donc cuit le double de riz pour prendre un peu d’avance sur les repas suivants. Je vous propose donc deux versions d’accompagnement pour du riz.

Pour la première, j’avais la flemme ce soir-là: j’ai cuit à l’étouffé 1 grande courgette, 2 poireaux et 3 carottes auxquels j’ai ajouté des dés de tofu fumé avant de les mélanger au riz. Arrosés d’un filet d’huile de noix et de lin (pour les omégas 3) et saupoudrés de graines de courge.

§6 Riz au mijoté de légumes et à l’omelette

La seconde version m’a permis de vider mon frigo de reste de légumes entamé: 1/4 de potimarron coupé en gros dés, 1/3 de chou blanc en lanière, 1/2 courgette, 1 tomate et 1 poivron en lanière. Le tout mis à mijoter avec 2 oignons et 2 gousses d’ail, puis assaisonner avec un peu de sauce soja, du curry, du cumin, de l’origan. J’y ai mélangé le riz, puis des lanières d’omelette parfumée au miso. Cela nous a bien plu !

§7 Mijoté corail et épicé de potimarron à l’huile de noix

Je pense que si j’ai bien un plat fétiche des soirées froides, c’est celui-là. En plus, côté vaisselle, c’est dur d’être plus minimaliste en cuisinant.

En pratique, il vous faut: 1/2 potimarron de bonne taille (~20-25 cm de diamètre) détaillé en gros cubes, 2 poireaux coupés en rondelle, 3-4 carottes coupées en rondelles, 3 pommes de terre détaillées en cube de 2 cm (autres légumes en option si vous le souhaitez), 1-2 oignons, 2 gousses d’ail, 1 verre de lentille corail (environ 150g), des épices (curry, cumin, paprika, herbes séchées).

Dans l’huile chaude, ajoutez pour 1-2 minutes les oignons coupés (en lanière, en dés, au choix! et l’ail). Versez les lentilles, puis les légumes, mélangez et couvrez d’eau. Cuire à feu doux jusqu’à ce que le potimarron soit très tendre (entre 20 et 30 minutes). Assaisonnez et épicez à votre goût. On peut également ajouter 3 càs de levure maltée, ou 1 càs de miso pour donner de la rondeur. Servir tel quel, ou bien mixé en soupe épaisse, accompagné d’un filet d’huile de noix et de graines de courge. Un plat réconfortant !

~Côté sucré: déjeuners* et en-cas~

*en bon belge pour « petit-déjeuner »

La reprise de l’école, du travail (ou les deux !) demande qu’on démarre le matin en pleine forme. Chez nous, pas moyen de manger chez nous le matin pour cause d’horaire: c’est soit dans le train, soit au bureau. Pour changer des habituelles tartines, voici quelques idées.

§1 Le millet au lait

Dans la lignée des porridges et autres riz au lait, on retrouve le millet au lait. Après avoir fait tremper un verre de millet un nuit, mettez le à cuire avec le double de volume de lait (= 2 verres) environ 15 min jusqu’à ce qu’il ait bien tout absorbée et soit moelleux. Sucré, agencez comme vous le souhaitez ! Ma préférence oscille entre le mélange raisins secs- purée d’amandes- morceaux de pommes- cannelle et le trio chocolat-purée de noisettes-dés de poires. Le millet au lait est très moelleux dégusté de suite mais tend à se compacter par après. Dans ce cas, vous pouvez toujours rajouter un peu de lait pour l’assouplir.

§2 Le granola

Ce muesli croustillant est devenu un incontournable chez nous. La recette de base est celle de Gaëlle. Chocolat-noisette/amandes, on a déjà connu pire comme début de journée, non? A vous de jouer les associations de flocons!

Mais peu importe la taille de mon déjeuner, il aura toujours un moment où j’aurai un petit creux. Il est donc bon, le week-end ou le lundi, de prévoir des en-cas pour la semaine. Parmi nos divers coups de cœur, on retrouve (enfin, surtout pour moi!) les Figolus de Céline ainsi que les spéculoos bien parfumés.DSC_0049

Sur cette note sucrée se termine le menu du moment. En espérant qu’il vous inspirera un peu pour les repas à venir 😉

Et vous, que cuisinez-vous en ce temps de feuilles tombées?

