Eaux troubles

Ce billet n’était pas prévu.

Mais à force de peindre en noir pendant deux jours mes pièges à insectes, j’ai eu le temps de réfléchir sur certaines choses.

Lundi soir, j’ai allumé une bougie. Pour tous les insectes que j’allais devoir tuer lors de mes expériences. Cela m’a rappelé le temps où, chaque soir, j’adressais une pensée à tous les êtres-vivants en souffrance ou qui avaient quitté le monde matériel de notre Terre.

Et puis, la semaine dernière, il y a eu les drames des naufrages en Méditerranée.

Des victimes de la terreur. Des victimes de l’espoir aussi.

Car oui, ces femmes, ces hommes, ces enfants morts noyés, il avait l’espoir de trouver un refuge sur les côtes européennes. Un refuge et la paix.

800 morts – au moins.

800 personnes qui espéraient se sont noyées à nos frontières.

Et si peu de monde leur offrent une pensée, une bougie… ou une bannière « Je suis… »

Je n’ai cessé de m’interroger : quelle est la différence avec l’attentat de Charlie Hebdo en janvier ?

La frontière ?

Leur couleur, leur origine ?

Le fait qu’aucun de leur visage, coup de crayon ne nous soient familiers ?

Je ne sais pas.

Au final, ne sont-ils pas les mêmes victimes ? Victimes de cette même vague de barbarie sans nom qui inonde l’Afrique et les pays du Moyen-Orient ?

Je pense à eux bien sûr, mais il y a également eu le massacre dans l’université kényane. Et tous les autres coups de sang des extrémistes proches de Boko Haram.

Quand je pense aux migrants, je pense aux jeunes syriens que mon Amoureux à dans sa classe de primo-arrivants à Bruxelles. Déracinés. Dans un pays dont ils ne maîtrisent pas l’alphabet, la langue, la culture. Je me demande quel a été leur parcours pour arriver chez nous.

Demain, un sommet extraordinaire du Conseil européen sur les politiques migratoires aura lieu à Bruxelles. Le CNCD – groupe de coopération au développement- organise une marche silencieuse.

Une veille à la mémoire des demandeurs d’espoir.

Mais aussi une veille pour l’Europe. Pour dire que tous les regards ne sont pas baissés, que du contraire.

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L’eau n’éteint pas les bougies.

Ni celles de l’espoir, ni celles des mémoires, ni celles des printemps à venir.

3 réflexions sur “Eaux troubles

  1. Douce Émilie,
    C’est là des mots magnifiques. Qui me donnent envie de faire une petite veillée dans mon salon, même si je ne peux pas être en Europe pour marcher à vos côtés. Je crois que tu amènes là une idée importante: il est important de pensée à ces gens, un peu comme aux insectes de ton expérience, pour ne pas banaliser leur mort ou même, leur existence.
    Cet article me donne envie d’intégrer ce petit moment de réflexion à mon quotidien pour mieux comprendre comment je le reçois en-dedans.
    Plein de douceur,
    K.

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