# AlerteNature

Vous avez peut-être aperçu l’appel de plusieurs ONG et autres organismes de protection de l’environnement à propos des mesures européennes. Avec le fameux hashtag « Nature Alert ».

Non?

Alors cet article tombe à pic 😉

Directive Habitats, Directives Oiseaux, Natura 2000, LIFE : les 4 piliers de la protection environnementale en Europe.

La Directive Oiseaux est la législation la plus ancienne – et la première- en terme de protection commune des espèces initiée par l’Europe. C’est en 1979 que les États membres se penchent sur la question et décident de légiférer car les naturalistes sonnent l’alarme : les populations aviaires sont en chute libre.

L’objectif est clair : il faut maintenir les populations d’oiseaux à des niveaux écologiquement durable. Préservation, restauration et surveillance seront les mots clefs. La protection des espèces est renforcée par celle des sites de nidification, qui permet notamment de protéger les espèces migratrices.

Treize ans plus tard, une seconde directive vient épauler les prémisses de la conservation de la nature : la Directive Habitats. Son objectif est de taille : protéger 220 types d’habitats européens d’intérêt et plus de 1000 espèces, animales et végétales, répertoriées dans les fameuses « Annexes ».

De ces deux Directives naîtra la plus gros projet de protection environnemental au monde. Un réseau unique, continental : le réseau Natura 2000.

Natura 2000, le réseau européen de la conservation

Natura_2000_logo

En écologie de la conservation, il y a typiquement deux mouvements : ceux qui prônent le « land sparing » – la mise en réserve conservatoire qui isole de toute activité humaine, par exemple les îles Galapagos – et le « land sharing » où les pratiques de conservation de la nature s’intègrent dans des environnements où les humains sont largement présents, comme les zones agricoles (saviez-vous par exemple que 50% des espèces observables en Europe se retrouvent dans les zones agricoles?).

Le principe du réseau Natura 2000 est de combiner les deux approches. Ce vaste réseau écologique (20% des territoires européens appartiennent au réseau) comprend certes quelques réserves mais se compose principalement d’une série de sites ou d’habitats hébergeant des activités humaines, comme les zones agricoles ou les carrières. Son objectif ? Freiner le déclin de la biodiversité en Europe, sans compromettre la durabilité des activités économiques , ni rompre le lien entre la nature et nous, les citoyens.

Natura 2000 se compose d’une série de sites intégrés pour leur importance vis-à-vis des oiseaux (sites de nidification, passage de migration), ce sont les Zones de Protection Spéciale, auxquelles s’ajoutent les Zones Spéciales de Conservation. Ces dernières sont sélectionnés sur base des Annexes de la Directive Habitat : on y retrouve soit des habitats rares ou d’une grande importance écologique, soit des espèces animales ou végétales de grande valeur communautaire, écologique ou culturelle.

Vous pouvez découvrir ici comment s’est réalisée la sélection des sites Natura 2000 en Wallonie.

L’application et la bonne mise en oeuvre des deux Directives piliers et du réseau Natura 2000 sont, actuellement, nos seuls outils vers la réalisation des objectifs ambitieux de la Stratégie Européenne Biodiversité 2020. Objectifs, qui selon le dernier rapport d’état de la conservation de la nature en Europe, risquent de devoir être reportés (un résumé est disponible).

Les projets LIFE

A tout ceci s’ajoute les projets LIFE, acronyme de « L’Instrument Financier pour l’Environnement.

Ce programme s’articule autour de trois grandes approches :

LIFE

Les LIFE Pays-Tiers permettent le financement de projets de conservation hors frontières européennes.

Les LIFE Environnement touchent plutôt tous les domaines d’activités humaines dont l’amélioration et l’innovation contribuerait à une meilleure conservation de l’environnement.

Enfin, les LIFE Nature financent directement les zones protégées soit par les Directives Habitats et Oiseaux, soit du réseau Natura 2000. Les fonds débloqués permettent d’entreprendre de vastes programme de restauration d’habitats en soutien à un ensemble d’espèces cibles.

bistorte2
Prairie à bistorte – avec la permission de Marc Dufrêne.

Ces actions de terrain sont très souvent complétées par des programmes de communication et éducatifs.

Voici quelques exemples en Belgique.

Le LIFE Papillons

Trois espèces de papillons inféodées à des milieux en raréfaction/dégradés ont servie d’espèces dites « parapluie ». Entendez par là que les mesures entreprises pour leur conservation et la restauration des habitats où elles vivent bénéficient à de nombreuses autres espèces.