Pousses d’ici, de là #1

Quitter Facebook, cela sous-entend qu’il me faut revoir mes canaux informatifs.

Les entrées, notamment.

Les sorties également. Mine de rien, je partageais pas mal de choses, piochées de-ci, de-là, qui engendraient des discussions et des échanges.

J’ai envie de pallier à cela en ouvrant une nouvelle rubrique, où, régulièrement, je vous parlerai de ce que j’ai pu découvrir sur le net, dans de vrais livres en papier ou qui on pu agrémenter mon quotidien. Un joyeux mélange hétéroclite (pour ne pas dire chaotique) dans lequel vous pourrez piocher !

A la une

Ici, nous nous pencherons en quelques lignes sur un article scientifique qui aura croisé ma route. Pour les personnes intéressées par les domaines de l’écologie et de la biologie, et maîtrisant la langue de Shakespeare, je vous suggère de vous abonner au site de la commission européenne dédié à l’environnement: Science for environment policy.

Aujourd’hui, il sera question de néonicotinoïdes. Vous avez sûrement dû entendre parler de ces pesticides. Il s’agit de molécules neuro-toxiques, affectant donc le système nerveux des insectes, entraînant une issue létale par paralysie. Les néonicotinoïdes ont deux très grands inconvénients. D’une part, ce sont des produits systémiques (qui se retrouvent dans toutes les parties de la plante) et qui affectent tous les insectes, peu importe l’espèce. D’autre part, les néocotinoïdes persistent très longtemps dans l’environnement (et on a déjà vu ici ce que cela peu provoquer).

Une étude s’est récemment penchée sur la capacité qu’ont les abeilles à détecter les néocotinoiïdes à des doses usuelles et à éviter les fleurs contaminées. Un argument fréquent des défendeurs des néonicotinoïdes reste en effet que les pollinisateurs seront capables d’éviter le nectar contaminé, à cause du goût.

Abeille charpentière
Abeille charpentière

Des abeilles ont donc été mises en contact avec deux solutions différentes : l’une de sucre simple (sous forme de sirop de saccharose), l’autre où le sirop de sucre était mélangé à un type de néonicoinoïdes, dosé de sorte à représenter la concentration réelle dans du nectar d’une plante traitée.

Les résultats sont interpellant. Les abeilles ne détectent pas la présence de ces pesticides dans le sirop de sucre. Elles tendent même à préférer le mélange auquel a été ajouté le pesticide. Une conclusion alarmante, révélant que les abeilles semblent dès lors peu à même d’éviter ces molécules neuro-toxiques utilisées couramment.

Source : Bees actively prefer nectar contaminated with neonicotinoid pesticides, « Science for Environment Policy »: European Commission DG Environment News Alert Service, edited by SCU, The University of the West of England, Bristol.

Article scientifique de référence : S. C. Kessler, E. J. Tiedeken, K. L. Simcock, S. Derveau, J. Mitchell, S. Softley, J. C. Stout &G. A. Wright (2015). Bees prefer foods containing neonicotinoid pesticides. Nature. 521: 74-78. DOI:10.1038/nature14414

S’informer et découvrir

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J’ai fait une très belle découverte au printemps dernier dans ma librairie. Un journal inconnu était offert. 32 pages dédiées au Traité Trans-Atlantique (ou TTIP, TAFTA). Un incontournable pour comprendre les enjeux de ce fameux traité.

Ce journal a un nom, POUR, et vous pouvez découvrir des articles en ligne sur leur site, ou pourquoi pas, commander et faire tourner des versions papier !

Cette semaine également, j’ai finalement regardé le fameux documentaire traitant de la disparition… du sable. Rarement suis-je ressortie si désespérée devant des faits… La boulimie de la construction et l’ingérence des états sont véritablement en train de perturber les écosystèmes marins et terrestres en puisant des quantités monstrueuses de sable dans les fonds marins. Vous vous êtes offusqués devant le chalutage profond ? Vous n’avez encore rien vu. Un documentaire qui chamboule tout.

Et… action !

Même si tout n’est pas rose, sachez qu’il y a pléthore de personnes qui s’activent pour faire bouger les choses.

Tout autre chose (Hart boven hard chez nos compères flamands) est un mouvement d’action citoyenne belge. Né pour lutter contre la politique d’austérité qui fleurit chez nous, il vise un réenchantement et une mise en place d’alternatives dans notre société. Une société démocratique, solidaire, coopérative, écologique, juste, égalitaire, émancipatrice, créative, plurielle, réjouissante. Rien que ça 😉

Ce mois-ci, ils lancent une après-midi participative le 27 septembre pour discuter et revisiter notre système éducatif. Plus de détails sur leur site.

Côté culture

Grande amatrice de livres, j’aime me promener dans les dédales de la bibliothèque pour assouvir ma soif de voyage et de réflexion. Toutes mes lecture depuis 2008 sont inscrites à l’encre rouge dans un petit carnet rouge. Ce mois-ci, la récolte a été particulièrement bonne.

J’ai suivi les aventures de truculents personnages, en quête de joie de vivre et surtout de tranquillité, réfugiés dans une forêt finlandaise. Un très beau récit entraînant, plein d’humour et de justesse d’Arto Paasilinna.

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Ensuite, je suis partie sur les traces du « [Le] Plus grand sous-marin du monde » avec André-Marcel Adamek. Un auteur belge au style particulier que j’affectionne beaucoup. Les portraits qu’il dresse de la vie au travers de ses personnages portent une douce amertume. Sa plume parfois acerbe s’accompagne bien souvent d’un soupçon de mystère, de magie et nous emmène sur les chemins de l’imaginaire du monde et des humains.

Dans la littérature, j’aime également beaucoup la poésie. Et cet été, j’ai eu le plaisir de découvrir un spectacle de poésie. Je n’affectionne pas beaucoup le théâtre d’habitude, étant quelqu’un de très « visuel ». Les mots écrits dessinent des paysages, des fresques dans ma tête. Ils lancent des gerbes colorées qui me font frémir. Rares sont les mots prononcés qui parviennent à le faire. Le mélange de chants et de poèmes de Catherine Huard, québécoise, transpose dans un univers vibrant, brut, émouvant. Le charme du prieuré dans lequel nous étions a probablement aussi contribué au plaisir des mélopées. Découvrez un extrait des prestations de Catherine Huard >>ici<<

Attention : slow & green life !

La rentrée frappant à nos portes, le rythme du quotidien s’accélère et, parfois, nous dépasse. Le stress engendrant le stress, il est bon de ralentir, de respirer et de prendre soin de soi. Je vous invite à découvrir la série d’articles dédiés au ressourcement savamment rédigés par Natasha sur son blog Echos Verts. Dans son sommaire, vous trouverez les articles en question en juillet et août. Plein d’astuces pour reprendre des forces en pleine journée, partir du bon pied le matin ou bien profiter de sa soirée !

Pour ça, l’automne est la saison idéale : la nature change de rythme, nous invite à poser un autre regard sur le monde et sur nous-même. Son souffle se calme, elle se prépare au long sommeil d’hiver. L’automne, condensé de couleurs, d’odeurs et de lumières douces. Invitation à profiter de notre intérieur, à la chaleur d’un chaï épicé et des discussions à la bougie. A (re)découvrir notre potentiel créatif aussi, en creusant un peu sous la carapace. J’ai eu un véritable coup de coeur pour ce DIY (Do It Yourself) du blog « Le plus bel âge », que j’ai d’ailleurs presque fini. De quoi adoucir encore un peu notre intérieur domestique pour accueillir en douceur les froidure de l’hiver.