LIFE_papillons
Image tirée du site de Natagora : http://www.life-papillons.eu/index.php?id=552

-> Plus d’informations : LIFE Papillons

Le LIFE Herbage

logo_life_herbages_2

L’objectif ici est de restaurer et mettre en réserve une partie des dernières prairies de grand intérêt biologique en Wallonie : un grand projet pour sauvegarder une biodiversité bien de chez et pourtant si méconnue !

Et pour après ? Les craintes post- « Fitness Check »

Cette année, l’Europe impose, comme à tous ses projets, une évaluation, le « Fitness Check » aux Directives Habitats et Oiseaux. En quoi cela consiste-t-il ? Il s’agit d’évaluer 5 critères majeurs :

1° Les Directives sont-elles efficaces ?

2° Les Directives sont-elles efficientes en terme d’argent injecté par rapport aux résultats ?

3° Les mesures des Directives sont-elles cohérentes ?

4° Les Directives sont-elles pertinentes ?

5° Le travail à l’échelle européenne offre-t-il une plus-value ?

Vous vous doutez bien que cela a fait réagir le monde des écologues (= les scientifiques qui étudient l’écologie), écologistes et autres naturalistes.

Il est certes important d’évaluer de mesures d’une telle ampleur afin de rectifier les tirs pour atteindre les objectifs fixés. C’est notamment le but des divers rapport d’évaluation scientifique (dont le dernier assez peu réjouissant).

Néanmoins, les questions posées par l’Europe dans son Fitness Check interpellent.

La protection environnementale est vouée à la sauvegarde d’un bien commun, pas forcément monétarisable. Définir son efficacité en des termes plutôt économiques inquiètent. Rectifier la pente glissante de la perte en biodiversité n’est pas chose aisée : redresser des populations, restaurer des habitats, cela prend du temps. Les premiers résultats positifs des mesures commencent doucement à se faire sentir, malgré notamment le retard que l’établissement du réseau Natura 2000 avait pris. Trop doucement d’ailleurs que pour que les objectifs de la Stratégie Biodiversité Européenne soient remplis d’ici 2020.

Si l’Europe le décide, sous pression de différents lobbys – car je vous l’assure, cette pression et la tension engendrée sont palpables, j’ai pu m’en rendre compte à la Green Week qui se tenait à Bruxelles en juin-, il y a le risque de voir ce réseau écologique continental démantelé, de voir les fonds attribués aux projets LIFE se réduire à peau de chagrin.

A cela s’ajoute que l’Europe, en agissant de la sorte, perdrait toute crédibilité au plan international en ce qui concerne la lutte contre l’érosion de la biodiversité. Nous avons la chance que le Vieux Continent soit avant-gardiste dans ce combat de longue haleine : baisser les bras ou changer de cap pour répondre à d’autres impératifs (d’ordre économique par exemple…), c’est signer la chute des accords et entreprises visant la sauvegarde de la biodiversité.et les autres mesures climatiques et environnementales. « Soyons le changement que nous voulons voir » est plus que jamais d’actualité : l’Europe est sous le feu des projecteurs, à nous d’ouvrir la voie vers des meilleurs lendemains.

Comment faire ? En participant à la consultation citoyenne.

Plusieurs ONG ont pré-remplis le formulaire de la consultation : en signant, vous apportez votre voix pour soutenir le projet européen de préservation de la nature. Certes, les réponses fournies sont militantistes. Mais rassurez-vous, un comité scientifique a été dressé pour évaluer la question en se basant sur le publications scientifiques parues sur le sujet. De même qu’un grand nombre d’associations et ONG ont été consultées avec lus grand droit de réponse qu’un simple questionnaire.

Vous connaissez un peu les tenants et aboutissants des Directives Habitats et Oiseaux ? Dans ce cas, n’hésitez pas à remplir vous même le formulaire.

Dans 10 jours, la consultation sera clôturée : signez et partagez auprès de vos proches !