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J’espère que ce tour d’horizons vous aura plus. N’hésitez pas à partager en commentaires vos remarques, suggestions et vos propres coups de coeur 🙂

Je termine sur une vidéo à la fois étrange et touchante : la rencontre entre deux mondes… inattendus ! Beau week-end !

Ces liens qui délient

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C’est avec un plaisir certain que je révèle aujourd’hui la nouvelle bannière du blog. Concoctée à quatre mains, au crayon et à la souris, je remercie mon Amoureux pour le temps qu’il a consacré pour faire prendre vie à ce lynx sous Gimp et Inkscape, deux programmes libres.

Septembre qui sonne la rentrée.

Un temps de changement, de résolutions, de réflexions. De bilans aussi.

On a tous déjà parcouru, voir partagé, des articles qui traitent de l’impact négatif que les réseaux sociaux peuvent avoir sur notre quotidien, et notamment sur notre propre vie sociale. Récemment, une discussion s’était lancée sur mon profil personnel à propos justement de Facebook. Après cet échange, la réflexion a continué dans un coin de ma tête. Et divers déclics se sont produits entre-temps. Je vous partage donc le fruit de ma réflexion personnelle, qui ne vise que mon propre vécu.

Tout d’abord, de quelle utilité m’est ce réseau social?

La première des raisons est de garder le contact. C’est ce qu’on se dit tous. Et pourtant.

Soyons francs, les personnes avec qui je veux vraiment garder contact et entretenir des échanges, soit je les vois régulièrement dans mon quotidien, soit nous échangeons par email, sms ou voie postale. De façon générale, sur mes 90 contacts, il y a en une petite cinquantaine avec qui j’entretiens une véritable relation qui dépasse les « like » et autres coups de vent passagers dont nous sommes devenus familiers. Pour les autres, qui sont souvent des anciennes connaissances, il m’arrive juste de me cantonner dans un rôle d’observatrice, jetant un œil de temps à autre sur leurs profils pour voir ce qu’il advient d’eux. De la curiosité mêlée à une pointe de nostalgie. Je n’ai compris que très récemment qu’il me fallait faire le deuil de certaines liaisons. Je ne suis pas très bonne en deuil, c’est un chemin qui me fait peur et que j’appréhende. Pourtant, un deuil permet de transformer la nostalgie, un peu amère, un peu salée, en une gratitude pour ce qui a été partagé et apprécié du temps à deux.

Pourquoi alors persister à conserver des personnes avec qui je n’entretiens plus  qu’un souvenir, ou même rien ? Peut-être parce que j’espère que mes partages qui me tiennent souvent à cœur soit vus, lus, réfléchis. Un petit bout de moi quand même, offert au travers d’un écran.

Ceci m’amène à la seconde raison qui me rendait adepte de Facebook. Ce réseau regroupe un bon nombre, pour ne pas dire la majorité, des mes sources informatives alternatives qui étoffent et remettent en perspective celle qui passent par les canaux principaux. Est-ce une raison suffisante pour garder mon profil blanc et bleu ? Non. Toutes mes sources ont leurs propres sites internet sur lequel je peux aller chercher les dernières nouvelles. Évidemment, elles ne sont pas toutes regroupées mais il suffirait d’un dossier favori bien organisé pour avoir tout à portée de main et y accéder quand je le désire et que je sais que j’ai le temps de lire l’article et non simplement le titre. Car à dérouler rapidement notre fil d’actualité, on débobine tout, on aperçoit, rien ne gagne en profondeur. On s’emmêle dans plein de fils, même si avec un peu de perspicacité, quand on prend le temps de tout démêler et tisser, certains mènent à de chouettes informations.

Cela m’amène à rebondir sur l’un des problèmes majeurs des réseaux : l’entretien du culte du superficiel. Pas partout, pas chez tout le monde, mais quand même omniprésent. Dans ce qu’on présente, dans nos commentaires qui ne débouchent souvent sur rien, dans nos tentatives d’indignation qui meurent dans l’œuf ou sont redirigées vers des cibles prédéfinies. On ne prend plus loisir de se replier pour réfléchir. On cherche un écho chez quelqu’un, quiconque qui verra un statut et rebondira dessus. Le goût du partage est ce qui me freine mon départ de Facebook, mais quels partages fais-je donc? Des « coups de coeur », des « coups de gueule », des petites choses drôles, des images inspirantes. Tant de petits instantanés qui font le bonheur quotidien mais qui deviennent comme polluants, asphyxiants. Rien que des bribes sans substance parce qu’on ne réfléchit pas dessus. On ne les vit qu’en surface, belles et scintillantes. On s’émerveille devant les photos d’un écran sans plus prendre la peine de regarder autour de soi. Cela génère de l’envie, parfois. Un sentiment d’incompétence, également, parce que, bon sang, pourquoi n’est-ce pas aussi joli/bien présenté/organisé chez moi que chez untel ?

Avec toutes ces critiques raisonnables, pourquoi ai-je mis tant de temps à me rendre à l’évidence ? C’est que, depuis 1 an, j’ai eu besoin de Facebook.

Mon vie a été chamboulée depuis septembre 2014. Nouveau travail et nouveau rythme, pour moi, pour lui, avec leurs lots d’angoisse et de stress qu’il a fallu gérer. Et puis ma famille qui s’est éparpillée en octobre. Puis s’est brisée le 21 février. Je me suis retrouvée sans plus aucun repère que mon petit chez-moi tout neuf qui n’a d’histoire que celle portée par ses deux habitants. Je n’avais pas compris que ça n’allait pas bien pour moi. D’abord, j’ai eu besoin, vraiment, d’avoir des interactions régulièrement sur Facebook. Je guettais les messages, les commentaires. J’avais besoin qu’on me porte de l’attention. Je ne me la portais pas moi-même, je n’ai pas eu le temps. Il y avait d’autres personnes pour qui je devais être-là, qui avait vraiment besoin qu’on les soutienne car la dépression ou le burn-out commençait à s’étendre au-devant d’eux.

Alors j’ai commencé à faire ce qu’il ne faut pas quand on ne va pas bien : j’ai voulu pansé le monde de ses blessures. Et j’ai trouvé en Facebook un déversoir continu de maux divers, de personnes en détresse dans/pour lesquels je me sentais utile, où du moins essayais-je. Jusqu’à ce que je constate que, pour aider, il faut pouvoir se ressourcer avec cette personne, que la relation apporte également du positif pour qu’on retrouve son souffle dans le marathon du soutien. Et cela, je ne le trouve pas sur le réseau social, au contraire. Nous sommes constamment sous pression et confrontés à des histoires tristes, détournées ou haineuses. Il y a du beau aussi, je ne nie pas. Mais j’en ai marre, simplement. Mon empathie souffre de trop donner sans recevoir.

J’éprouve le besoin de me replier, de me poser, prendre le temps de réfléchir. « Le meilleur des mondes » de Aldous Huxley est tombé à point dans ma vie: la conformité et le groupe ne me sied guère en ce moment. Quitte à prendre du temps pour m’informer et m’éveiller, je préfère le faire consciencieusement. Et peut-être au fil de mes cheminements viendrai-je partager mes questionnements ou mes apprentissages par ici.

Je vais terminer en vous partageant un poème que j’ai lu dans « Les mots sont des fenêtres ou des murs » de Marshall Rosenberg.

Toujours un masque                                                         
Que tenait la main fine et blanche.
Elle avait toujours un masque devant le visage…    

Vraiment le poignet                                                      
Qui le soutenait légèrement
Convenait à sa tâche;
Arrivait-il pourtant
Qu’il y ait un tremblement
Qu’un doigt vacille
Imperceptiblement…
En tenant le masque?

Pendant des années, je me suis interrogé
Mais je n’ai jamais osé demander.
Et puis,
J’ai commis cet impair…
J’ai regardé derrière le masque,
Mais il n’y avait
Rien…
Elle n’avait pas de visage.

Elle était devenue
Une simple main
Tenant un masque
Avec grâce.

Anonyme.