Sur cet article, je vous souhaite de bonnes vacances et vous donne rendez-vous début septembre : le blog entre en pause estivale, le temps d’un petit rafraîchissement 😉

9 réflexions sur “# AlerteNature

  1. Bonjour Émilie,
    Merci pour ton article qui a le mérite de me clarifier grandement la situation. Je vis dans une zone Natura 2000 de type Habitats. Elle est partagée avec les agriculteurs, aussi j’aimerai les sensibiliser un peu à la question, car ils ne se rendent peut-être pas compte de leur interaction (positive, de ce que j’en vois) avec la flore et la faune d’ici.
    Tu m’as motivée à écrire un article de blog à ce sujet, je me permettrai peut-être de te citer.
    Merci et bonnes vacances !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton passage ! C’est une très bonne initiative que de vouloir sensibiliser sur la question: les agriculteurs sont des acteurs de terrain majeurs qui ont tendance à rejeter assez vite des mesures (pas tous bien sûr) alors qu’ils pourraient grandement contribuer à leur bon déroulement. La perception des rôles de l’agriculture tend à évoluer dans nos contrées, assez positivement 🙂 Je lirais bien volontiers ton article sur la question en tout cas !
      Sais-tu quel(s) habitats et/ou espèces ont permis l’établissement d’une zone Natura 2000 par chez toi ? Simple curiosité de biologiste 😉 Belle journée !

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      1. Il s’agit de ce site : http://inpn.mnhn.fr/site/natura2000/FR7300836
        « Ensemble de petits massifs calcaires karstifiés avec sites à orchidées exceptionnels, grottes de reproduction pour les chauves-souris, trés fort endémisme, espèces troglophiles, espèces méditerranéennes en limite d’aire (dont Lavandula angustifolia subsp. pyrenaica et Ophrys lutea).
        Vaste zone de prairies avec réseau de granges abritant des populations importantes de petits et grands Rhinolophes.
        Présence ancienne de Vertigo moulinsiana. »
        Nous avons emménagé il y a quelques mois dans ce petit paradis, je ne suis pas encore au parfum concernant toutes ces espèces, mais comme le CNRS a un établissement dans le périmètre, je vais aller les voir pour recueillir des infos. Je ne suis pas biologiste, juste une grande curieuse 😀

        Aimé par 1 personne

  2. La marmotte chuchote

    Merci pour cet article très complet. Donner un prix à la nature est quelque chose d’inquiétant. Personnellement je ne peux pas monétariser un après midi dans mon jardin, dans un parc ou en pleine nature. J’ai juste une immense chance de pouvoir en profiter.

    Aimé par 1 personne

    1. La monétarisation est un grand débat en institutions scientifiques.
      Il y a des pour et des contres. Le premier intérêt est que l’on place enfin l’environnement à un échelon décisionnel, les décisions en ce moment étant dirigées par les aspects économiques.
      On rationalise et cela permet de faire entrer dans les débats des variables qui n’aura jamais pu y accéder autrement.
      Maintenant, il y a toute une éthique derrière qui inquiète: tout ne se chiffre pas, il y a des valeurs, des bonheurs qui dépassent le purement économique. Et puis, la nature n’a pas droit à l’existence que parce qu’elle sert l’économie et la croissance non plus.

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  3. Coucou Emilie!

    J’avais vu passer cette info, merci à toi de la relayer…

    Natura 2000 est un véritable pilier dans la conservation de la biodiversité à l’échelle de l’Europe.

    Cette question de la monétarisation de la nature est au cœur des préoccupations. Le programme EFESE (évaluation française des écosystèmes et services écosystémiques) oriente une partie de ses travaux dans ce sens au travers d’une évaluation biophysique des écosystèmes (les services rendus non monétaires) et leur évaluation économique (ce qu’ils rapportent à l’Homme). Pour cette dernière, je n’adhère pas, puisque comme le disait par exemple juste au dessus La marmotte chuchote, ce que la nature nous apporte n’a pas de prix.

    Bref, je m’égare (déformation professionnelle, dsl!), mais je te remercie pour cet article très pédagogique qui permet de rendre accessible ce type de sujet.

    Bises et un bel été à toi, profite bien (;-)

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    1. Déformation professionnelle ? Travaillerais-tu donc dans le domaine de l’environnement?

      Oui, comme j’ai répondu à La marmotte qui chuchote, il y a des pour et des contre dans la monétarisation des services écosystémiques et de la nature en général.
      Le mieux serait d’utiliser ce concept comme phase de transition, mais il faudra alors engager une transition dans notre façon de vivre aussi.
      Il y a là une approche très « américaine »: j’ai récemment appris que leur système judiciaire tournait essentiellement autour du dédommagement financier (d’où les sommes astronomiques parfois sorties). L’argent, le grand réparateur… ou plutôt le bayonneur. La monétarisation donne l’illusion qu’on peut compenser une perte de nature en sortant des dollars de sa poche.

      Ce qui nous replace devant la fameuse citation:
      « Quand le dernier arbre aura été abattu – Quand la dernière rivière aura été empoisonnée – Quand le dernier poisson aura été péché – Alors on saura que l’argent ne se mange pas. »

      Bel été chez toi aussi ! 😉

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