Eloge de la lenteur: récit

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Un conte aux illustrations superbes, en noir et blanc, qui vous plonge au ras du sol, à cavaler entre les brins d’herbe à dos d’escargot.

Un conte, aux textes doucement engagés, qui sonnent si juste et rappellent toujours si bien la folie des Hommes.

Un conte qui nous illustre l’importance de s’arrêter pour regarder la vie, pas juste la voir passer comme un coup de vent.

C’est l’histoire d’un escargot anonyme dans son groupe, où tous sont d’ailleurs anonymes. Leur vie, simple et lente dans un jardin de pissenlits, est rythmée d’habitudes étranges et un peu creuses, empruntées à de grands animaux encore plus étranges.

Mais notre héros escargot s’interroge : pourquoi est-il si lent alors que tant d’autres animaux filent dans les airs ou courent dans les champs ? Et puis, aussi, il aimerait bien avoir un nom à lui.

Commence alors sa quête vers le sens de sa lenteur et à la recherche d’un nom. Son identité se révèlera au cours de son voyage, et il découvrira que la lenteur est une force qui les préservera d’un immense danger.

Je ne vais pas faire de critique littéraire, non.

Je vais vous illustrer l’importance de la lenteur par un fait qui s’est déroulé sur mon lieu de villégiature.DSC_0911 

Le héros est un petit garçon de trois ans. Et parce qu’il a su regarder, il a décelé un immense danger .

La femme du propriétaire du gîte où nous logions dans les Cévennes fait de son mieux pour aménager le tout joliment. Elle avait trouvé chez un pépiniériste une plante décorative qui lui plaisait : des primevères du Missouri (Oenothera spp.). Colorées, au parfum subtil et à la floraison longue : de quoi enjoliver les abords du bassin.

Voilà qu’un jour, alors que les propriétaires étaient au bassin, que le petit bonhomme pas plus haut que trois pommes vint les trouver tout affoler parce que « les oiseaux-mouches étaient prisonniers ».

Un oiseau-mouche, des colibris dans la garrigue française ? Que nenni ! Il s’agit en fait d’un petit papillon, appelé moro-sphinx (Macroglossum stellatarum), dont le vol rappelle celui du colibri.

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Ce petit papillon pensant tirer profit des primevères du Missouri s’en était allé les butiner, tout à son aise.

Hop, en vol stationnaire, le voilà qui déroule sa trompe au fond de la corolle pour y chercher le nectar sucré. Sa gourmandise assurée, notre ami faux-colibri décide de changer de fleur…

Sauf que le voilà coincé, sa longue langue prisonnière de la corolle américaine.

Il tire surement pour se dégager. Épuisé, il finit pendu par la langue, incapable de s’échapper. Condamné.

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Ces primevères aux atours engageant se sont révélées être un véritable piège. Il faut s’armer de patience et de doigté, ouvrir délicatement la corolle de la fleur pour pouvoir dégager la longue langue de l’infortuné insecte. Peu en réchappent:le bassin est orné d’un cimetière à moro-sphinx…

Le petit garçon, parce qu’il a su regarder la vie autour de lui, a pu sauver quelques vies. Cela faisait 7 longues années que ces plantes étaient semées…

Une belle leçon pour les adultes effrénés que nous sommes.

Au-delà de la lenteur, ces fleurs illustrent le problème des plantes d’ornement importées. Transposer des plantes qui ont évolué dans des environnements différents peu générer de véritables drames écologiques. En effet, des espèces qui occupent les mêmes habitats vont poursuivre une co-évolution : des associations vont émerger, de même que des répartitions de territoire bien délimitées. La primevère du Missouri vient peut-être d’un habitat où il n’y a pas d’insectes à longue langue qui risquent de se retrouver coincés et mourir aux portes de sa corolle.

Pensez-y : pour agrémenter votre jardin, privilégiez les plantes indigènes ! Et surtout, évitez -toutes belles soient-elles – les primevères du Missouri.

Plus d’infos pour éviter cette plante : Alerte de l’INRA sur les Oenothera